‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 27 · LAS 7 ER · texte numérisé non relu

LAS 7 ER

Plus à l’ouest vous apercevez le fameux Cap-maillard qui allonge son nez dans le fleuve, et dont les razde-marée sont aussi tumultueux que ceux des caps-aux-oies. Malheur aux goëlettes qui s’y engagent lorsque le vent est tombé ! Elles y dansent des rills qui ne sont pas trop du goût des navigateurs, je vous en assure.

Dès qu’on a doublé le célèbre Cap maillard, onu entre dans la par tie qui porte le nom de Caps, ces masses énormes de pierres dont la bâse baigne dans les eaux du fleuve, et qui se prolongent jusqu’au majes tueux Cap Tourmente. Dieu, qui a tout fait pour l’homme, a voulu pourvoir aux besoins des navigateurs, voyageant dans de frêles embarcations, en ordonnant aux eaux du fleuve d'ouvrir, entre ces rochers, de petits hâvres, qui puissent servir de refuge dans la tempête. Les habitants de l’Ile aux Coudres ont donné à ces petits hâvres les noms sui.

vants, dont quelques-uns ne sont pas très-poéliques, ni même très-convenables, mais je n’ai pas le pouvoir de leur donner d’autres noms, comme je l’ai dit ailleurs. Tels que je les trouve, je les donne. Les voici, en remontant le fleuve : l’Abattis, l'Estatue, le Sault au-cochon, l’Anse.-au-pette, l’Anse aux-vaches, le Petit débarque.

ment ou la Petite gribane, le Grand débarquement ou la Grande gribane, la Grande anse, l’ Anse du cap brûlé, l’'Anse aux Cenelles, la Montée-du-lac, qui est l'endroit où l’on prend la traverse pour gagner le sud de l’Ile-d'Orléans.

Promenez maintenant vos regards sur les iles de cette partie du fleuve.

Vous apercevez le bout de l’Ile d’Orléans, Argentenay, célèbre dans les chroniques du temps passé, par la réputation qu’elle avait d’être la de meure d’une foule de sorciers et de feux-follets. Puis voilà les îles qui font cortége à l’Ile des sorciers: les Ilets rompus qui sont comme un prolongement de l’ile aux Coudres, l’Ileaux-grues, l’Ile aux-oies, la célèbre batture-aux-loups marins sur la quelle les chasseurs de l'Ile aux

Coudres ont tiré tant de coups de fu sils, enfin une grande partie de la rive sud du fleuvs, dont les beiles maisons blanches forment un si beau contraste avec la verdure des champs qui les environnent.

Portez maintenant vos regards sur la belle petite Ile aux Coudres.

Voilà, au nord, le bout de l’Jtette, avec les rochers qui la protègent contre la fureur des vagues ; puis la grande croix blanche, en souvenir d'une messe que la tradition nous apprend y avoir été dite par le Père de la Brosse, puis la butte-des-chasseurs, puis le cap de la Pointe à Antoine, puis les hars de la pêche aux marsouins que le courant des battures fait vibrer pour être la terreur de ces gros poissons, puis les fonds, en manière dedemi-cercle, dont les maisons forment la circonférence, puis enfin le clocher de l’église qui élèv son coq au-dessus des côtes.

La première maison, à votre gauche, est la demeure d’un homme dont je dois vous dire quelques mots :

Augustin Dufour est son nom. C’est un remarquable navigateur-côtier, Placé à la tête d’une nombreuse famille, Augustin Dufour a su, par son travail, son industrie, son activité comme: navigateur, établir convenablement tous ses garçons. Cet homme a un cœur royal et une sensibilité incroyable. B:enfaisant, cha.

ritable, hospitalier, toujours prêt à rendre service aux autres; d’une franchise de caractère admirable, honnête et loyal, Augustin Dufour joint à toutes ces bonnes qualités, une foi profonde, une grande délicatesse de conscience et un courage 1eligieux, qui en font un bon et excellent chrétien. Agé et affligé d’une cruelle maladie, Augustin Dufour a abandonné la navigation depuis peu d'années, pour se préparer à se présenter devant le tribunal de son maître.

Le fait suivant, dont M. Epiphane Lapointe, mort curé de Rimouski, a été témoin, donnera la mesure de la foi d’Augustin Dufour :

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‘egards )udres.

l’Ilette, tègent ; puis uvenir n nos le Père es-chasle. à Anhe aux es batterreur mds, en es mai- #8, puis li élève

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prêt à d'une hirable, Dufour alités, délicapurage et exb d’une four a Lis peu se pré- 8e son

phane ski, a ire de

Le voyage de l'Ile aux Coudres à Québec se faisait par eau dans une chaloupe. Le vent d'est soufait fort.

Dans la traversée devant St-Joachim, il devint furieux. Dans une bourasque le mât de derrière casse etcelui

e devant craque de manière à faire craindre qu’il ne tiendra pas longtemps debout. Ce mât est la dernière planche de salut. Le danger de périr est donc immirent. Augustin Dufour le voit et sa foi lui ditque Dieu seul pes le sauver de ce péril extrême.

Ln’y a pas un moment à perdre. Augustin Dufour tenanttoujours son

ouvernail, se lève debout, jette son

onnet bleu dans le fond de la chaloupe et, levant les yeux au ciel, il y envoie cette prière, ou plutôt ce cri de suprême détresse : “ Mon Dieu, je ‘“ suis père de famille—me voilà sur ‘“ le point de périr—que vont devenir “ mes enfants — aidez-moi--sauvez- “ moi—vous le pouvez et vous le ‘“ voudrez!i11” Après avoir lancé, vers le ciel cette prière du cœur, Au-

ustin Dufour ramasse son bonnet,

e place sur la tête, et se rassied sur le derrière de sa chaloupe, tenant la barre du gouvernail—La chaloupe passe à travers les lames frémissantes -la traversée se fait heureusement — Bientôt on côtoie la rive sud de l’Ile d'Orléans. Le mât craqué tient toujours debout, mal-

ré la pression de la voile. Enfin usustu Dufour arrive à la Rivière- Lafleur, il double le rocher du petit hâvre, il y est rendu à l'abri de la tempête et de la houle, dans le port, en sûreté, et... le mât craqué

tombe 1! Augustin Dufour avait

bien prié, et Dieu avait envoyé son ange soutenir ce mât jusqu’au mo.

ment où il fut sauvé du péril.

Son voisin, au sud, Louis Harvy, mort depuis peu d'années, a eu l'honneur d'être un des Juges de paix de Sa Majesté britannique.

Lui, aussi, était un intrépide navigateur. Il était laborieux, industrieux, d'un caractère décidé. Par le moyen de son travail et de son activité, il a pu fournir des terres à ses nom-

breux garçons, dont un, d’un bon et loyal caractère, exerce le métier de navigateur, comme son père.

Descendons main tenant notre côte du cap qui, il faut bien l'avouer, n’a pas un roulage sans pareil, surtout dans les temps de pluie. Les gens de l'Ile peuvent en être con- ‘ents, c'est leur affaire. La partie du chemin que nous avons à parcourir jusqu’au point de notre départ, se trouve sur les bords du fleuve.

Voyez-vous cette maison abandonnée que voilà placée sur une charmante petite élévation t ? Vous ne sauriez croire combien sa vue me fait mal au cœur! Avant d’être prêtre, c'était une des maisons que je fréquentais avec le plus de joie et de bonheur ! Là, dans cette mai.

son, rebâtie depuis et qui n’a jamais été terminée, demeurait la famille du Père Elie Mailloux, dont la femme était une des plus dignes mères de famille que j'aie connues.

Permettez-moi de vous en parler un peu, car Le me reprocherais de laisser, dans l'oubli, une des personnes que j'ai vénérés avec le plus profond sentiment de respect.

Elie Mailloux était natif de Québec, d’une riche famille de la Basseville. Pendant le siège de Québec (1759), tout ce que possédait sa famille fut perdu. Il avait quatre frères qui se dispersèrent, d’un côté et d’autre, pour gagner leur vie.

E'ie Mailloux, homme de beaucoup d'esprit, possédait une instruction remarquable, pour le temps. Il descendit, ainsi que mon grand père, Louis Mailloux, à la petite Rivière Saint-François, où ils avaient des parents, Peu de temps après, Elie Mailloux s’engagea à un bourgeois de la Baie des-Chaleurs, comme commis dans une grave. Il y fut quatorza ans. De làil revint à la Petite-Rivière et s’associa avec mon grand père pour faire l’école aux enfants.

t Ceci était écrit en 1869, Aujourlhui 1871) cette maison est habité par Ulric uchard, neveu de B, Mailloux.

Ce fut là que Elie Mailloux se maria avec une fille de Bonaventure Dufour, homme à l’aise et d’une probité remarquable. Un an après son mariage, il descendit, avec sa femme à la Baie-Saint-Paul, et il s’engagea à M. Créquy, alors curé de cette p:roisse, pour avoir soin de la sacristie et gérer les affaires de M. le curé.

Ce fut pendant qu’il était au service de M. Créquy, qu’Elie Mailloux se décida à venir s'établir à l’ILie aux Coudres, où demeurait son beau frère, le colonel Joseph Dufour surnommé le grand-Bona, comme je l’ai dit plus haut, Il fit bâtir à la Pointe.des-Roches, une forte jolie maison sur un terrain de deux arpents sur douze f.,

Traversé sur l'Ile aux Coudres, le père Elie Mailloux devint l’homme d’affaires des curés du Nord et de plusieurs bourgeois de Québec, et notamment des Messieurs Germain Larglois. Ces agences lui procurèrent largement de quoi pourvoir aux besoins de sa famille. Mais l’appétit vient en mangeant, dit un proverbe. En faisant les affaires des autres, achelant et vendant pour les autres, il lui prit envie d’acheter et de vendre pour lui-même. Il étabht donc un petit commerce sur l'Ile.

Mais ce fut son malheur, car il ne put longtemps faire honnenr à ses affaires, Le père Elie Mailioux étant d’une honnêteté proverbiale, il ven dit tout ce qu’il posséaait, marchandises, maison, emplacement, et put ainsi trouver le moyen d’acquitter toutes ses dettes.

Ne pouvant plus continuer son petit commerce, il prit le parti le plus sage et, en même temps, le plus propre à assurer l’avenir de sa famille. Il emprunta cing cents piastres de son beau-frère, pa Dulour, et acheta comptant, la terre où est bâtio la maison que je viens de vous indiquer.

+ Sa maison se trouvait à l’endroit où est la croix, à l’angle du chemin qui remonte vers le sud, comme je l'ai ditailleurs ‘! ""

Par son travail et l’aide que lui donnèrent ses enfants, il remboursa en peu de temps, l'argent qu'il avait emprunté de son beau-frère, et put trouver les moyens d’élever convenablement ses enfants et d'acheter des terres pour quatre de ses garç2ns, dont trois sur l'Ile et une à Cacouna.

Le père Elie Mailloux devint, en peu de temps, le confident et l'appui des curés de l’Ile, qui surent apprécier sa sagesse, la régularité de sa conduite et surtout, son bon sens et son rare esprit de conciliation. Sa femme, Josephte Dufour, secondait en tout son mari, dans J: soin des affaires de la maison et dans l’éducation des enfants, que cette femme admirable sut former avec un tel succès, qu’elle fit de tous, garçons et filles, de vrais modèles d’obéissance, de piété, de vertu et d’une conduite irréprochable ; presque tous les enfants de. cette belle famille étaient remarquables par un esprit et des talents beaucoup au-dessus de l’ordiaaire, entre autres Elisée, Pierre et Bonaventure et, parmi les filles, la femme de Louis Bouchard et celle de Jean Lapointe, la perle de cette famille. |

L'exemple de soumission au père et à la mère, que j'ai vu dans cette famiile, me faisait une telle imnression que ie ne revenais point de mon étonnement, chaque fois que j'allais dans cette meison, Mon Dieu, quel respect tous ces enfants avaient pour leur père et leur mère, auxquels ils n'adressaient jamais la parole sans se découvrir et sans faire apparaître sur leurs visages un aspect que je n'ai jamais vu dans d’autres enfants !

La dénomination dont ils, se servaient était: mon,cher père, ma chère mère, et ce n'était pas une vaine dénomination.

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Le père Elie Mailloux, assez lon temps avant sa mort, établit sur

bien paternel un de ses fils qui portait le nom de Bonaventure. Ce Bonaventure Mailloux, que j'ai aimé à l’égal d’un frère, remplaça dignement son bien digne père, à

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la maison paternelle. Oh 1 combien | vière rouge En considérant les il était aimable, joyeux, plein d’es-| choses un peu philosophiquement, prit, ce Bonaventure Mailloux ! Que! on ne peut trouver bien étrange qu’il

de belles et charmantes journées j'ai passées avec lui | Quel cœur, quel heureux caractère avait cet homme, un des plus dignes que j'aie rencontrés pendant ma viel Toujours prêt à rendre service ; laissant tout pour obliger un ami; in dustrieux, adroit, vigoureux, ferme et d’une bonté d’âme et de cœur que je. ne puis jamais oublier. Combien j'étais beureux d’entrer dans cette maison qu’aujourd’buif je vois abandonnée et tomber en, ruine

La famille de cet homme, admirable sous tous les rapports, était élevée, lorsque des malheurs étranges vinrent frapper. ce. noble cœur et; l’abreuvèrent, d’amertune, Ne, pouvant plus vivre dans le. chagrin et sansespérance, d’un avenir plus, consolant, Bonaventure, Maiïlloux, quoique vivant à l'aise sur cette terre que lui avait donnée son excellent père, fut contraint de la vendre, je dirais pour un bouchée de pain, et quitta l'Ile, où il avait de si sincères amis, pour n’y plus jamais revenir | Ce qui me plonge dans une mélancolie qui me b.ise l’âme, c'est que cet homme est tombé dans une penurie approchant la mendicité. Maintenant âgé de quatre-vingt cinq ou quatre vingtsix ans, il n’a jamais voulu abandonuer ses enfants. Au milieu de privations de toute espèce, il est résigné, tranquille, soumis à ce qu’il appelle sa pénitence |!

Je m'apergois que je me suis ou blié, en parlant de cette famille. Il ne.me reste qu’un moyen, c'est de demander pardon de cet oubli. Fai.

sons avancer notre bucéphale qui, vous. le voyez, parait coatent de se reposer pendant que nous parlons de choses qui ne doivent guère lintéresser.

Nous voilà rendus à un petit pont ui n’en cède, guères aux autres, ans l’anse de l’église, sur la. ri-

t Ceci a 666 écrit en 1869,

soit dans l’état où nous le voyons.

Car à quoi doit servir un pont? Si ce n’est à passer un cours d’eau, sans être exposé à s’y embourber.

Que peut-on exiger de plus pour l'usage qu’on en doit faire? Nous n’en serions guère mieux, s’il était construit en riches pierres polies, ou en marbre blanc, ou en bronze doré.

Dans la seconde maison, à notre gauche, sur cette élévation près de la côte qui horde l'anse de l'Ilette, demeurait la famille de Jean Lapointe, depuis quelques années émigrée à Saint Arsène, démembrement de la paroisse de Cacouna. C'est là qu'est né le 5 juillet 1822, M. Epiphane Lapointe décédé. curé de Rimouski en 1862.

Le père Jean Lapointe.était un des plus parfaits chrétiens que j'aie connus, Jamais cet homme n’a dévié du droit chemin et, par une conduite aussi prudente que vraiment chrétienne, il a constamment su éviter de se mêler autrement dans les differents de la paroisse {ue pour réconcilier les hommes et ramener la paix. Le père Lapointe, chargé d’une très nombreuse famille, travaillait le jour et la nuit. Il nesavait jamais se ménager, et on aurait dit qu'il avait une occupation qui ne demandait pas un instant de délai, ‘ant il se dépéchait de la terminer. Il courait presque toujours en travaillant.

Homme d’une grande foi, craignant Dieu de toute la force de sa belle âme, remplissant ses devoirs de père chrétien, avec une fidélité parfaite, le père Jean Lapointe avait l’heureuse habitude de prier continueliement pendant son travail, Malgré qu'il eût un tempérament bouillant, 1l ne se fâchait jamais, car au premier mouvement d'impatience, il s’arrêtait tout court, pour se recommander à Dieu.

Comme tous les. bons paroissiens, il aimait et vénérait son curé avec

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