CHAPITRE VII
Pour se procurer une preuve, si petite fût-elle, de la culpabilité de Charles-Albert, le chancelier ne reculait devant aucun moven.
Qui a lu le Miei Prigioni, ou les Mémoires d'Andriane, connaît le noble et malheureux comte Confalonieri. Traîné presque mourant d'une maladie de cœur au Spielberg, on lui avait fait faire étape à Vienne. Puis, on Pavait avisé qu'il recevrait le soir même la visite d'un grand personnage.
En effet, voici ce qui se passa à l'hôtel de la police .
Aux quatre bougies qui brûlaient dans le salon, on en avait ajouté quatre autres. Les meubles avaient été mis en ordre, et un grand fauteuil poussé près d'une table à thé.
« Vers huit heures, les deux battants de la porte s'ouvrent, et je vois, raconte Confalonieri, un personnage chamarré s'avancer. Je reconnais Metternich et je m'incline. « Ma foi, vous demeurez bien haut», me dit-il tout essoufflé, en me rendant mon salut. — J'aurais voulu, monseigneur, qu'il dépendît de moi de vous épargner la peine d'y monter, lui dis-je. »
daigne à Vienne, du 2Z décembre 1823, Storia délia monarchia di Savoia, Nicomède Bianchi, t. il, p. i52.
Le prince qui, jadis, avait connu Confalonieri, commença par s'excuser beaucoup de la pénible mission qu'il remplissait, a Mais, ajouta-t-il en souriant, je ne suis pas sans espoir que cette conversation ne vous soit finalement avantageuse. » Et avec toute la diplomatie qu'il eût mise à endoctriner le czar Alexandre, mais avec moins de succès, M. de Metternich se prit à enjôler son prisonnier. — « La principale erreur de votre parti, lui disait-il, a été de se croire le plus fort. Quelques hommes d'État ont partagé cette illusion. Quant à moi, j'ai toujours pensé que vous étiez les plus faibles, et que la force aurait raison de vous. Le fait prouve que je ne me trompais pas. »
u Notre cause est donc non seulement la meilleure, ajouta le prince en se rapprochant de Confalonieri, mais elle est la plus prospère; or, quand l'opposition ne peut plus servir, l'opposition n'est plus bonne. L'opposition n'est plus alors seulement une folie, elle devient un crime. »
Après avoir ainsi préparé son prisonnier à la proposition qu'il allait lui faire, le prince murmura: « Dans ce cas, l'abandon de la cause que l'on a le plus aimée n'est pas une défection. C'est dans ces conditions que vous nous aiderez, n'est-ce pas? à rétablir la tranquillité dans le pays. Chaque chose a son temps, Thonneur impose aujourd'hui un langage qu'il n'imposera pas demain; demain peut-être, il en imposera un tout contraire. Tenez, Sa Majesté désire apprendre de votre bouche toute la vérité... »