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CHAPITRE SIXIÈME CONTINUATION DE LA PROMENADE

A' ce second dé:our du chemir nouveau, et à notre gauche, est une ancienne maison que j'aime toujours à-revoir, comme beaucoup d’autres maisons de l'Ile aux Coudres. Elle n’est pas fort remarquable rependant, elle estinême basse, un peu enfoncée dans la terre, comme celle que bâtissaient nos anciens, dans le but, je pense, d'éviter les escaliers, qui peu vent donner occasion à beaucoup d’accidents, surtout pour les jeunes en fants et les viei:les persounes. Malgré qu’elle ne soit pas dans le goû du temps, j'aime à vous faire remarquer cette maison parce qu’elle a servi de demeure à une familleque j'ai grandement estimée, à cause de sa franchise, de sa parfaite honnêteté, de sa foi et de sa pi sans fard et sans artifice. La famille Tremblay, dont

elle est encore la propriété, était bien

dans toute la force du mot, une famille patriarcale, Par une heureuse combinaison de deux mots, on l’appelait la famille Franc quienne (Franc-Etienne), des noms de bapt‘me du grand père qui se nammait Etienne t de celui du père François.

Le père François Tremtlay, un vrai Israëlite sans déguisement et sans artifice, comme il est dit de Nathanaël, etait d'une bonté de cœur incomparable. Laborieux et infatigab'e. fort et robust:, le père Miançris Tremblay n'avait pas son pareil, dans toute l'Ile, pour travailler à gagner la vie de sa nombreuse famille. Dans nn âge assez avancé, sa vue s’affaiblit et fit par s’éteindre, plusieurs années avant sa mort.

Il avait, pendant tout le cours de sa vie laborieuse, donné à sa famille et à ses co-paroissiens l’exemple du travail, de l'honnêteté et d'un parfait chrétien. Le père François, privé de la lumière du ciel comme le saint homme Tobie, leur laissa dans sa vieillesse l'exemple d'une soumission parfaite à la volonté de Dieu et d'une patience inaltérable. L’adage : Telle vie, telle mort, est surtout vrai pour Îles hommes vertueux. Le père Tremblay mourut en paix, dans un âge avancé, ne laissant sur la terre que des regrets sincères et des amis, et

as une seule personne qui put

ire qu’elle en avait reç1 quelque offense, pendant tout le cours de sa longue vie.

J'aime encore à vous faire remarquer cette ancienne maison, parce que c’est là qu'est né le bon Monsieur Goifroy Tremblay, anciencuré de Sainte-Agnès, et dont il faut bien vous dire quelque chose, quand ce ne serait que pour vous apprendre qu'il esi le fils du bon et vertueux père dont je viens de vousdire quel-

ues bonnes paroles. À l'égard de M.

odfroy Tremblay est vrai, à la lettre, le proverbe qui dit: Tel père, tel fils. ,

Si vous ne le connaissez pas personunellement, ce que je vous en dirai

ee,

ne fareuse | l'apuienne e bapnmait Ançois.

in vrai s artianaël, ompaà, fort Trems toute la vie ns un blit et innées

urs de sa fa- ’exemteté et père ‘re du Tobie, e l'exfaite à atience le, telle ur les Tremn âge re que is, et i put elque de sa

emarparce Monncuré it bien nd ce endre tueux quelde M.

à la

l père,

dirai

vous donnera peut-être le désir d’al-| haute côte qui est devant sa maison, ler lui rendre une visite à son domi-|vous verrez toute l'étendue du cile, dont vou: serez enchanté ainsi |g ard bassin qui forme l’en'rée da la que du bon vieux prêtre. Mais, en le | Baie-Saint-Paul, l'égiise paroissiale, voyant, gardez-vous de le juger sur | assez éloignée du rivage et environles apparences. Cornverses un peu |née d’un grand nombre de maisons avec lui, et vous saurez bientôt ce |qui servent da demenre à de nomqu'il est et ce qu'il-vaut. breuses familles dont plusieurs sont Je ne lui connais qu'un seul dé-|loin d’être dans l’aisance. Sous vos faut ; c'est d’être convaincu qu'il est | pieds, près de la côte de l'Île, vous sur le bord d3 sa tombe, et voilà|‘erres le prtit hâvre appelé la vingt ans, au moins, qu'il le dit. mais ee qu ones nous pour a mort ne veut le prendre au |1les chaloupes. C'est de ce hâvre que mot. J'espère née A a ne l’é-|partent presque tontés celles qui coutera pas de sitôt, et que le bon |traversent à la Baie Saint Paul, et vieux prêtre restera encore en ce | C’est auesi le plus court trajet entre monde pendant de longues années. | l'Ile et la Baie. pour le nheurde ceux qui l’aiment, La maison voi-ine de celle de M. ur l'édification des babitants de | Tremblay, en gignant vers l’ouest, à ‘Ile aux Coudres et pour la consola po, u its : ee de- MMS Lo de Loue de 'contane dont le nom populaire ait Leur 8 confrères D pendant les longs mois de nos hivers. péifes, Alexis Dufour, un des plus Foi que, ds noire souree, à Le ETS baie ad CHIABS per à se la dant de M. Tremb'ay. force extraordinaire mais par sa voix Vous pouvez juger per vos propres d’une grandènr étonnante. Certains roux, Qu'elle n'est pas at mal pour EE à autre, Rtaieut l'épda tu l'a vos Érr liée Ro parmi les jeunes enfants. Les quêteux Si vous entrez chez lui, je vous as | 2€ connaissaient pas de plus grande sure. AHE. VOUS. N’AuTS qu'à vous calamité que les cris de Lagarcette, louer de sa recephon Le jardin lau- (400) Plaisir, élit de les épou. vez en A tnltre. de LS talabn, er frayeur t ir prenan el a ef ha. ouvrage. Ces heaux arbres ont été a à se à: N ct ri à plantés et greffes par Ini,.et il en d's anaclé dontil ne pouvait dQuE. prend un soin tout paternel. Il les Pie là ré dé chérit cogne des enfants. De ces |frir la présence f. | arbres, dont beaucoup donnent de|——. . RES très-bonues pommes. M, Tremblay Ph rar poiné rt cet rate caaque aunée, d assez bous laient te SR or bstrt d leur profi:s. Four parer aux ennuis iné-| position, dans la société. Il ne portait que vitables de sa 80 itude, il visite sou- ee sue he Error vent son verger, en coupe les bran-| \jexi Dufour voit arriver chez lui, un ssches nuisibles, mais il a toujours | medi soir, un étranger, habillé comme urie raud soin de dire, chaque été, avant | catin, qui venait lai demander l’hospitalité. en cuillir les fruits, qu’il n’en ret:-| Elle lui fat accordée sur le champ. Le len-

4 : deicain, dimanche, Alexis Dufour, peur faire rera presque auçun profit. Ii y a bien | olitoue à son hôte qu'il NVMaÎS | pour

longtemps qu’on a cessé d’ajuuter foi | milord, fit atteler sa ealèche pour le coà ses apprehensions qui ne se réali-| duire à l'église. Au moment de y faire emsent presque jamais. barquer, Alexis Dufour pr pv À : : sieur qui il était. Je euis, répoudit-il, le

: Si vous vous donnez la peine bedeau de lu Baie-Saint-Paül, Cette déclarad'aller vous placer sur le bord de la |rion à laquelle Dufour était loin de s’atten

Je viens de dire que Lagarcette

était la terreur des jeuresenfants, et on n'aura pas dé peine à me croire, si J'ajoute que les parents savaient de leur rappeler, quand les choses b'allaient pas à leur goût. La menace de cet homme artêtait tout court les plus espiégles. On mé pardonnerä de racofter ün fait qui m'est personnel, je pouvais avoir alors de neuf à 1h dix ans.

: AU Je.ne me rappelle plus quelle es- : HU capade j'avais faite et, pour m'emrpé- 31 cher. de m'oublier de nouveau, on n'avait pas manqué, comme c'était le moyen le plus efficace, de me rappeler le souvenir de ZLagarcette Depuis rette menace, j'étais tout prépa ré à éprouver une véritable terreur d'enfant, à la première visite qu’il viendrait faire à la maison de mes parents. Je ne prose plus guère à autre chose qu'à trouver un moyen dé ne sauver dès que je verrais vevir cet objet de terreur. . .

Par malheur pour moi, Lagarcette fut assez longtemps sans vemr à la maison de mes parents. On sait que certaines menaces s’effacent facile- | ment du souvenir mobile des jeunes | eufants. Je ne pensais donc plus à la menace que l’on m'avait faite, lors re un jour, dans la maison, à aire je ne sais quoi, j'entendis reten tir comme un gros coup de tonnerre la redoutable voix de Lagarcette J mis aussitôt le nez à la porte ; il n’était qu'à quelques pas de la maison, tenant dans sa main son couteau ou-

tenrenam :

dre, eût l'effet d’un sonfflet appliqué sur une tes joues d'Alexis. Ne se ant plus + nation: Vous êtes ls bedean de la

int-Paul! et vous vous habillez vomme un bourgeois de Québec! Non, non, | res 8, un bodeau de la Baie-Saint- Paul, habillé comme vous êtes, ne mettra le dans la calèche d’Alexis Dufour. Vous tes lé bedeau de la Bais-Sai 1t-Paul, contiaué Alexis Dufour de sa g: voix de tonmerre, un serviteur d'église, eb vous vous hubillez ainsi ! Non, jamais vous n'irez dans ma calèche, Et, Dufuur, laissant la son beemberque seul daus sa valèche, se tend À l’église, en bougonnant entre ses dents: non, s un bedeau de Ja Baie- Saint-Paul, habillé commo une catin, ne meÿtra le pied dans ma ealèche !

vert et criant de sa formidable voix :

Où sont ils ? où sont-ils? que j' leur coupe le cvup ! ! Impossible de fuir et de me säuver, je me précipitai dans une chambre, sautai sur un lit et je fus m'enfoncer dans la ruelle de ce lit, tremblant de toutes mes forces, et m'attendant, à chaque instant, de voir entrer, dans ia chambre où j'étais, le terrible el affreux Zagaroette pour me couper le dou. Je restai dans cette position suffocante pendant plusieurs heures, sans ser remuer un pied, ni faire le moindre bruit, A chaque cri de menace que faisait entendre cet ennemi des pauvresenfants, un frisson de glare passait dans tons mes membres. Je dois cependant faire remarquer que cet homme n'était point méchant,

mais que c'était pour Jui une manie, .

un amusement de faire ainsi peur aux enfants et aux guéteux. 5°

Contre son ordinaire, Lagarcette

ce jour-là, passa plusieurs heures :

dâns ma famille, jetant de temps en temps son: cri de terreur : Où est-il?

pour que je lui'coupe le cou ! Je pouvais à peine respirer quand il quitta la maison Je sortis enfin de la ruelle du lit, mais pendant mon long et cruel supplice; j'avais pris la résolution de donaer une bonne volée à La- ‘e quand. je serais devena ommie ; je ne por juger alors de la moralité d’ Dieu m’a préservé de cette mauvaise action. Qu'il en soit béni!

Dans la maison voisine d'Alexis Dufour, en gagnant toujours vers l’ouest, a vécu autrefois une femme

ui a ét6 fort c‘lebre, dans l’Ile aux zoudres. Eile portant le nom sign:ficatif de la grande Madeleine. C'était la sœur d’Alexis Dutour (ZLagarcette). Elle était d’une grandeur, d'un: grosseur et d’une force extraordinaires. Son mari s’-ppelait Dcminique llarvey. La grande Madeleine était dans son élément quand elle faisait les ouvrages qui ne sont que le propre des houmes. Ainsi, elle trainait les chaloupes, à l’eau :

elle en plantait les mâts, en étendait

un tel acte, Mais.

fl di D D ù nm. —

temps en Di t-il L Je pouil quitta la ruelle long et la résoluplée à Ladevenu ger alors te. Mais .

mauvaise

d'Alexis urs vers e femme l'Ile aux Dm sign'- », C'était (Lagartandeur, ce extraplait Dcde Madeit quand ne sont s. Ainsi, à l'eau ; étendait

et roulait les voilés, elle en maniait les rames de manière à casser les meilleurs hommes. Quand il véntait fort, C'était elle qui tenait la barre du gouvernail, et les hommés ne se risquaient pas à essayer dé la lui ôter, car ils se seraient fait asseoir. Ellé ne se gênait nullemént de taper ses frères plus âgés qu’elle, quand les chosés n'allaïent pas à son goût. Dans les champs, à la maison, dans les chaloupés, n'importe où elle se trouvait, la grande Madeleine était maîtresse où, commé s’exprimaient les anciens voyageurs Cana diens du Nofd ouest, portait le plumet, et personne ne répliquait sur son commandement. Les gens disaient, non en $a présente, ils ne l’eussent ôsé! mais assez loin d’elle pour n'être pas entendus, que c'était une dure à cuire. La grande Madeleine était un type féminin tél qu’il n’en paraît peut être päâs un semblable, par chaque siècle.

Nous voilà rendus sur lé bord de la côte du Cap-à-Labrañche dont je vous prie de ne pas trop examiner les gardes-corps, qui n’oht pas été faits," je vous assure, avec la bourse du gouvernémént, ni par lés actionnaires du Grand Tronc. J'ai dit, ailleurs, que les habitants de l’Ilé aux Coudres avaient un goût bien décidé pour les antiquités. Si on ne connaïssait pas la parfdité tranquiilité dé leurs chévaux, on poutrait parier avec assurance que vingt personnes, chaqué année, dévraiént se casser : cou, en descendant une semblab'e côte,

Avant de descendre cetté côte pour réprendre le chemin dü bord du fluve, débarquons de notre calèché et allons nous placer, un pêu au sudest, sur le bord du cap. C’est peut être le plus beau point dé vue de toute l'Ile. [es objets qué nous avons aperçus de la Pointé-dés-sapins ou à la sortie de la route, vont nôus apparaître sous un aspect tout nouveau.

Sur la rive nord du fleuve, au bäs de la paroisse de la Petite-Rivière,

vous apercevez l'endroit appelé les Prairies, ainsi que les granges bâties an pied de l'énorme cap, pour y loger les foins qu'on y récolte. A marée basse, on aperçoit les gros et nombreux cailloux que le fleuve y a laissés en emportant les terres. Ces cailloux sont le supplice des navigateurs qui voudraient aborder la côte en cet endroit.

En vousindiquant ces prairies qui, une fois le foin sauvé, servent de paturage aux bestiaux, je ne puis résister au plaisir de vous dire que, lersque je faisais mon cours d'étude, je racontais en présence du vénérable grand vicaire Demers que, de la pointe de L’/letle où je pèchais à la ligne, j'avais auteuty beugler des bœufs qui broutaient l'herbe dans ces prairies, M’entendant raconter ce fait, il poussa un éclat de rire homérique et s’approchant de moi:

Eh ! bien, petit, vous avez enten- ‘“ du beugler les bœufs de la prairie “de la Petite-Rivière, et vous étiez ‘ à l'Ile aux Coudresi C'est bien, ‘ petit! c’est bien. Vous entendez “ de loin ! ” Et le bon et vénérable grand-vicaire se prit à rire de nouveau et avec une hilarité qui lui était propre. Quand, plus tard, il savait que je revenais de l’'ILie aux Coudres, il ne manquait jamais de me dire: “Eh! bien, petit, avez- “vous encore eutendu beugler les ‘ bœufs de la Petite Rivière ? ” Et je lui disais que non. Il reprenait aussitôt: ‘ C’est comme cela, petit, ‘“ vous ne les entendrez plus.” Et le vénérable vieiilard riait de tout son cœur.

Suivez maintenant Îes bords du rivage nord du fleuve vers l’ouest et vous allez distinguer les maisons de la Petite Rivière, ainsi que l’église paroissiale. Elle est en pierres. Ceux qui l’ont bâtie n’avaient probablement pas l’idée qu’il fut possible de faire dès établissements dans les énormes montagnes qui sont én arrière. C’est bien certainement la plus petite église qui soit dans le Canada.

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