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quelque pauvre eholérique, dont les cris de douleur me brisaient l'âme.
Ayant terminé ma longue et désolante iournée, je revenais au piesbytère vers l'heure de minuit, lorsqu’arrivèrent Por Lrr en même temps un grand nombre d’hommes, de tous les points d’une nouvelle rue que le choléra venait d’envahir. Il n’est per de faire remarquer que e choléra se promenait dans les rues, pour ainsi d re, à la façon d’un voyageur ne retourne point sur ses pas. Il les parcourait d’un bout à l'autre, y frappait toutes les victimes que le doigt de Dieu lui avait désignées, changeait ensuite de rue, et n2 revenait plusdans celles q:ril avait visitées. Voilà ce que J'ai vu de mes propres qoux, et ce qui me faisait comprendre que le choléra portait la marque visible et indubitaLle d'un fiéau de Dieu.
Ne pouvant aller secourir tous ces malades à la fois, je montai à la chambre de M. Tremblay, qui n’y était que depuis environ vingt mi nutes, Comm moi, il était parti, pendant la veillée, et svait administré un grand nombre de malades. Il venait de se mettre sur son lit pour se reposer un pen de ses futigues.
J'hésitai quelques moments à lui faire part du but de mia visite. Il m’en coûtait tant de lui demander de re tourner aux mala es! Mais il le fallait, car, sans son aide, jlusieurs seraient morts sans sacrements. Je me rappelle encore, avec quel courage il se leva, sans la moindre plainte, saus le moindre mouvement de mauvaise humeur, respirant péniblement, brisé par la douleur d’une attaque violente de son asthme, il me dit en souriant: ‘‘ Allons! allons!
“ça va briser un peu plus le vieux “ l'remblay, mais les pauvres ma- & lades sont encore beaucoup plus “ brisés que lui!” T1 descendit aussitôt, et alla continuer sa glorieuse auit en administrant les cholériques sc 6 le même zèle et la même charité,
Dans les premiers mois de cette | j'ai été appelé, sont morts en pr
M. G, TREMBLAY
année, 1832, le bon vieux Père Raulé, “* dont la mémoire est en bé- ‘ nédiction, ” ayant laissé sa déserta de la communauté des Ursulines de Québec, était venu prendre sa pension au presbytère de Saint-Roch.
Ce bon Père eût bien désiré pouvoir s'associer à nous dans le sublime ministère que nous exercions ; mais il était incapable d'aller seu aux malades, auxqv£is il ne pouvait administre]: l’extrime-onction, pa;ce qu’il avait presque complétement rerdu l'usage de la vue.
Dieu ne vouiait pas le priver de celte consolation. Un jour que je pas sais par le réfectoire pour y prendre un peu de nourriture, comme en courant, car nous n'avions pas le temps de nous asseoir, excepté pour eutendre les confessions de nos
auvres cholériques, j’y rer.contrai le bon Pere Daulé qui me dit, avec l'accent &’un profond chagrin :‘* Est.
“ ce que je n'aurai pas le bonheur d'aller consoler quelques pauvres “ malades ? ” “Il n’y a pas moyen de vous donner cette consolation, ” lui répoudis-je, “* à moins que vous ne vous entendiez avec M. Tremblay, qui pourrait vous accompagner pour donner l’ext-ême-2nctioi à ceux que vous auriez préparés à la recevoir. ” Je dois dire ici que mes autres vicaires s’étaisnt rétablis et avaient repris l’exercice du ministère.
Je revins un peu plus tard au pres- LA mes et jy appris que M, Daulé et
. Tremblay, s'étaient concertés pour aller de compagnie, administrer les malades. Je leur procurai une voiture. Gette touchante société, devint un spectacle émouvant pour la paroisse.
Le bon vieux Père Daulé con£essait les malades, surtout les Irlandais, sans les voir, et M. Tremblay, leur administrait l’extrême-onction, pendant que le Père Daulé, agenouillé près de lui, priait comme un ange.
Je suis intimement persuadé que tous les mourants auprès uels
BIOGRAPHIE LE M. G. TREMBLAY
tinés, et d'après ce qui est parvenu
Un dernier trait mettra comme 3
à mes oreilles j'ai raison de croire | sceau à toutes les prenves que je viens d'indiquer. Pendant les premières heures de la maladie, il fa]lait constamment frictionner Îles membres des colériques, pour rendre moins intolérables es d
yuüe ceux qui ont été administrés par d’autres nrêtres que moi sont morts dañs les mêmes dispositions.
Voici les prenves à l’appui de mon opinion :
10. Pas un seul, parmi le nombre immense de ceux qui ont élé frappés n’est mort sans pouvoir se Coutesser avec une parfaite connaissance. ce qui, sans une interveulion speciale de la Providence, devait arriver pour plusieurs;
20. Nou seulement ils ont tous eu le bonheur de recevoir les derniers sacrements, mais encore ils les ont tous reçu avec un repontir de leurs fautes etune confiance en Dieu, tels que jen ai bien rarement été té moin à l'égard de ceux que j'ai vus mourir d’autres maladies ou en d'autres iemps ;
80. Contrairement à ce qui a lieu à l'égard de beaucoup d’autres malades, ils avaient le souvenir de leurs favtes si clair, si circonstancié, si complet que j'étais dans l'admiration, et cela sans aucune exception, à ma connaissance ;
40. Malgré lies douleurs atroces que leur causaient les crampes, je n'ai jamais oui un murmure, Uñe plainte, une simple impatience s’échapper de leurs bouches, mais tous exprimaient la plus parfaite soumis sior à la volonté de Dieu ;
5o. J'ai constammentremarqué que c’étaient les plus grands pécheurs, ou ceux qui avaient passé un plus long temps sans approcher du Saiut tribunal, qui témoignaient uu repentir plus profond, une plus grande confiance dans l’infiuie miséricorde de Dieu. Plusieurs, me voyant entrer dans leurs maisons, mé diswient:
“ Vous m'avez appelé bien des fois, ‘ de la part de Dieu, et moi, misé- ‘“ rable, je n'ai pas voulu vous aller “ trouver! Aujourd'hui que je ne “ puis plus aller vers vous, c’est ‘“ vous qui venez vers la brebis éga.
rée ! Oh ! de grâce, aidez moi à ob- “ tenir miséricorde ! ”
ouleurs que leur causaient les crampes. Eh ! bien je déclare, que pas une seule fois, sur les centaires de malades que j'ai confessés, je me suis vu obligé d'interrompre les confessions et d’appeler quelque personne pour leur faire des frictions. C’est nn fait qui s'est constamment renouvelé pour chaque mourant, à quelque période que fut parvenue la maladie. Du moment que je commençais à entendre les confessions, les crampes cessaient tout à coup, pour ne revenir qu'après la confession termine. ou pendant l'administration du sacrement de l'extrême onetion. Si la bonté de Dieu n’en eût pas disposé de la sorte, comment eussions-nous pu suflir à entendre les confessions d’un si rand nombre de malades, s’il eût allu les interrompre à chaque instant? Enfin qu'on veuille se rappé:
ler que le choléra de 1832 Fait comme une grande visite de Dieu, qui porte toujours avec ella des grâces extraordinaires de conversion.
Vers le 25 de juin, c'est-à-dire qui: ze jours depuis son apparition, e choléra était moins sévère ; les cas n'éaient pas aussi fréquents ni aussi fatals ; il semblait las des coups terribles qu’il venait de frapper. Ou put respirer un peu. Il nous fut done pouvoir monter à la Haute.
ville pour savoir des nouvelles de nos confrères dont nous n’avions pas eatendu dire un mot depuis le commencement du fléau. Par une visible et éclatante protection, Dieu les avait préservés de la mort, comme il nous avait préservés nous-mêmes.
La diminution du redoutable choléra ayant fait renouer un peu les relations sociales interrompues déjà depuis lo3gtemps, nous apprimes avec douleur que le fléau avait fait
son apparition dans lcs paroisses d'en bas du fi uve, et notamment dans celles du comté de Charlevoix.
M. Tremblay, dont nous pouvions alors nous pesser, ayant en vent de cet'e triste novvelle, s'offrit généreuseme nt d'aller pniter secours aux curés de ces paro:sses et en obtint la permission de Mgr Panet. Il prit donc passage dans une g.élette de la Malbaie.
Far malheur pour lui et pour le succès de ia mission de charité qu'il allaic remplir, M. Tremblay avait oublié ou n'avait pas cru nécessaire de prendre des lettres de Monseigneur Panet, qui devaient lui servir d'introduction après des cu rés qu'il allait serourir. Pour n’avoir pas pris cette précaution qui, en tout autre temps, eût peut-être été inutile, M. Tremblay eût à subir des misères, des rubuts, des accusations mêmes qui lui auraient fait regretter d’avoir entrepris ce voyage, si le motif n’en eût pas été aussi louable.
Le choléra qui avait causé, dans les villes et dans leurs environs, des terreurs incroyables, en avaient causé encore de plus grandes au loin.
Des navigateurs, des voyageurs, des déserteurs, que le fléau avait fait fuir du centre de la contagion des villes et des faubourgs, avaient semé l’épouvante sur la route par des récits vraiment effrayants. Dans presque toutes les paroisses, on avait établi des bureaux de santé dont les réglements, d’une sévérité extrême, interdisaient l'entrée de l'endroit à tous ceux qui venaient des villes ou des centres où régnait la maladie.
11 trouva que la popula ion de l'Ile aux Coudres n'était pas aussi effrayée du choléra, qu’on avait essayé de le lui persuader, pendant son voyage.
On savait qu'il venait directement de Québec, et un assez grand nombre de personnes vinrent lui endre visite et s'informer si ce que l’on entendait dire était véritable; car on avait fait courir les bruits que tout le monde mourait, sans aucune exception.
Loin d'augmenter leurs terreurs, les
BIOGRAPHIE DE M. G. TREMBLAY
récits que leur fit M. Tremblay de ce qui se passait à Québec, contribuèrent à les rassurer un peu et les convainquirent que tout le monde ne mourait pas.
Les parents de M. Tremblay demeuraient à environ trois quarts de lieue de l’église. Or il est de règle, à ’Ile aux Coudres, qu’une nouvelle peut en faire deux fois le tour dans l’espace de moins de vingt-quatre heures, même dans les temps de l'hiver où les chemins sont imprati:
quables, Da là il arrive qu’un étranger, qui y met le pied et s’y montre à une seule persount:;, peut s'attendre que, en moins de quatre heures, presque tous les habitants de l'Ils connaitront son arrivée
Vers les sept heures du soir, le président et les membres du bureau de santé avaient été informés que M. Tremblay, venaut de Québec, était arrivé dans l'Ile et avait été prendre sa retirance chez ses parents. Sans perdre un instant, le président du bureau envoya prévenir tous les membres de se réunir immédiatement pour une affaire de la plus grande importance. Ils emprunt rent des ailes pour faire plus promptement le voyage de leurs demeures au lieu où devait se tenir l’assemblee.
LA chronique du temps rapporte que les delibérations des gardiens de la santé publique furent très anim eset qu’à la très grande majorité, il fut résolu de ne pas perire un moment pour empêcher la contagion de se répandre dans l'Ile. Le bureau chargea un de ses membres d’aller, sur le champ et malgré l’heure avancée de la nuit, sigmf r la résolution du bureau au nouvel arrivé.
M. Tremblay était à converser fort paisiblement avec ses parents et quelques voisins lorsque, sur les dix heures du soir, il vit entrer le député de l'assemblée qui venait lui signifisr de sa part de se garder d'os r metire le pied en dehors de la maison où il était actueliement, car telle était la décision des gardiens de la santé publique, dans l'ile aux
BIOGRAPHIE DE M. G TREMBLAY
Condres. Et, sans perdre un moment, il sortit de la maison où était le pestitéré,
Comme on le voit, c'était une sen tence d’excomunication un véritable emprisonnement pour celui qui ne s'était rendu à l'Ile que pour secourir ceux que la maladie aurait pu atteindre. Je n'ai nullement l'intention ici de condamner cette mesure de sûreté, mais seulement l’exagération qu'on y apporta.
Il n'en était pas moins vrai que, contre son attente et d’une manière assez cavalière, M. Tremblay était réellement emprisonné dans la maison de ses parents ; on ne lui donna pas même la liberté d'aller dire la sainte messe le jour de la fête de St Pierre ni le lendemain qui était un dimanche.
Voyant donc que sa présenre, à l'Île aux Coudres, était un sujet de crainte excessive pour les habitants et le bureau de santé, il se décidà de sortir de l’Ile, sans tambour ni trompette.
De bonne heure, ie lundi matin, il se fit traverser aux Eboulements, espérant que sa présence n'y serait pas, comme à l’Ile aux Coudres, le sujet d’une terreur panique, qui oblieur les bureaux de santé à lui inter-
ire la société des vivants, ou à lui fermer la porte des. églises.
Il se fit conduire directement chez l'honorable Paschal Laterrière, dans le but d’en obtenir un passe-port, afin de pouvoir continuer son voyage.
L'honorable monsieur Laterrière, qui connaissait très-bien M. T:emblay, le reçut avac sa courtoisie ordinaire. Mais il ne jugea pas nécessaire de lui donner le passe-port qu'il demandait, par la raison qu'étant prêtre, son habit valait mieux qu'un passe port. Au départ de M. Tremblay, il lui assura qu'il pouvait aller là où bon lui semblerait, sar 3 aucun danger d’être molesté.
Cette autorisation verbale ne faisait pas toul-à fait l'affaire de M.
Tremblay, qui venait d'apprendre, à ses dépens, à quoi lui avait servi celle
que lui avait donnée Monseigneur Panet; mais il fallut bien s’en contenter. Et le vieux voyageur se miten route, pour descendre à la Malbaie, dernière place où il allait.
En passant au presbytère des Eboulements, M. Tremblay y entra pour saluer M. Pierre Clément, alors curé de cette paroisse, qui le reçut très-amicalementet l'invita à prendre le diner, en compagnie de ses deux futurs neveux, qui s'y trouvaient réunis pour le festin de la grand’ demande. C'était une be ‘ne aubaine à laquelle M. Tremblay ne s’attendait guère.
Après quelques quarts d’heure passés avec l’aimable et joyeuse com pagnie, M. Tremblay prenait congé de ses hôtes et spécialement du vénérable M, Clément, qui l’invita fort
racieusement à venir coucher chez ui, à son retour,
M. Pierre Duguay, curé de la Malbaie, reçut ass:z Lien M. Tremblay, mais pas avec un grand plaisir, fl craignait, avec raison, les reproches des officiers de santé qui, à la Malbaie plus qu'ailleurs, redoutaient l’invasion du choléra, par l'arrivée des vo yageurs et surtout des navigateurs.
Ne voulant pas donner un prétexte de mécontentement contre lui, M.
Duguay demanda avec inst nce à M.
Tremblay de vouloir bien s'abstenir de faire des visites dans sa paroisse, lui permettant, au este, de demeurer dans son presbytère, aussi long temps qu’il le jugerait à propos, Par le fait mème de cette restriction, M.
Tremblay se trouvait de nouveau bien et dûment prisonnier dans le presbytère de la Maibaie. C'était Jouer de malheur et laisser une réclusion pour courir après une autre.
Car M. Tremblay devait conclure de l’injonction de ne pas sortir du presbytère, qu'on lui signifiait, dans les meilleurs termes possibles, qu’il ferait bien de retourner d’eù 11 était venu, et, encore pour cette fois, sans tambour ni trompette.
Le lendemain de son arrivée, de très-grand matin, M. Tremblay se
hâtait de partir de la Mulbaie pour regagner les Eboulements, afin d'y passer la nuit, sur l'invitation expresse de M. le curé. Mais voici bien une autre affaire : en mettant le pied dans le presbytère, on lui signifa, sans plus de façon, qu'il eût à continuer son voyage, car défense avait ét6 faite à M. Clément de le recevoir dans sa maison.
Ainsi rebuté, chassé, emprisonné, ou mis à la porte comme un pestiféré ou un eézcommunié, M. Trem blay se décida à monter à Québec.
Heureusement qu’en arrivant au bas des Eboulements, il trouva une goëlette prête à faire voile.
Nous en étions sur la fin de juillet et le choléra, quoiqu’un peu moins sévère, faisait encore un grand nombre de victimes, Il y avait audelà d’un mois et demi qu’il avait frappé ses preuuere coups. Exténués par cette longue suite de jours où nous n’avions presque pas eu de repos, même pendant les nuits, M.
Tremblay n’était pas de trop. Il fut donc, d’un commun accord et avec un insigne bonheur, réintégré dans le poste d'honneur qu'il avait si bravement occupé.
Mais il était réglé que le bon M.
Tremblay ne devait pas rester longtemps avec nous. En effet, il n’y avait que peu de jours qu'il était revenu dans nos rangs, lorsque Monseigneur Panet le fit demander à l'évêché. C'était encore pour accomplir sa vocation de voyageur.
M. Jean-Baptiste Maranda, alors curé du Château-Richer et de l’Ange- Gardien, venait de tomber malade
r suite des fatigues éprouvées
ans la desserte de ses deux paroisses, où le choléra sévissait avec beaucoup de rigueur.
M. Tremblay accepta avec empressement la mission que lui offrait son évêque. M. Tremblay se multiplia, pendant près d’un mois et demi, pour suflre à l’administration des sacrements aux cholériques.
* M. le curé du Château-Richer et de l’Ange Gardien se rétablit enfin
BIOGRAPHIE DE M G. TREMBLAY
et put se passer des services de M, Tremblay, à qui il conseilla de prendre un peu de repos. Mais, comme le disait depuis l'excellent M. Tremblay : ‘ J'étais alors sem- “ blable à une vieille cheville qui, “ n’ayant point trouvé sa place dans # ]a construction d’une maison, avait été abandonnée sur le terrain, et “ ne pouvait plus servir qu’à bou- “cher tantôt un trou tantôt un # autre.” Hélas ! ce n'était que trop vrail Car à peine avait-il cessé de travailler au Château-Richer et étaitilrevenu au milieu de nous, qu'il lui fallut boucher un autre trou ou, si on Laine mieux, aller remplir un autre vide.
Un des vicaires de la cure de Québec étant tombé malade, ce fut M.
Tremblay qui fut chargé d’aller le remplacer, C'était vers le mi-septembre, temps où le choléra ne faisait plus que de très rares victimes, Aussi, M. Tremblay, le pauvre im-
‘potent, la vieille cheville, cet homme
qu’on semblait n'avoir ordonné prêtre que pour être à la charge d’un autre, se trouvait, par le fait beaucoup pius capable qu’un grand nombre de ses confrères.
Pendant qu’il était encore à errer dans le comté de Charlevoix, j'avais été diner au Séminaire de Québec, où les évêques prenaient encore leur pension. On n’eüt rien de plus pressé
ue de me demander des nouvelles es prêtres qui m'avaient aidé à ad:
ministrer les pauvres cholériques. M.
le Grand Vicaire Demers, qui estimait beaucoup M. Tremblay, à cause de son rare bon sens, m’adressant la
parole : ‘“ Mais qu’avez-vous donc
fait de M. Tremblay, pendant le choléra ? ” dit-il. Je lui racontai les services qu'il nous avait rendus et lui parlai du grand courage qu'il avait montré à visiter les malades, de jour et de nuit, sans interruption, puis j'ajoutai : ‘ Si j'étais évêque de Qué- “ bec, je donnerais à M. Tremblay “la plus belle petite cure de mon “ diocèse, et je ne croirais pas lui “faire un présent. ” ‘Ce serait
“ bien,” me répondit en souriant cet homme admirable, “ et je vous “ assure que veus n’auriez pas lieu “ de vous en repentir. car M. Trem- “ blay est un digne prêtre ; je le con “ nais bien —et depuis longtemps. ”
Loué par M. le grand Vicaire De mers, dont l’opinion était d'un si grand poids auprès des autorités vcclésiastiques, M Tremblay fut com-
létement réhabilité dans l'opinion
e ceux qui l’avaient regardé comine un membre inutile, ou ce qui était beaucoup plus injuste, comme un véritable fardeau pour ses supérieurs.
A la Saint Michel, M. Tremblay.
reçut des lettres de vicaire, pour l’importante paroisse de la Malbaie.
À peine y était-il arrivé que de nouveaux travaux et de nouveaux dan gers l’attendaient, car le choléra venait de s’y déclarer pour la troisième ois.
Ceux qui ont connu jusqu'où s'étendaient, à cette époque, les limites de cette paroisse, la difficulté de ses chemins, les côtes qu'il fallait sans cesse ou monter ou descendre, pourront seuls se faire une idée des fatigues que dût éprouver M. Tremblay, pendant tout le mois d'octobre.
Car le choléra n'y cessa ses ravages qu'aux approches de la Toussaint.
Après trois ans de séjour à la Malbaie, la cruelle maladie dont il souffrait avait achevé d'’épuiser ses forces, et il fut obligé de demander quelque temps de repos qui lui fut accordé.
Il n’est pas hors de propos de faire connaître que, dans le courant de l'été qui venait de finir, le bon vicaire de la Malbaie avait eu la douleur d'apprendre que plusieurs membres de sa famille, sa mère, ainsi que deux de ses frères et deux de ses sœurs, étaient morts du typhus, dans l’espace de trois mois.
Au moment où il allait laisser la Malbaie, il venait d'apprendre que deux autres personnes de sa famille étaient en danger de mort, par suite de la même maladie.
M. G. TREMBLAY w
On était à l'automne de l’année 1835,quelques jours seulement après la Toussaint. La neige blanchissait wén les rivages du fleuve ; le temps était sombre et froid ; la tempête, qui avait apporté cette neige, était de beaucoup diminuée, lorsque M. Godefroy Tremblay, après avoir fait ses adieux à son curé, prit passage dans un petit bateau de la Mal.
baie pour se rendre à Québec où il avait l'intention de consulter quel.
que médecin habilé;
Il + it que M; Tremblay devait être 1e plus malheureux des voyageur# sur terre et sur mer.
Le petit bateau, dans lequel il avait pris passage, se trouvait rendu le long de l’Ile aux Coudres, lorsque le vent avait compléterhent cessé, et que le baissant était sur le point de reprendre son cours, ayant ainsi arrêté la marche du bateau.
M. Tremblay crut que la Providence disposait des choses pour qu'il eût la consolation de visiter sa fa mille, si cruellement éprouvée. Pensant qu’il ne pouvait rencontrer un refus, il demanda au capitaine s’il aurait la complaisance de le débarquer sur l'Ile, lui donnant pour motif le besoin qu'il avait d’ailler consoler sa famille éplorée et de dire quelques paroles de consolation à deux de ses sœurs dont on attendait la mort d’un moment à l’autre. 1l offrit de payer une piastre pour cha cune des heures qu'il passerait sur l'Ile. La réponse du capitaine fut que, pour aucun prix, il ne consentirait à retarder son voyage pour l’attendre.
En me faisant part plus tard de ce refus qui l'avait si cruellement aflligé, M Tremblay me dit qu’il allât se placer au fond de la cale du bateau, afin de n’avoir pas la douleur de voir, en passant, la maison de ses parents où régnaient depuis si longtemps la maladie, la mort et la désolation.
Que fit.ik alors ? Il n’a pas voulu me l'apprendre ; mais il est facile de le deviner. Il pria Dieu, avec larmes, de lui venir en aide.
100 BIOGRAPHIE DE Il est raconté dans la vie de Saint Benoit, par Saint Grégoire le Grand, v'un jour ce serviteur de Dieu tait allé, accompagné d’un certain
nombre de ses re igieux, rerdre une visite à sa sœur Sainte Scholastique, Ils passèrent tout le jour en chants pieux et en colloques célestes. Le soir arrivé, Scholastique supplia son frère de passer la nuit auprès d'elle.
qu il ne pou
St Benoi: lui répondit vait passer la nuit en dehors de sa cellule, En ce moment, aucun nu.
age quelconque n'apparaissait dans le ciel.
Grandement contristée par le refus de son frère, la chère Scholastique se joignit les deux mains, les posa sur la table et s’y appuyant la tête, elle se mit à prier en versant un torrent de larmes. Sa prière finie, elle leva la tête, mais voilà qu’en même temps, se firent enter.dre d’effrayants coups de tonnerre qu’accompagnait une pluie torrentielle. [1 fut donc impossible à Saint Benoit de regagner son monastère. Malgré lui, il fut obligé de passer la nuit avec sa sœur.
La prière de M Tremblay fut elle exaucée comme celle de Sainte Scholastique ? Toujours est il qu’à peine il y avait cinq minutes qu’il était descendu au fond du bateau que s'élevait tout d’un coup un vent d'ouest d'une violence extrême. 11 soufilait à
‘ine depuis un quart d'heure que es vegves, soulevées par cette soudaine tempête, men: çaie nt d’engloutir le bâtiment.
A la vue de cette bourrasque, et de ces vagues s'élevant comme des moutagnes, le capitaine vit qu'il n’y avait qu’un seul parti à prendre et que de gré ou de force, il fallait bien s’y résigner : c'était de relâcher et d'aller chercher un abri dans le hâvre appelé le mouillage, qui se trouve le lung de l'Ile.
A peine y avait-il jeté l'ancre, que le capitaine s’empressa d'offrir à M.
Tremblay de le débarquer sur l'Ile, s’il le désirait, convaincu que c'était Jui qui avait soulevé cette tempête
M. QG, TREMBLAY
et que, s’il ne déférait pas à sa demande, d’autres malheurs lui arriveraient pendant son voyage. Quoiqu'il en soit, M. Tremblay eut la consolation d'aller vis.ter ses parents dans le deuil et de leur adresser quelques bonnes et douces paroles,
Cette tempête de vent d'ouest ne dura que quelques heures, et autant de temps qu'il en avait besoin rour aller passer quelques moments dans la maison désolée de ses parents.
Cette circonstance me confirme dans l'opinion que, descendn au fond de la cale du bâteau, M. Tremblay avait fait comme la bonne Sainte Scholastique, et que comme elle, il avait été exaucé.
Après avoir consolé ses parents, et encouragé ses deux sœurs malades à se résigner à la volonté de Dieu, M. Tremblay se hâta de revenir au mouillage Ta tempête avait cessé. Il embarqua sans délai ; et il se rendit très-heureusement à Québec.
Quoique souffrant plus que jamais, il futnommé au vicariat de Ste Rose, près de Montréal, «à l’on espérait qu’un meilleur ciirat le rétablirait. Il n’y put tenir que trois mois et demi, et, par l'intermédiaire d'un ami de collège, M Pepin, a'ors curé du Saut-au-Récollet, il ob‘int une chambre chez les Religieusesde l'H6tel-Dieu de Montréal. Touchées de l'état déplorable où était réduit leur nouveau maiade, elles en prirent un soin tout spécial. Quand M.
Tremblay parlait des attentions et de la charité compatissante des reli-
ieuses de l’Hôtel-Dieu de Montréal,
son égard, il ne pouvait trouver d'expressions assez énergiques pour dire l'admiration qu'il avait pour ces saintes filles. En cela M. Tremblay n’était que l’écho de tous ceux qui ont eu le bonheur d’être soignés dans quelqu’une de nos communautés d’hospitalières.
Dans le cœur de toutes ces saintes filles qui se consacrent à soulager les nombreuses misères humaines, il y a quelque chote d’ineffable. Ce n’est pas de la compassion telle qu'un
\ sa deui arri- . Quoi- eut la parents dresser paroles,
quest ne autant in rour ts dans parents. ne dans fond de ay avait le Schoil avait
parents, malades e Dieu, enir au *essé, Il e rendit
jamais, te Rose, espérait ablirait.
mois et re d'un rs curé int une de l'Ho-.
hées de uit leur prirent 4 nd M.
tions et des reliontréai, trouver es pour Dour ces emblay eux qui soignés munau-
saintes ager les es, ily e n’est qu'un
être humain-pent en éprouver pour les souffrances de s 8 semblables, c'est une expansion de douceur, de bonté, de doux et d'aivables soins, + seule serait surfisante pour faire
e ces incomparables filles, une ressemblance étonnante de la bonté et de la charité d'un Deu. Quand même la religion catholique n'aurait d'autres merveilles à nous montrer que celles qu’elle sait opérer dans le cœur de nos religieuses hnspitalières, il serait plus que démontré qu’elle est sortie du côté ouvert d’un Dieu, mourant par charité pour sa créature,
Puisque la suite des événements qui ont fait partie de la carrière sacerdotale de mon bon et saint ami M. Tremblay m'a conduit à parler de nos sœurs hospitalières, qu’il me soit permis de rendre ici témoignêège de ce dont j'ai été témoin, pendant plusieurs mois.
Par deux fois différentes, j'ai été sous les soins des Religieuses hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec.
Par deux fois, j'ai vu de mes yeux, et pendant un long temps, les hospitalières de l’Hôtel-Dieu, au milieu des malades, je les ai examinées de prè:,et voici le témoignage que la reconnaissance et l’ad'uiration me donn2nt le droit de leur offrir:
Pendant ma première année de philosophie, j'ai passé tout un hiver à l'Hôtel Dieu de Québec, couché sur un lit, par suite d’un mal à une jambe, contracté pendant mes vacances et que, par une imprudence assez ordinaire aux écoliers, j'avais négligé de soigner.
Tandis que j'étais dans une salle de malades, j'ai vu, deux fois chaque jour, ces vénérables filles, recueillies et silencieuses, marchant en procession, entrer dans la salle des malades pour les servir. J'ai vu les unes occupées aux emplois les plus vils, j'ai vu les autres panser des plaies dont la puanteur et l’horrib.e aspect me soulevaient le cœur. Et sur les traits du visage de ces personnes, assez souvent d’une extrème déli-
BIOGRAPHIE DE M. G. TREMBLAY
catesse, je n'ai jamais aperçu le moindre signe de dégoût ou de répugnance on de dédain, mais, bien au contraire, une expression de comnpassion, de bonté, même d'un incroyable bonheur et d'une angelique douceur,
de les ai vues aller au lit de choque malade lui porter de la nourtiture, et le faire manger elles-mêmes de leurs propres mains, quand il ne pouvait se servir des siennes. Je les ai vues s'approcher du lit des mourants, leur dire quelques bonnes paroles, les encourager, les consoler, leur parler de Dieu, de sa bonté, de sa miséricorde et du bonheur de le voir au ciel. Et, sur les figures de ces anges de la terre, j'ai contemplé, chaque fois, une expression de modestie, de paix, de satisfaction inexprimables. Je les ai vues à genoux auprès du lit des mourants, priant our eux avec une terveur ineffable, eur suggérer de bonnes et saintes pensées, leur aider à faire des actes de vertus théologales et à offrir à Dieu le sacrifice de eur vie, et ne les quitter qu'après avoir reçu leur dernier soupir. Enfin, et pendant qu'un grand nombre de personnes s'amusent, ou se divertissent, ou dorment fort tranquillement sur des lits bien mollets, j'ai vu ces anges de charité, associées deux par deux, passer les nuitsentières sans prendre un moment de repos, aller sans cesse au lit de chaque malade, s’informer s’il n'avait pas besoin de quelque chose, et sur sa réponse aflirmative, sr avec empressement le lui chercher.
J'ai vu ces choses, chaque jour et chaque nuit, et chaque fois que j'en ai été témoin, j’en ai été dans l’admiration. Et, après avoir contemplé cessaintesetaimirables hospitalières il m'a semblé que j'avais compris ce que peut renfermer de bonté, de charité, de douceur, de compassion et d’héroïque dévouement, toute âme que la divina charité a formée à l’image du divin crucifé.
Depuis que je suis prêtre, j'ai vu
des mères an chevet du lit d'un en fant malade ou mourant J'ai été ému de leur douleur, de leurs larmes et des soins empressés qu’elles prodiguaient à ©: tenfant chéri. Cette vue me faisait venir les larmes dans les yeux; l'avais compassion d'elles, Mais, dans ces mères, je n'ai pas re.
connu une sœur huspitalière. Culleslà étaient des créatures humaines ; celle-ci une créature divinisée, Ces mères excitaient ma commisération ; cette hospitalière, mon admiration, Les premières me faisaient connaître ce que la nature a mis de tendresse dans le cœur d’une mère ; la seconde ce que la grâce a su faire de ce cœur de femme, en l'élevant au-dessus de la nature, pour en faire un cœur divin.
Mais revenons à M. Tremb'ay.
Il trouva donc, et même au delà, tous les soins que reclamait le triste état de sa santé, chez les saintes files de l'Hôtel-Dieu de Montréal.
D'un jour à l’autre, ses douleurs diminualent, ses forces se rétablissaient, sa toux prenait un caractère moius alarmant; Ja vie revenait aans ses membres épuisés. A i’ouverture de la navigation il ét'it assez bien pour prendre congé des dames Hspitalièr-e, auxquelles il est re devable d’avoir conservé la vie. Il s'embarqua dans le premier bateauà vapeur qui laissa Montréal, et arriva à Québec le 12 de mai 1836.
Il reprit le rôle de cette vieille cheville à laqueile il s'était comparé.
A cette époque, M. François Bou eher, aujourd'hui curé de Saint-Ambroise, était à celle de la bonne et belle petite cure de l’Ange-Gardien.
Pour ne pas oublier ses anciennes Missions de la Rivière-Rouge, où par son zèle el son dévouement, il avait placé de si précieuses perles à sa couronne, 1l avait accepté la desserte des pénibles et lointaines missions des postes du roi, de Mingan et du Haut- Saguenay. M. Tremblay était arrivé à Québec an moment où M. Boucher se trouvait sur le point de partir pour ses pénibles missions, où tant
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de misères, de danger et de privations de toutes sortes l'attendaient, Monseigneur Signay chargea M.
Tremblay d'aller remplir le vide que M. Bocher laissait à la cure de l'Ange-Gardien.
la cure de }’Ange-Gardien était alors comme un petit paradis terrestre par la bonté exceptionnelle de ses habitants. Malgré les dangers de la proximité de la viile, les habitants de l’Ange-Gardien, formés par ce bon curé, avaient conservé toute l’admirable modestie, la docilité, la pureté des mœurs, la f anchise, la bonne foi de premiers colons de nos campagnes. Aussi M. Tremblay fut-il le plus heureux des mortels pendant tout le temps qu'il tut chargé de la desserte de cette paroisse.
Au retour de l’intrépide mission naire des postes du roi, M. Tremblay redescen”it à son Ile aux Coudres, et y fixa sa demeure dans une maison qui lui appartenait, près de la côte qui borde l’Ile. Cette demeure était une belle et charmante solitude, où M. Tremblay eût coulé des jours délicieux, si, de temps en temps, les retours de son asthme ne fussent pas venu réveiller de cruelles douleurs, suivies de longues insomnies. Mais ce saint prêtre connaissait trop bien que c'était Dieu qui lui avait imposé cette croix, pour avoir même l’idée de murmurer en la portant.
L'automne de 1836 fut une des époques les plus consolantes de la vie de M. Tremblay : Eloigné de l’6glise paroissiale de près de trois quarts de lieue, il ne lui était pas touiours facile, pas même gg d'a voir la consolation d'aller tous les jours dire la sainte messe. C’est pourquoi il avait obtenu la permission de la dire dans une petite chapelle qu'il avait dressé chez lui.
Le repos de l’hiver et les bons soins qu’il reçut de ses parents, firent un grand bien à la santé de M. Tremblay. Le printemps venu, il put rendre utile la vieille cheville, en allant remplacer le vicaire de la Rivière-Ouelle, que la maladie avait
obligé d'interrompre l'exercise du Saint Ministère. M. Tremblay était de retour à l'Ile aux Cuuüres, après un mois et demi de vicariat à la Rivière Ouelle, dont il s'était acquitté, comme toujours, avec zè!e, courage et sagesse.
Ce fut vers cette époque, je crois, que M. Tremblay s’occupa d’une mo.
nière particulière à planter des pommiers autour de sa maison. Il réussit au-delà de toute espérance dans ce nouveau genre de travail qui, tout en lui procurant un peu d'exercice corporel, lui préparait de beaux et de bons fruits, dont aujourd’hui il retire un assez joli profit.
Mais, tout en s’occuçant de son jardin, M. Tremblay conservait tou- Juve le privilége de remplir les vides, pendant la maladie ou l’atsence des curés voisins. Ce privilége l'obligea à de fréquents voyages dans les paroisses du nord.
Ainsi se passèrent l'été de 1837, l'hiver et l'été de 1838. À la fin de ce dernier été, M. Tremblay touchait au terme de son repos, qu'il avait su rendre utile à lui-même, à ses confrères, et spécialement à M, le curé de l'Ile aux Coudres, dont il adoucissait les ennuis pendant les hivers, privé qu'il était de pouvoir communiquer avec ses confrères, sans s’exposer à bien des dangers. Le temps qu'il passa à l’Ile ne fut pas perdu pour M. Tremblay. Ce bon prêtre connaissait que son temps était le temps de Dieu, avant tout; qu’à part du repos indispensable à sa santé, le reste était à Dieu et au bien des âmes. Aussi savait-il bien employer ses jours, en priaui, en méditant, en étudiant. C’est un témoignage que je suis heureux de lui rendre.
Dans l’automne de 1838, Monsei:gonr se ressouvint de M. Treni-
lay et se proposa de le retirer de l'Ile aux Coudres pour le nommer à la desserte d’une cure.
Dans les profondeurs des teres de
la Malbaie, dans un endroit fait ex-
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près pour quelqu'un qui aime à s'ennuyer, avait été érigée, depuis déjà quelques années, une nouvelle paroisse qu’on avait baptisée du nom de Sainte-Agnès Unegrande bétisse en bois y avait été destinée à différents usages. Elle servait de salles publiques pour les habitants et de logement pour la bedeau, On en avait séparé un espace d'une dizaine de pieds sur la longueur par une simple cloison.
Ce local formait la chapelle de la nouvelle paroisse de +ainte-Agnes.
C'était là qu'étaient l'autel, le sanctuaire, le confessionnal, le vestiaire, le bureau des ornements. En attendant l'heure des offices, les habitants conversaient et fumaient, en dehors de cette enceinte, formée par une mince cloison volante qu’on enlevait au moment où commençaient les offices divine, À ce rroment la petite chapelle s’emplissait de l'odeur qu'avaient produite les pipes, chargées de fort mauvais tabac. 24 curé devait entendre les confessions, souvent an milieu d'un tapage assourdissant
u’il n’y avait pas possibilité de aire cesser. Car les habitants de Sainte-Agnès croyaient être chez eux dans leur salle, et que personne n'avait le droit de les empêcher d'y dire ce qu'ils voulaient, d’y agir comme bon leur semblait, dût le curé en étre souverainement incommodé.
Un presbytère, en bois, assez petit pour servir de pendant à la chapelle avait été bâti vers l’année 1838.
M. Tremblay, alors vicaire de la Malbaie, avait 6té chargé d’en diriger la construction.
A l’époque de 1838, le défrichement des terres de la nouvelle paroisse de Sainte Agnès élit en général fort peu avancé, surtout dans les endroits où le sol, plus fertile, mais plus difficile à mettre en culture eût donné de meilleurs revenus, Il en résultait que, en général, les babitants étaient pauvres, et que le curé, qui allait être chargé de les Dr” devait partager leur pauvrete.
Quant à la conduite morale des habitants, elle était ce qu’elle es!
toujours dans les parties é:oignées du centre d’une paroisse et alors que le défrichement des terres est peu avancé, où le marque d’habits convenables, l'éloignement de l'église, la difficulté de s’y rendre, la pauvreté enfin, sont une occasion pour plusieurs de ne pouvoir assister que rarement aux offices divins, d'en tendre les instructions et d'approcher des sacrements.
Chaque paroisse, comme chaque famille, a un esprit à elle, qui lui appertient, et fort souvent très-différent de celui des autres. Il s’'ensuitqu’une paroisse que l’on forme des parties séparées de plusieurs autres, serait semblable à la réunion de plusieurs familles qui, charune aurait sou esprit particulier. Telle était la com
osition de la nouvelle paroisse de ainte- Agnès.
Composée d’habitants sortis de diverses localités, la nouvelle pa roisse devait renfermer des éléments de division aussi multipliés et pres he toujours aussi differents les uns
es autres que le sont ordinairement les individus sortis de localités dif férentes. Get état des esprits prépare au curé qui se charge de créer une nouvelle paroisse, une tâche d'autant
lus difficile, qu’il est question pour
ui de vaincre toutes les oppositions, toutes les manières differentes de voir les choses, tous les esprits particuliers apnortés de différentes localités, afin de former de tous ces élements un seul esprit public, mais spécial, convenable, pour le conduire ensuite dans une même direction, et de procurer par là le bien général| de la nouvelle paroisse, tant sous le rapport temporel que sous le rapport spirituel.
Ce qui contribuera plus que tout ce que j'ai dit jusqu'ici à faire ap précier le mérite de M. Tremblay, c'est que Monseigneur l’Archevèque de Québec le jugea capable d’être curé de Sainte-Agnès, et le chargea
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Je dis, nouvelle parnisse, parce que le curé, qui avait prérédé M. Tremblay, ayant presque fait que passer, n'avait eu nile temps, ni les moy ens, ni la possibilité de lui faire prendre une direction convenable.
C'était donc une ptroisse à créer.
M. Tremblay prit possession de sa cure dans les premiers jours d’nctobre de l’année 1838. De ce moment, il ne fut plus à lui même, il fut tout . au peuple qu’on lui avait con-
Il fallait bâtir une église à Sainte- Agnès, et M. Tremblay en comprenait l’absolue nécessité. Mais com ment espérer de pouvoir réussir aves les moyens qu’il avait en mains? Il hésita pendant trois longues années.
[l en parla souvent à ses paroissiens et, chaque fois, il n’entendit que des plaintes et des murmures pour tout encouragement, Voyant que tout ce qu'il pouvait dire à son prône ne servait qu'à rendre cette opposition plus insurmontable, il prit ; parti de parcourir sa paroïsse, maison par maison, afin de convaincre ses pa roissiens, séparés les uns des autres, qu'il n’y avait plus possibilité de continuer la desserte dans une maison qui servait de logement pour le bedeau, de salle publique, de chapelle et de sacristie.
Cette visite du pasteur, les bonnes raisons qu’il donna, eurent pour effet de dissiper les préventions, de détruire les vaines frayeurs et de convaincre un assez grand nombre de la possibilité de bâtir une église.
M. le curé de Sainte-Agnès, dont une des qualités est la prudence, laissa germer la bonne semence qu'il avait répandue dans sa paroisse. Quelques mois après cette visite, il convoqua une assemblée et il se servit de ceux qu’il avait convaincu pour lui aider à convaincre les autres. Le résultat de cette assemblée fut, à part d'un certain nombra d'hommes qui semblent se faire une gloire de ne pas penser comme les autres, M, Tremblay eût la consolation de cons.
d'organiser cette nouvelle paroisse. | tater que la grande majorité de ses
que le :mblay, passer, 8 MmOy i faire enable.
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cer la bâtisse d’une église. |
Un grand pas avait été fait, dans cette Rables mais bien d’autres encore restaient à faire.
Quatre ans après avoir pris possession de la cure de Sainte Agnès, M.
Tremblay avait tout préparé pour commencer à bâ'ir, [1 n’hésita pas à mettre la main à l’œuvre, sans s’effrayer des obstacles qu’il devait ren contrer ;—car il est bien rare que la construction d’une église ne soulève pas des tempêtes. O1 dirait que les plus redoutables des démons qui, sans contredit, sont les démons qui fomentent les divisions et les dis:
cordes, se donnent rendez vous pour attaquer la paroisse qui veut bâtir une demeur : à Jésus Christ, auquel cette espèce de démons a voué une haine spéciale, parce qu’il est Le Dieu de la paix et de la charité qui seules savent réunir les volontés dans une comiunune action, nécessaire pour la construction d’une église. On peut donc dire qu’une église qui a été bâti: sans troubles, eans divisions, sans discordes, c'est une merveille.
Les travaux furent poussés avec une si grande activité qu’à la fin de juillet de l'année 1844, Monseigneur, passant en visite, l’église de Sainte.
Agnès était assez avancée, pour qu'il put y donner la co: firmation.
Après la visite de l’évêque, qui félicita les paroissiens de Saïnte- Agnès de leur courage, de leur z:1.
et de leur dévouement, les ouvrages furent reprie avec une nouvelle vi
ueur, et, dans le priutemps de 1845.
eux ans après qu’elle avait 616 comnmoncée, l’église était terminée.
Lorsque, dans l’automne de 1865, M. Tremblay laissait la cure de Sainte-Agnès, au lieu du triste 16 duit qu’il avait trouvé à son arrivée, il y avait une forte belle église et une magnifique sacristie qui n’avail coûté à la paroisse qu'environ mille louis. Par une administration anssi habile qu'économique, il avait trouvé les moyens de rembourser les argents empruntés et de payer tous
mms
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les intérêts. Voilà ce que j'appelle une vie de curé bien remplie, toute passée à faire le bien sans bruit, sans ostentation, mais où chaque pas est, pour ainsi dire, marqué par une bonne œuvre.
Quant à ses affaires temporelles M. le curé de Saiute-Agnès savait les conduire aussi bien que celles de sa paroisse. S'il avait peu, il dépensait peu, ayant soin de se priver de beaucoup de choses, afin de ne pas tomber dans la 2osition de quelqu'un qui, ne regardant pas à ses affaires, descend chaque année dans un abîime dont il n’aperçoit le fond qu'au moment où il y est rendu et qu’il n’y a plus possibilité d’en sortir.
Jusqu’à présent j'ai fait connaître M. Tremblay dans sa vie active, il ne me reste plus qu'à le montrer dans sa vie de retraite.
IIT