CHAPITRE VII
fallait aider cette bonne Providence autrement qu'en courant les consulats.
Le prince de lui répondre aussitôt cette lettre si contrite :
« Ma femme se porte à merveille, est très contente, reste beaucoup avec sa sœur. La douceur et la bonté de son caractère me sont toujours de grande consolation, surtout dans ce moment-ci...
« Vous me rappelez l'ancien conseil que vous m'avez donné; je n'en avais pas besoin, car plusieurs fois par semaine, je le mets à exécution, et pour vous complaire, le même jour j'ai exécuté votre demande, beaucoup plus pour vous montrer l'estime que j'ai de vous, que pour mes raisons personnelles. »
Heureux d'avoir ainsi pourvu à l'avenir, Sonnaz voulait maintenant que l'on remédiât au présent. Une nouvelle lettre au Roi lui semblait nécessaire. Sur ce point Charles-Albert avait été plus difficile à persuader. Cependant il s'était exécuté.
« Vous recevrez ci-joint, cher ami, la copie de la lettre que j'ai écrite au Roi à votre instigation, lettre que je n'aurais jamais faite si elle n'avait dû être la preuve de l'amitié que je vous porte. J'ai joint à ce brouillon ceux des deux autres lettres précédentes, pour vous montrer que vous vous étiez trompé dans l'idée du style dans lequel j'écrivais à S. M. Ces lettres que j'écrivis, et qui ont eu l'approbation de personnes très sages, me rendent heureux, puisque je suis rentré dans les vues de mon meilleur ami. Sans vous, je n'aurais plus écrit, parce que j'avais déjà fait tout ce
l88 LA JEUNESSE DU ROI CHARLES-ALBERT.
qu'un homme d'honneur et du caractère le plus désintéressé devait faire, et que je suis persuadé de la nullité de cette demande.
« Ces lettres sont tout, plus même que mon caractère ne peut faire. Si ce n'eût été à un vieillard qui est mon oncle, et que ce ne fût pour le bien public, j'aurais cru m'avilir et, par conséquent, je serais mort plutôt que de le faire. Maintenant n'en parlons plus. J'ai voulu vous montrer seulement que je vous aime, et que j'ai pris sur moi. »
Oui, en effet, l'effort avait dû être héroïque.
« Je ne puis cacher à Votre Majesté que cette année, et surtout sa fin, est désolante pour moi, puisque je ne puis espérer d'avoir fléchi son courroux à mon égard...
« ...Il me reste l'espérance que Votre Majesté ne voudra pas laisser commencer cette nouvelle année chrétienne sans m'accorder le pardon que depuis longtemps je sollicite humblement de ses bontés... Que Votre Majesté daigne me permettre en cette occasion de recommander à sa protection, à ses précieuses bontés, mon fils. Mon cœur aime à espérer que sa jeunesse trouvera dans Votre Majesté un sûr protecteur, un père. »
Mais, pour se prosterner de la sorte, le prince avait d'autres raisons encore que de plaire à Sonnaz. Ses intrigues galantes, ses intrigues politiques achevaient de le perdre dans l'esprit du Roi (a). A la fin de