CHAPITRE VI
Ferdinand III (1) apportait dans sa façon de gouverner toute la désinvolture, la simplicité et le bon cœur de sa vie privée. Nul ne pratiqua jamais plus aimablement que lui l'éclectisme, pour ne pas dire le scepticisme en toutes choses. Son premier acte, quand il monta sur le trône, fut de reconnaître la République française et de se faire, le mot était au moins original dans sa bouche, « un vrai plaisir » de recevoir le citoyen Flotte, qu'elle lui envoyait comme ambassadeur.
Puis, sur les injonctions de l'Angleterre, le grandduc était rentré avec un nouveau plaisir dans la coalition. Puis encore, lassé des exigences de celle-ci, il avait envoyé à Paris le patriote Carletti traiter d:uue alliance avec le Comité de salut public.
Bonaparte, à son tour, ne rencontra pas, en Italie, d'ami plus dévoué que Ferdinand. C'est à peine si les plus beaux tableaux de Florence, si la Vénus de Médicis avaient paru dignes de lui être offerts. Tant et de si bons procédés n'avaient cependant pas empêché les troupes françaises de s'emparer de la Toscane
(1) Joseph-Jean-Baptiste-Ferdinand, grand-duc de Toscane, archiduc d'Autriche, était né le 8 mai 1769. Il monta sur le trône le 7 mars 1791.
l68 LA JEUNESSE DU ROI CHARLES-ALBERT.
en 1798, et le grand-duc de se sauvera Vienne. Mais, comme il était sans rancune, on le voyait fort empressé, quelques années plus tard, au mariage de Marie-Louise. Ferdinand portait alors le titre de duc de Wurzbourg. Il attendait sous ce déguisement la chute de son grand ami pour rentrer en Toscane. Ce qui eut lieu en 18 14.
Quand Dieu vous a donné un aussi heureux caractère, on ne peut être qu'adorable et adoré. Ferdinand Tétait de ses Toscans. Son premier ministre, Fossombroni, partageait avec lui cette conviction « que le monde va tout seul ». Si Ton en croit Sylvain, le grand-duc tenait à ce que cette opinion fût celle de tout son entourage.
« La maison, ici, est montée avec une rare magnificence dans les occasions solennelles. A l'ordinaire, elle est simple, mais parfaitement agréable. Les services y sont réglés de très noble manière, sans que jamais on entende le moindre grincement dans les rouages. La chère est exquise, les écuries sont fort belles. Mon prince et ma princesse ont chacun leur équipage. La Marmora et moi avons aussi chevaux, voitures et gens. Nous déjeunons comme nous voulons le matin. Le soir nous dînons, ou soupons avec les princes. Le grand-duc nous a pourvus d'une loge; s'il nous prend envie de courir le pays, la poste nous fournit des chevaux sans bourse délier. Une partie de Tété se passe au Poggio Impériale. Le grand-duc va de là, le plus bourgeoisement du monde, à pied, faire ses affaires à Florence. L'après-midi, on se promène aux Cascines. Le soir, d'ordinaire, il y a spectacle, ou réception in-