CHAPITRE VI
time au palais. Quelque opinion qu'aient les gens, ils peuvent espe'rer être reçus, pourvu qu'ils soient de bonne compagnie et à même de faire quelque dépense. »
« Il est impossible d'être meilleur et moins sur l'étiquette qu'on ne l'est à cette cour, écrivait encore Sylvain le 12 septembre 1821. Cela détend les nerfs de chacun. Mon prince se calme, mais je ne sais dire si sa tristesse présente vaut mieux que sa colère de nos premiers mois ici. Celle-là, en l'aveuglant, avait au moins le bon côté de lui épargner le remords de ses inconséquences passées. »
Le fidèle serviteur semblait deviner l'arrière-pensée de son maître.
« ...Nous ne sommes plus au temps des illusions, écrivait, en effet, celui-ci; je n'ai pas voulu prétendre, mon cher Sonnaz, que ma conduite fût à l'abri de tout reproche. Je suis homme tout comme un autre et n'ai pas, comme Salomon, l'entière sagesse en partage. Mais je dis que dans la position où j'étais, ceux qui crient le plus n'auraient pas fait mieux que moi, sans une protection spéciale du ciel (1)... »
Encore une fois, il se consolait en apercevant par delà ses souffrances « de célestes indemnités ». Mais n'est-il pas curieux de voir qu'à la même heure, Charles-Félix épaulait ses sévérités d'espérances identiques?
h ...Toutes nos sentences en Piémont sont presque
(1) Lettre du 6 octobre, de Florence.
achevées, mandait-il à son frère, et, vers la fin du mois (i), je partirai (2). Je vous assure que ce moment est bien triste, mais il n'y a qu'à se mettre entre les mains de Dieu et lui dire : « Je ne suis rien, vous « êtes tout; aidez-moi (3). »
a ...Sa Majesté se réinstalle à Turin, écrivait de son côté Sylvain, que l'exil rendait tour à tour épicurien, philosophe, voltairien; Sa Majesté se réinstalle à Turin. Espérons que son bon ange lui fera voir en songe mon individu alangui par sept longs mois de chagrin et d'inquiétudes! En attendant, ni le prince ni moi ne sommes compris dans l'amnistie accordée à tout ce qui a moins de vingt ans et qui n'est condamné qu'à dix ans de galères...
« Povero me! Voilà ce que c'est que d'avoir été prophétiser à Modène comme l'ànesse de Balaam. Je succombe sous le poids de péchés que je n'ai pas comm is. »
Mais Sylvain murmurait, et cela seul était un péché, à en croire cette proclamation dont Charles- Félix se faisait précéder en Piémont.
« Le premier devoir de chaque citoyen, disait cette pièce, que l'on pourrait donner pour pendant aux Droits de l'homme, le premier devoir de chaque citoven étant de se soumettre de bon cœur à l'autorité de celui qui en a été investi par la souveraine Puissance, nous ne pourrons considérer comme bon citoyen celui qui se permettra seulement de murmurer
(i) De septembre 1821.
(2) De Modène pour rentrera Turin.
(3) Manno, Informa^ ioni..., etc., p. 29.