CHAPITRE VII
1821, ]a question n'était plus, pour Charles-Félix, de savoir s'il déshériterait Charles-Albert, mais de savoir s'il le déshériterait au profit du petit prince Victor son fils ou de M. le duc de Modène (1).
Heureusement, il était revenu quelque chose de ce projet à Paris. M. le baron Pasquier, alors ministre des affaires étrangères, avait immédiatement fait savoir que jamais la France ne se prêterait ni à l'une ni à l'autre de ces substitutions. Le baron donnait en même temps et directement au prince l'assurance d'une intervention en sa faveur si cette intervention devenait nécessaire.
« Quelques personnes, écrivait aussitôt Charles- Albert (2), croient qu'il n'est pas très sûr que je devienne roi. C'est possible, car Dieu laisse arriver ce qu'il veut.
« Je puis mourir ou vouloir abandonner un pays où j'ai reçu tant de marques d'ingratitude. Si ces raisons n'arrivent pas, les personnes qui voient un doute dans mon avènement au trône sont plus fines politiques que l'empereur de Russie, le roi de France et d'autres, d'après lesquels j'ai agi et j'agis. Si même ma conscience me reprochait quelque chose, vous ne me reverriez plus. Une mort glorieuse en Grèce, une troupe en Amérique ou une vie indépendante aux
(1) Le roi Charles-Félix était fermement résolu à exclure de la succession au trône le prince de Carignan, qui avait joué le rôle de porte-drapeau de la Révolution, et à faire passer la couronne sur la tête du fils du prince. (Metternich, Mémoires, t. VI II, p. 263.)
(2) A Sonnaz, 9 janvier 1822.
grandes Indes sont toutes au choix de celui qui, vous le savez parfaitement, ne reste dans sa place qu'à son grand contre-cœur et qui ne supporterait jamais l'ombre d'une humiliation...
« ...Malgré tout, vous comprenez que je ne sois pas d'une humeur bien joviale, et, comme il est possible que je ne vous revoie jamais, vous me ferez un vrai plaisir de m'envover les papiers que je vous ai laissés dans le carton vert. Ce sont les copies des petites compositions que j'ai faites, dont les originaux sont tous renfermés dans le charmant portefeuille que vous m'avez donné, et que je vous ai aussi confié à mon départ. Ceux-là, gardez-le>, et quand il sera décidé que nous ne nous reverrons plus, ouvrez la boîte et brûlez, je vous prie, ainsi que nous en sommes convenus, tous mes détestables vers... »
A en juger par Y Ode à Dieu, qui figure à la première page d'une Bible appartenant aujourd'hui à Mgr le duc de Gènes, les vers de Charles-Albert étaient, en effet, détestables. Sa prose valait mieux. Les trois ou quatre écrits (b) que firent éclore les loisirs forcés du Poggio Impériale témoignent au moins de cette grande volonté de travail dont le prince s'accusait.
« Je travaille le plus que je le puis, cherchant à mettre