‹ Prologue d'un règneChapitre 90 sur 177 · CHAPITRE vu. iqr · texte numérisé non relu

CHAPITRE vu. iqr

mon exil à profit, .rai toute ma chambre encombrée de cartes et de livres; un étranger qui y entrerait pourrait méprendre pour un marchand fripier. »

L'éducation de son fils semble tout d'abord avoir préoccupé le prince; car voilà, sous le titre de Contes moraux, toute une suite de récits propres à donner à l'enfant de grandes et généreuses pensées. Qui sait si le roi Victor-Emmanuel ne s'est pas souvenu, à Palestro, de cet « héroïque petit Jules qui, à neuf ans, sauvait un corps d'armée en attirant l'ennemi dans une embuscade, et tombait victime de son dévouement »? Mais ce qui paraît avoir surtout intéressé Charles- Albert, à cette époque, c'est la transcription, dans un immense album, de tous les proverbes et de toutes les maximes philosophiques, religieuses ou politiques qu'il pouvait découvrir. Dans cet entassement de lieux communs et de formules banales se rencontrent çà et là quelques pensées vraiment belles. D'autres sont curieuses sous la plume du prince. Celle-ci par exemple est frappante, étant donné l'heure où elle fut écrite : « Arrive-t-il un amutinement, une révolution, ou toute 'autre chose de ce genre, il faut que non seulement la punition soit sévère, mais encore qu'elle soit prompte et aussi terrible que possible sur les grands coupables, afin d'en imposer à la multitude. »

Faut-il voir dans ces lignes une allusion , un aveu ou un programme? Ou n'est-ce là qu'une phrase toute faite, simplement copiée de quelqu'un de ces vieux livres dont Charles- Albert annonçait la

triomphale découverte à son écuyer, le comte de Robilant?

« ...J'ai trouvé quelques livres anciens militaires : ils sont italiens, bien précieux; on m'en a fait venir des endroits les plus éloignés : cette collection est d'autant plus importante que, comme vous savez, c'est en Italie que l'art militaire a pris naissance, et que les auteurs étrangers, comme Vauban, n'ont fait que copier et amplifier les nôtres. J'ai réuni aussi tous ceux qui ont trait à l'histoire de l'Italie... Enfin j'étudie toujours beaucoup, et je tâche de mettre mon temps à profit (i). »

Ne pouvant pi us, comme jadis, se plaindre de trouver les livres de son prince toujours marqués au même feuillet, Sylvain en était réduit à se plaindre maintenant de son trop de zèle à l'étude.

« Nos promenades deviennent savantes, historiques, littéraires à souhait, écrivait-il; elles ont changé avec la teinte de nos idées. Tantôt c'est le Giojello de Galilée, tantôt c'est la demeure de Guichardin, située non loin d'ici, que nous visitons en dévots pèlerins. On nous y a montré la table sur laquelle Guichardin a écrit l'histoire de l'Italie, avec une telle ardeur, qu'il

(ii Voici la liste des ouvrages qu'a laissés Charles-Albert : Polen^^o. — Cressolo. — Montmayeur. — Souvenirs d'Andalousie. — Voyages en Sardaigne. — Notice sur les Vaudois. — Réflexions historiques. — Contes moraux pour l'enfance. On peut aussi reporter à cette époque de la jeunesse de Charles- Albert les travaux suivants : Recueil de proverbes vulgaires. — Recueil de quelques discours réunis pendant mon séjour au palais Pitti, que /écrivis pendant les années 1S19, 1820, 1821. — De la religion. — De la réflexion et des compensations. — Les Bavards. — Le Bonheur, etc.

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