CHAPITRE V II. içp
uns de vos vassaux, ne parlant qu'agriculture et plaisir, et laissant la politique. Pendues aux murs, je vois les armures des preux qui illustrèrent le nom de Sonnaz. Tout cela me fait venir Peau à la bouche, seulement à y penser, et je me désole de ne plus être au temps de la chevalerie, car j'aurais déjà endossé une armure inconnue, et la visière baissée, je me serais déjà acheminé vers les bords de l'Isère, monté sur un fougueux destrier, n'ayant pour compagnon de voyage qu'un petit chien épagneul qui forme ma société habituelle, de sorte que je vous serais à peine arrivé, que votre nain , — que je vous conseille pourtant de n'avoir pas aussi petit que le bon roi Auguste, qui le tenait caché dans un pâté en guise de lièvre, — vous annoncerait en sonnant trois fois de son cor, la venue d'un chevalier à la taille gigantesque et à la moustache rabattue (signe d'un cœur soucieux) qui vous vient demander l'hospitalité. Après avoir bu en commun le verre de vin de l'étiquette, je m'établirais dans une de vos tourelles, et je passerais, en secret, mon temps avec vous d'une manière très douce et agréable, ne sortant que la nuit pour me promener sur les bords des lacs voisins et ne prenant, dans la journée, d'autre exercice que celui que me procurerait la leçon d'armes que je donnerais à votre héritier, et celle d'équitation, le hissant sur mon destrier (i). »
(i) 3o avril 1822.
Mais voilà qu'un singulier hasard voulut qu'en pleinecrise romantique, le prince rencontrât lord Byron à Pise. L'appréciation du prince sur le poète est curieuse.
« Cet homme célèbre joue ici l'extraordinaire, mandait-il au comte de Robilant. Il fait semblant de se cacher aux yeux des mortels; il ne sort qu'à cheval, entouré de quelques savants qui lui font cortège, et qui débitent ses maximes voltairiennes. Pour moi, je ne l'ai jamais vu, et lorsqu'on me demande pourquoi, je réponds toujours que je ferais plusieurs lieues à pied pour voir un homme vertueux et charitable, et pas deux pas pour voir un des apôtres du philosophisme moderne (1). »
Pour Charles-Albert, quoi qu'on en ait dit, rien ne tenait donc devant l'idée religieuse. Du reste, Byron touchait à cette époque à l'apogée du scandale. Il venait de faire à Shelley, l'athée que chacun sait, d'effroyables funérailles.
Pendant un mois, les orgies d'impiété s'étaient succédé au palais Lanfranchi, que le poète et la comtesse Guiccioli habitaient à Pise. Shelley y avait blasphémé, avec un esprit, une verve, une causticité
(1) Lettre au comte de Robilant publiée par le baron Manno.