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CHAPITRE VII

Werner et le baron de Vogt. — Aventures galantes de M. le prince de Carignan. — Bons conseils de Sonnaz. — Lettres du prince. — Ses écrits littéraires et politiques. — La maison de Guichardin. — Romantisme du prince. — Lord Byron à Pise. — Funérailles de Shelley. — Expulsion de Byron. — Son appréciation de Charles-Albert. — M. de Metternich et le comte Confalonieri. — Aggravation dans l'état moral du prince. — Inquiétudes de Sylvain. — Les carbonari, leurs menaces. — Le roi Charles-Félix et les moustaches du prince.

Werner, le philosophe mystique, causait un jour, chez madame de Staël, avec le baron de Vogt; entre eux, la conversation se raffinant sans cesse touchait à la quintessence sentimentale, quand tout à coup Werner, saisissant le bras de son interlocuteur :

— Savez-vous, baron, savez-vous ce que Ton aime dans sa maîtresse?...

Vogt hésitait et ne savait trop que répondre.

— Mais, c'est Dieu!... s'écria Werner, les yeux au ciel.

— Ah! sans doute... sans doute..., reprit Vogt (i). « Ah! sans doute, sans doute, disait aussi Sylvain. Il

(i) Lettre de Sismondi.

m'aurait fallu être aveugle pour ne pas voir mon prince s'abattre ici et là, hors d'haleine de ses extases...

« Sans faire semblant de rien, je suivais ses petits manèges. C'est ainsi que je voyais son gros livre de messe servir de boîte aux lettres. Chaque matin, en entrant au Duomo, son valet de pied y puisait quelque galant message qu'il portait à son adresse pendant l'office, et qu'il remplaçait à Vite, missa est, par une réponse non moins galante sans doute. C'étaient tantôt la comtesse A..., tantôt mesdemoiselles Stroff, qui occupaient mon prince, et si je nomme celles-ci, c'est qu'un jour, pour se sauver de je ne sais quel mauvais pas où il se trouvait engagé avec elles, Monseigneur donna mon nom au lieu du sien, ce qui n1eut pas l'heur de me plaire. »

Ce n'était pourtant pas que le fidèle serviteur se marchandât aux heures vraiment dangereuses.

Certain soir que le prince était aux pieds d'une jolie femme, son mari, consul d'une grande puissance, rentrait indûment. Aussitôt, grand bruit de portes qui se ferment. Mais le mari devine qui s'échappe, en suivant jusqu'au Poggio Impériale la grande ombre fuyante.

Le lendemain c'est un va-et-vient bien naturel entre le palais et le consulat, et quel n'est pas l'effarement du mari de se trouver tout à coup en présence du moins séduisant des séducteurs! C'était Sylvain, Sylvain qui avait le plus innocemment du monde passé cette nuit fatale et qui se réveillait en garde.

Avec une fatuité qu'excuse son dévouement, il s'offre à payer comptant, en telle monnaie que l'on voudra.

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