MA EL
Eh bien ! prends en pitié ton époux éperdu ! Fait qu'Ariowist me tue ! et, ma mort accomplie, Tente, si tu le veux, ton horrible folie....
CAMMA
Que ferais-je après toi si tu meurs ?
Si je meurs, Tu m'auras à venger. Ta haine sera double !
Laisse-moi contempler ton visage. Mon trouble Est affreux ! — Je ne puis moi-même t'immoler !
MAEL.
Ne me regarde pas ! mes pleurs pourraient couler.... Repousse les frissons qui font pâlir ; repousse, Camma, l'amour heureux par qui la vie est douce. Entre en ton cœur comme en un temple. Deux piliers D'inflexible granit y sont ; — deux conseillers Sublimes, éternels, et que seuls tu dois croire : Le Devoir et la Mort. Achetons la victoire ! Ecrasons la pitié !
Tu le veux ! tu le veux !
Tu seras satisfait.... tu mourras !...
J'ai abrégé ce dialogue qui s'élève parfois à des
beautés de premier ordre. Cette lutte héroïque entre le devoir et l'amour est une des pages les plus pathétiques du drame. Nous avons tous admiré la Romaine Arria essayant elle-même le poignard dont son époux Pœtus doit se percer par ordre d'un tyran ; combien plus grande est la Gauloise Camma achetant, au prix de la vie de son époux, le droit d'immoler elle-même le tyran !
Le dénouement se précipite. Ariowist réclame de Camma, en termes plus pressants, les droits du vainqueur. « Monte sur ce dolmen, lui dit la prêtresse; je veux publiquement te rendre hommage et te verser à boire. Mais, auparavant, fais tuer Maël qui osa m' aimer. »
Cet ordre est donné. Mais à l'instant même où Maël, égorgé dans la coulisse, pousse son cri d'agonie, Camma sent s'agiter une autre vie dans ses flancs :
L'enfant ! l'enfant ! je suis mère ! Aux défis J'oppose la revanche et l'espoir. — O mon fils, Qui tressailles de vie à la mort de ton père, - O vengeur incarné dans le sein de ta mère, Je te salue ! et suis implacable, en buvant Ce cri du père mort qui fait bondir l'enfant.
UN SOLDAT, entrant, Pépée à la main.
Maël est mort !
CAMMA, railleuse.
Crois-tu ?