CHAPITRE VII
C'était demander à Confalonieri de dénoncer ses amis. Il protesta.
« Mais ce n'est pas une déposition judiciaire, se hâta de reprendre le chancelier, ce n'est pas une déposition judiciaire que l'on vous demande. Les gens compromis dans les procès appartiennent pour la plupart à la dernière classe de la société; il est cependant une personne, — ici le prince se rapprocha plus près de Confalonieri, — il est une personne qui se trouvait en rapports très intimes avec vous, et qui n'a pas été impliquée dans le procès. C'est sur cette personne que le gouvernement de l'Empereur a besoin d'être éclairé... Vous êtes le seul avec qui la classe la plus élevée se soit risquée à agir; vous êtes le seul qui puissiez nous rendre le service de mettre d'accord deux diplomaties qui réciproquement voudraient élucider un point important... »
Pouvait-on plus clairement désigner Charles-Albert, et inviter plus insidieusement Confalonieri à le trahir?
Sans avoir l'air de comprendre, Confalonieri répondit que ses relations l'avaient mis certainement en contact avec les gens de la plus haute classe, mais qu'il avait eu le regret de constater que ces gens-là partageaient infiniment peu ses idées.
M. de Metternich jeta le masque. — « Il ne peut être, dit-il, une conspiration sans chef! Vous n'avez jamais, dites-vous, été en rapport avec M. le prince de Carignan. Que signifie donc cette oraison funèbre qu'il a faite de vous alors qu'il vous croyait mort? Que veut dire cette lettre qu'il montrait comme venant de vous?
a Non, poursuivit le chancelier en s'animant, votre système est maintenant hors de saison. Vos négations pouvaient être acceptables devant les tribunaux; mais quand Confalonieri parle avec moi, il doit tenir un autre langage s'il veut que Ton ait confiance en lui comme dans un homme d'honneur. » Confalonieri se contenta de sourire.
J'abrège. Après avoir ainsi usé toutes les ressources de sa diplomatie, le chancelier essaya d'intimider son prisonnier. Quand il vit enfin que ses menaces laissaient Confalonieri absolument indifférent, il regarda la pendule, parut surpris qu'il fût déjà onze heures, dit qu'il était attendu à un bal, et prit congé avec ces formes charmantes qui avaient présidé à l'entretien!
Le lendemain, — car comment laisser cette histoire inachevée? — un commissaire de police annonçait au prisonnier que Tordre arrivait de le transporter au Spielberg, et que le monde des vivants se refermait sur lui (i).
Les trames policières de Vienne s'étendaient jusqu'à Turin. Gens de cour et soldats y étaient étiquetés, classés, jugés sur leurs relations avec le prince de Carignan. Sonnaz, plus que personne, devenait la victime de son affection pour son maître.
Tristement Charles-Albert s'en excusait.
« Viendra enfin un jour où tout cela, pour vous, sera bien amplement compensé, disait-il. Dieu finit toujours
(i) Voir pour les détails de cette conversation de Confalonieri et de Metternich, Gino Capponi, par Marco Tabarini, p. 1 55 et
suivantes.