ICHAR'D WALL ACE
Je veux illuminer le fronton de ce livre
De l'immortel éclat d'un nom digne de vivre :
Le tien, Richard Wallace, illustre homme de bien i
A moi l'insigne honneur de t'armer citoyen
De la France qui t'aime, et de marquer ta place
Au fond de tous les coeurs par cette dédicace !
C'est au nom de Paris qui compte par milliers
Tes dons et tes bienfaits, que je brise à tes pieds,
Pour ta pitié profonde et ton amour immense,
Cette urne de parfums et de reconnaissance.
Nous voici bien loin de Louis XIV et des poètes de cour; à la bonne heure ! Nous aimons mieux cela.
Sir Richard Wall ace est ce philanthrope anglais qui, s'enfermant volontairement dans Paris pendant le siège, prodigua son or et ses soins aux malheureux affamés, et qui, dans ce moment encore, dépense généreusement sa fortune en améliorations utiles au profit des quartiers pauvres de la capitale. Ce Vincent de Paul britannique aura certainement un jour sa statue en France ; il appartenait à un poète de lui donner l'avant-goût de cet hommage public en lui faisant entendre dès aujourd'hui le cri de reconnaissance du pays.
Nous ne chicanerons pas G. Mathieu sur les conditions typographiques de son livre. Nous avons nous-même le goût de ces travestissements archaïques, qui donnent à une œuvre contemporaine ce cachet piquant de beauté par contraste, qu'offrirait dans sa personne une fraîche fillette affublée de la robe à ramage de son aïeule. Nous lui ferons toutefois une observation. Le format in-40 n'est-il pas un peu lourd pour l'aile légère de la muse ? Un recueil de poésies est bien plus un livret de poche qu'un ouvrage de bibliothèque. -Cela se quitte et se reprend suivant la fantaisie du lecteur, l'influence de l'heure et la commodité du lieu. Il y a du chien de manchon dans le poète; on veut pouvoir l'emporter partout avec soi, le caresser en tête-à-tète,
et le faire disparaître à l'arrivée d'un importun. A plus forte raison un livre qui s'intitule : Parfums, chants et couleurs, est-il de ceux qui se feuillettent sur l'herbe à la campagne, non sur un pupitre dans un cabinet de travail.
Et tel est le livre de G. Mathieu qu'il ne peut être vraiment lu et goûté qu'en regard des scènes qui l'ont inspiré. Ouvrez-le plutôt et voyez ! Ce qui n'est qu'une note plus ou moins soutenue dans l'œuvre des autres chanteurs est ici le thème absolu des fantaisies du poète et l'essence même de son inspiration. Son livre est, d'un bout à l'autre, un alléluia de la nature, un hymne au soleil, la glorification du grand Pan, un ardent appel à la liberté agissante. Il s'ouvre avec une aurore et se ferme sur un lever de soleil. On peut supposer qu'entre ces deux matins une seule journée s'est écoulée ; mais quelle journée ! et combien remplie ? Il y tient toute la vie du poète.
A ce fervent amour de la nature, il a gagné de la bien observer et de la peindre juste. Ce n'est pas lui, par exemple, qui s'aviserait de faire fleurir l'aubépine en juillet ou chanter le rossignol en septembre. Il sait l'heure et le milieu de chaque chose, sa valeur locale, sa relation dans l'harmonie universelle; on ne le prendra jamais sans vert. Puis, n'est-il pas chasseur, — : chasseur rustique dans toute la force du mot ? —
et n'a-t-il pas surpris, entre chien et loup, tous les flagrants délits de la nature dans les halliers, les guérets, la lande, l'étang ? Jules Janin aurait pu très justement dire de lui ce qu'il écrivait de Léon Bertrand, un autre indiscipliné de saint Hubert :
« Il n'avait pas douze ans que déjà ses oreilles intelligentes, où retentissaient encore les premiers bruits de la langue athénienne, percevaient sûrement le chant du faisan dans le taillis, le cri de la bartavelle sur les coteaux, l'appel amoureux de la caille dans les luzernes incendiées. Beaucoup mieux qu'il ne distinguait Cicéron de Tacite, et de Virgile Horace, il distinguait le croulement de la bécasse de la plainte du courlis. Il se reconnaissait comme un vrai faune à travers tous les mystères, les silences, les repaires de la futaie. »
Mais l'écolier buissonnant aimait d'instinct les anciens; leur franchise allait à la sienne. Par intuition plus que par étude, il apprit leur langage. Il vous récitera, sans broncher, des pages entières du texte d'Homère ; il sait par cœur tous les grands poètes latins. Il a si bien fréquenté les lins et les autres, qu'il les imite à son insu dans leurs façons de parler, leurs inversions, leurs ellipses, leurs onomatopées. Beau défaut sans doute, qui donne à son style une saveur particulière d'étrangeté, mais un
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