‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 27 · M, TREMBLAY CESSE D'ÊTRE CURÉ, EN AUTOMNE DE · texte numérisé non relu

M, TREMBLAY CESSE D'ÊTRE CURÉ, EN AUTOMNE DE

Lorsque dans l’automne 1855, M, Tremblay laissa la cure de Sainte- Agnès, après l’avoir desservie pendant dix-sept ans, il était dans la 66e année de son age, et daus la 24e depuis son ordinatian,

En quittant Je presbytère de Sainte-Agnès, il retourna dans sa solitude de l'Ile aux Coudres, qu'il avait abandonnée, en 1848, que par obéis:ance à la volonté de son archevêque. Il y rentrait en vertu de la même obéissance, en 1855. Mais celte fais, pour ne la plus quitter.

La caisse ecclésiastique de Saint- Michel lui accorda uns pension viagère, qu’elle a continué de lui donner.

M. Tremblay serait dans un para.

dis terrestre, si les fréquentes attaques de son asthme ne venaient pas l’avertir et lui prouver qu'il s’'avance lentement dans la route du calvaire, que le bon Dieu l'a otligé de suivre depuis son enfance,

Comme sont à peu près ous les vieillards, M. T:émbluy a contracté

certaines habitudes qui font diversion à la monotonie de sa position.

Ainsi pendant la saison de l'été, il va faire la pêche à la ligne sur les bords du fleuve, afin de prendre l'air de la mer et se procurer du poisson frais. Quand la marée montante adonne, c’est le jeudi qu'il va faire cette pêche pour le vendredi.

Il donne chaque jour, pendant la saison des fruits, quelques quarts d'heure au soin des arbres fruitiers de son jardin, qu’il aime autant et peutêtre même plus qu’ur grand-

ère n’aime ses petits enfants. Car il les trouve si beaux, ces arbres qu’il a plantés et greffés lui-même, et qui donnent de belles et bonnes pommes, en récompense des soins qu'il en a.

Comme tous les hommes bien nés, le bon vieillard prend un vif intérêt à tout ce qui se passe dans sa patrie, et, avec tous les gens de bien, il se réjouit de son bonheur et de sa prospérité. Mais surtout il suit avec un soin particulier le bien qui s’y opère, et, ne pouvant y contribuer par son travail, il s’y associe par ses désirs et par ses prières.

Il fume bien aussi quelquefois sa pipe, mais pour excuser cetle sensu-

alité, il pre.end, à tort ou à raison, |1l

que sa maladie l'exige et que, tout en envoyant des colonnes de fumée au plafunä de sa chambre, il n’en a que plus de facilité pour réfléchir sur les choses de ce monde, qu’il croit n'être assez souvent pas geo durables que cette fumée qui disparaît dans un imstant.

Une grande partie du jour, illit des livres édifiants, la Sainte Ecriture, prie, médite, récite son office divin, son chapelet, et envoie vers le ciel de ferventes supplications pour le salut du monde.

Tous les dimanches et fêtes, sans y manquer, il se rend à l’église pour assister aux offices divins, en union avec les fidèles de sa paroisse natale, ou’il édife grandement par sa mo-

estie, son recueillement et le profond respect qu’il fait paraître en présence du très-Saint Sacrement,

BIOGRAPHIE DE M. G. TREMBLAY

Grand Vicaire Jérôme Demers nous répétait souvent “qu'il faut avoir “une grande confiance dans les “ bonnes vieilles chrétiennes, qui, “ retirées dans un coin y récilaient “]leur chapelet. Ce sont elles, ajou- “ taitil, qui désarment la colère de “ Dieu. ” À plus forte raisnn en estil ainsi pour le vieux solitaire priant devant le Saint Saciement.

Pendant l'hiver, alors qu'il est si dangereux ds traverser à la terre du aord, le séjour de M. Tremblay, dans l'Île, est du plus haut prix pour le digne curé de la paroisse. Isolé de tous ses confrères, pendant au moins cinq longs mois, le curé de l'Ile aux Coudres serait le plus délaissé detous les curés. Aussi les habitants de l'Ile n'ignorent pas que, s'ils ont eu le bonheur de garder au milieu d’eux pendant plus vingt-huit ans, le curé qu les a dirigés avec tant de science,

e sagesse et de prudence, ils en sont redevables au séjour de M. Tremblay sur leur Ile.

Le vieux solitaire sort rarement de sa retraite, et seu:ement pour aller consoler les malades de son voisinage, soulager les nécessiteux et encourager quelque bonne œuvre.

n’y a qu’une seule circonstance, pendant l’année, où il croit nécessaire d'étendre au loin le cercle de ses relations, c’est celle de la visite pastorale. M. le curé de la paroisse tient à honneur de l'emmener avec

lui, dans sa tournée pour la A de l’Enfant-Jésus. Si M, Tremblay n’était pas de la partie, ce serait un deuil pour la paroisse, qui se croit

très-heureuse de recevoir, à la fois, cette double visite de deux prêtres, qu’elle a raison de regarder comme ses anges-gardiens.

M. Tremblay possède, à un haut degré, la confiance des habitants de l'Ile aux Coudres, ae le regardent comme un Saint. Ils ont un trèsetes respect pour sa personne, ils ‘aiment comme un père; ils re-

oivent ses avis avec une admirable ocilité, et ils se croient très-heureux

. le!de l'avoir au milieu d’eux, parce

rs nous t avoir ans Îles 28, qui, citaient s, ajoulère de en este priant

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qu'ils sont persuadés que Dieu ne peut manquer de les bénir, tant qu’il demeurera sur l'Ile.

Une ou deux fois par année M.

Tremblay fait le voyage de Québec, durant lequel ilne manque jamais de subir quelque tempête ou quelque accident,

D'puis bientôt dix-sept ans qu'il est reliré, M. Tremblay s'est toujours cru rendu au bout de sa carrière.

Chaque foisque j'ai eu lebonheur de rencontrer ce vieil ami, il m'a tou- Jours assuré qu'il était rendu à son dernier jour. Mais ce dernier jour, tant de fois annoncé, n’est pas encore apparu, et les nombreux amis de M.

Tremblay sont convaincus que le soleil se couchera encore un grand uombre de fois, avant qu’ils aient la douleur de le voir couché lui même dans sa bière.

Pour ne point perdre l'habitude de chanter la grand’ messe, Monsieur Tremblay, sur l'invitation de son bon curé, s’est réservé un jour dans l’année, c'est celui de Noël. A minuit, chaque année, il chante la grand’ messe. Et pour faire combent à ceux qui sont présents,

e quelle façon chantaient les anges auprès de la crèche, il chante d’un ton de voix assez semblable à celui d’un fifre, sur l’octave la plus haute.

On est assuré que, pendant cette messe, les chantres du chœur contracteront un gros rhume pour avoir voulu chanter sur le même ton que lui. Célébrer cette messe est pour Monsieur Tremblay un droit acquis. Aucun autre que lui ne monte à l'autel, pendant cette messe de Ncëél. Le vieux Monsieur Tremblay est si glorieux de cet hon neur, qu’il ne le cédzrait à personne pour tout l'or du monde.

Je dois ajouter que, si l'excellent M. Tremblay a le privilége de chanter la messe de minuit du jour de Ncël, j'ai acquis, moi aussi, par une ancienne coutume, le droit d'aller diner chez lui, chaque fois que je vais à l’le aux Coudres. C’est alors une fête dont il faut être témoin

BIOGRAPHIE DE M. G TREMBLAY

pour savoir avec quelle cordialité et quel bonheur il reçoit ses vieux amis.

Enfin M. Tremblay est du nombre de ces anciens curés qu'on revoit toujours avec un nouveau plaisir et dont on ne se sépare jamais, sans emporter avec soi le souvenir de ca qu'il y a de plus aimable dans la nature humaine et de plus exquis sur les lèvres et dans le cœur d’un prêtre.

Ici s'arrête le manuscrit de M. Mailloux. C’est par ces lignes consacrées à l'amitié qu’il a mis fin à cette suite de notes familières qui commencent par l'Histoire de l'Ile aux Coudres, se continuent par une promenade autour de l’Ileet se terminent par la biographie de M. Tremblay.

Lorsque M. Mailloux déposa la plume en 1872, il ne s'attendait, guère, malgré ses badinages, que son vieil ami prolongerait la longue mort de son existence deux ans après que lui-même serait allé mourir dans sou Ile natale. Les deux saints prêtres dorment maintenant côte-à-côte dans cette petite église de l'Ile aux Cou.

dres où ils ont été baptisés, où ils ont fait leur première communion et où ils aimaient tant à revenir pour pri-r, prêcher, célébrer la sainte messe, après leurs longues courses apostoliques que Dieu seul s’est chargé de récompenser parce que seul il en connaît tout le mérite.

Nous ne saurions mieux terminer ces pages qu'en publiant une bio-

graphie iné&ite de M. Mailloux écrite par M. Buteau ancien supérieur du Collège de Sainte-Anne. Outre sa valeur intrinsèque, cette biographie acquiert un intérêt touchant, quand on sait que M. Buteau l’a composée lorsque lui-même il était sur le bord de la tombe. La mort l’a interrompue au milieu de son travail Ÿ.

Nous y suppléerons autant, que possible, en citant la dernière partie de l'excellente, mais trop courte biographie que M. l’abbé Côté, pre mier vicaire à la basilique de Québec, a publiée sur M. Mailloux, et à laquelle nous ajouterons quelques ex-

+ M. Félix Buteau, est mort au Collège de Ste-Anne, le 16 janvier 1878, alors qu’il remplissait la charge d'assistant-supérieur dans cette institution.

traits d’un manuscrit écrit, à la demande de M. Buteau, par un ami et contemporain de M. Mailloux. Ces notices ne feraient cependant connaître M. Mailloux que bien imparfaitement s’il ne s'était révéic et peint lui-même dans ses notes historiques, et particulièrement dans sa biographie de M Tremblay.

Après avoir lu ces notices biographiques, on verra combien de faits importar.'s que M. Mailloux nous a fait connaître seraient restés sous silence et combien, par conséquent, il eut été regrettable de livrer à l'oubli les manuscrits de ce prêtre remarquable qui a 1aissé une empreinte si profonde partout où il a passé |

la demi et . Ces | cônmpar- 10 et 8 his-

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M. ALEXIS MAILLOUX. G-V

M. FELIX BUTEAU, Ptre.

Cor hominis diaponit viam suam, sed Domini est dirigere gressus ejus. (Prov. 10. 6.)

Le cœur de l’homine prépare sa voie, maïs c’est au Seigneur à conduire se8 pas,

Voilà une de £es vérités que tont le monde admet en théorie, mais que l’on oublie trop souvent en pratique.

L'homme propose et Dieu dispose ; ainsi Saint Paul allant à Damas re proposait d’enchaîner les chrétiens, mais Dieu avait tout disposé pour en faire l'Apôtre des gentils. On n’a

as de peine à ad'aettre l’action de a Providence dans ce grand coup d'éclat; mais o oublie tro) souvent

ue c’est toujours la même provi-

ence qui opère avec tousles hommes pour atteindre ses fins: Universa propter semetipsum operatus est Dominus ; impium quoque ad diem malum :

Le Seigneur à tout fait pour luimême, et le méchant même concourt à ses dessins au jour mauvais (Pror.

16 4). Cette action de la Providence, continuelle et universelle, si elle était mise en pratique, serait bien propre à arrêter bien des murmvres et des critiques, dans les contrariétés inséparables de la pauvre humanité, capable mème de jeter dans une admiration perpétuelle. Or un des meilleurs moyens de la compasse et d'y faire une attention

igne de la Providence elle-même, et profitable pour nous, c’est de l’étudier dans la vie des Saints, et même de ces hommes qui, sans être déclarés saints par l'Eglise, ont beaucoup travaillé dans l'Eglise et gd l'Eglise. Telle est, sans contreit, fa vie de Monsieur Alexis Mailloux, vicaire-général. Peu d'hommes

en effet, dans notre pays, offrent dans leur vie une série de missions aussi variées et q'ielquefois aussi inattendues. C’est ce qui nousengage à exquisser aussi brièvement que po:sible la carrière de ce prêtre vraiment apostolique, décédé à l'Ile aux Coudres le 4 août 1877.

Nous n’ignorons pas qu’un tel travail a été fait et publié dans les journaux, et de plusque par un zèle ien louable, on a fait un petit livret pour mieux répondre à la reconnaissance publique; mais cette même reronnaissance nous fait un devoir d'entreprendre un travail nouveau pour compléter le premier, qui laisse trop ignorer les grands sacrifi'es et les grands travaux de M.

Mailloux pour le Collège et la pa:

roisss de Ste Anne de la Pocatière.

Comme on le voit, ce n’est pas la prétention de faire mieux, sous le rapport littéraire, que l'auteur de la première notice, mais c’est unique ment le désir d'acquitter la dette de reconnaissance que le Collèga doit à cet insigne bienfaiteur.

[ NAISSANOE,--TÉMPS DES ÉTUDES.

M. Maiïlloux raquit à l’Ile-aux- Coudres, le 9 janvier 1801, d'une famille peu favorisée du côté de la fortune, mais riche en piété et en religion. Son père s'appelait Amable Mailloux, et sa mère Thècle Lajoie ; ils menaient la vie patriarcale, comme c'était, du reste, l'usage presque général de ce temps-là, et surtout dans cette île fortunée. Aussi avons nous plus d’une fois entendu M. Mailloux lui-même, en par-

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lant 46 grands changements qui se sont opérés dans les mœurs, se féliciter et remercier la Providence de l'avoir fait naître dans ces temps, et surtout dans sa chère Ile-aux-Coudres. C’est pourquoi, quand on a dit que le jeune Mailloux passa son enfance dans la plus candide inno cence, jusqu’à son entrée au Séminaire, on a tout dit sur cette partie de sa vie, Cependant ce n’est pas la moindre leçon que des parents chrétiens doivent tirer de cette notice.

Oui, préserver les enfants de la contagion du mal, c’est en quelque sorte leur assurer un avenir heureux et quelquefois glorieux.

Le jeune Mailloux entra au S6minaire de Québec dans sa quato.zième anné :. Ici, l’on aimerait à le voir pour ainsi dire entrer dans une autre vie, qu’on appelle la vie intellectuelle : la science. Il devait avoir au moins un commencement de lecture et d'écriture ; or à cette époque, dans notre pays, il v’y avait point d'école à la campagne, sice n'est dans les grands centres ; et généralement à la campagne on apprenait à lire et à écrire d’un maître passant de maison en maison, et avec des legons de dix minutes par jour : bref, pour faire quelque progrès avec ce système d'éducation, il fallait des talents et surtout un grand désir de s’instruire C'est donc un désir précoce de la science qui dut pousser le Jeune Mailloux à s’instruire, au moins assez pour entrer au Séminaire f. Main tenant comment la providence l'a:

elle fait entrer dans cette maison ?

Lui-même nous le révèle, dans la dédicace de son premier ouvrage : ‘* La Croix.” Nous la citons textuellemeut.

t La note suivante d’un contemporain somplète ce que dit M. Buteau, sur l’enfance de M. Mailloux :

# I] y avait dans l’Ile en ce temps, un nommé François Leclair, vieux célibataire qu’on appelait le vieil hermite. Cet homme avait été instruit dans les sciences élémentaires, et formé à une grande piété par feu Messire Langlois, mort à la Trappe, ainsi que K el Messire Lefrançois, ex-curé de St-Augustin :

o'est assez dire. Le père François, en lab-

A. MAILLOUX, G.-V

‘“ À Monsieur Louis Gingras,

“ Supérieur du Séminaire de Québec.

“ Monsieur le Supérieur,

“ Un petit enfant, né de parents pee fortunés, se trouvait condamné

passer sa vie dans l'ignorance des sciences humaines, et à occuper une des Fa humbles positions de la So.

ciété. Un jour un prêtre vénérable, digne de vivre éternellement dans la mémoire d’une foule d'hommes, éminents dans toutes les professions de la société canadienne, qu’il a instruits avec une capacité et une constance dignes des plus grands éloges; un prêtre, que la providence conserve encore pour la gloire de la maison qu'il a tant honoré par ses travaux, rencontra ce petit enfant, dans une petite île, et lui offrit de le faire instruire gratuitement.

Ce petit enfant accepta cette offre

sence du curé, faisant les catéchismes pour la première communion, avait remarqué dans le jeune Mailloux des taleuts distinge une disposition toute particulière pour piété, il le prit chez lui, et pendant environ quatre ans, lui fit l’école, et surtout suivit avec soin sa conduite morale, et par un réglement sévère, le mit à l’abri des séductions du monde. L’enfant ne connaissait, our aiusi dire, que le chemin de l’église. Ce ut ainsi que se passa l’eufance du jeune Alexis. Aussi Mousiour le grand-Vicaire Mailloux, me disait souvent : “ Si je suis ‘“ quelque chose aujourd’hui, je le dois au “ père François, car sans lui james passé ‘ma vie à végéter ” Mais le père François ne ponvait plus rien enseigner à son éiève, ot la Providence continuait tou- (uns son œuvre. Dans ces années, Messire emers, procureur du Séminaire de Québec, venait tous les ans à l'Ile. Le père François lui parla un jour de son élève, mais cette fois ce fut sans succès, car dans ce temps le Séminaire se montrait un peu difficile pour de semblables protections. Mais le père François ne se rebuta pas ; l’année suivante, il parla sérieusement à M. Demers des dispositions de cetenfant, lui dit “que le Sémi- ‘ naire ne pouvait laisser là un enfant qui “ serait un jour un grand homme, qui fe- “ rait be ucoup de bien j ” il pressa tellement le Procureur qu’il l’engagea à examiver cet enfant, et à sonder son intelligence. Monsieur Demers, avec son coop d'œil perçant, reconnut ce que pouvait faire ce jeune homme et le fit entrer au Séminaire.

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bienveillants, qui lui donnait l’inappréciable avantage de faire un cours complet d’études. Ceci se passait dans l’automne de 1814.

“ Ce prêtre vénérable et bien‘aisant, c'était M. le Graud-Vicaire Jérôme Demers. Ce petit enfant, c'était moi, aujourd’hui élevé à la sublime dignité du Sacerdoce, par suite de cet acte de bienfaisance, et par l’in.

finie bonté de Dieu... comment passer sous silence un tel bienfait ?

“ Essayerais-je, du moins, Monsieur le Supérieur, d’acquitter publiquement en votre personne (avant que la mort ait rendu ma langue muette), une partie de la re connaissance que je dois à M. le Grand-Vicaire Domers, mon bienfaiteur, mon Supérieur de Collége et mon professeur de philosophie; à M. Antoine Parent, mon directeur, je dirais mieux mon ange-gardien, pen:

dant une très-grande partie de mon heureux temps d’écolier, et aux autres prêtres de votre maison, en vous priant, Monsieur le Supérieur, de vouloir bien accepter, dans ce but, la dédicace de ce petit livre, traitant bien indignement sans doute, des vertus et des influences salutaires de la Croix du Seigneur Jésus, qri a passé sa vie en faisant le bien, comme je pourrais le dire, avec vérité, de vous Monsieur le Supérieur, et de tous les dignes prêtres qui vous ont placé à leur tête.

J'ai le bonheur d’être, avec la plus vive reconnaissance,

‘“ Monsieur le Supérieur,

“ Votre très-humble et très-obéissant serviteur, “ ALexis MAiLLOUX, Pre, ”

Cette dédicace, écrite en 1850, par les beaux sentiments qu’elle renferme, vient corroborer ce que nous avons dit plus haut de la candeur du jeune Mailloux à son entrée au Séminaire et pendant ses études; le jeune écolier qui regarde son directeur comrne un Ange-Gardien, doit avoir l'innocence et la pureté de mœuis du jeune Tobie.

Crtte dédicace nous indique de plus l’époque de son entrée au Séminaire de Québec. Ce fut donc dans l'automne de 1814, que le jeune Mailloux fut appelé au Séminaire d'une manière toute providentielle, comme il le reconnaît lui même.

Notons en passant une leçon bien importante pour tous les jeunes gens qui ont le bonheur d’être appelés aux études; car si l’action de la providence n'est pas toujours aussi patente que pour la vocation du jeune Mailloux, el'e n’en est pas mois réelle, et toujours l'obligation de correspondre aux vues de la providence est la même. Heureux ceux qui auront le bon esprit sf répondre comme le jeune Mailloux !

Nous n’avons pas beaucoup de détails à donner sur la manière dont le jeune Mailloux passa le temps de ses études classiques et ecrlésiastiques; mais nous pouvons bien dire, sans craindre de nous tromper, qu ayant compris et apprécié, comme il le devait, la grande faveur d’avoir été appelé au Séminaire, il a dû être un modèle de piété et d'application ; et avec cela tenir les premières places dans sa c'asse.

Un trait, qui nous est raconté par un de ses contemporains d’études et qui a été un de ses successeurs à la cure de Ste-Anne, nous donnera la mesure d'énergie avec laquelle étudiait le jeune Mailloux. Il est bien certain qu'il n'avait jamais étudié l'anglais à l’Ile aux Coudres, et que même au Séminaire on l’étudiait encore peu à cette époque ; cependant M. Mailloux dans sa vie sacerdotals a montrée qu'il savait l'anglais, assez non-seulement pour le commerce du monde, mais encore pour exercer le saint ministère en cette langue. Où donc l’avait-il appris? le voici: A une certaine époque de ses études, nous di! son contemporain, le jeune Mailloux fut atteint d’une grave maladie, et obligé de passer quelques mois à l’Hôtel-Dieu. Là, durant la convalescence, il se trouva en rarport avec un autre infirme qui ne

parlait point le français. Cette circonstance détermina chez lui la ré solution d'apprendre l'anglais. non pas tant pur le besoin de lier conversation, que pour mettre à profit une occasion que lui offrait la providence de perfectionner cette partie de ses études qui, sans cela, serait peut-être restée bien défectueuse. Il revint au Séminaire, sachant l’anlais, au grand étounement de tout e monde.

Après un tel fait, on peut bien conclure que le jeune Mailloux a dû mettre à profit tons les instants destinés à l’étude. C'est d’ailleurs ce que nous atteste le même contemporain qui l’a vu à l’œuvre durant sa dernière année de philosophie en 1821-22 ; le souvenir qui lui reste de cette année passée fare À face avec le jeune Mailloux, c'st la plus grande rigidité à obs rver la regle du silence et de l'application à l'étude,

Arrivé à la fin de ses “lasses avec de telles dispositions, le jeune Mail loux entra dans l'état ecclésiastique, comme dans une voie connuset suivie depuis long'emps. Aussi le voiton dès sa première année de soutane présider aux récréations êt aux études, en compagnie d’un confrère nouveau comme lui, M. C Gauvreau, dont la dignité et la maturité allaient bien avec celle de M. Mailloux. Deux années s'écoulèrent sous la surveillance de ces deux jeunes maîtres; et les écoliers de ce temps, nous le peignent comme un véritable dge d'or. Ce qui faisait le charme de cette vie de communauté, si difficile à réaliser, ce n’était pas ce laisser-al.

ler qui ne plaît qu’aux vonchalants et aux indisciplinés, mais cette juste sévérité, tempérée par un fonds de bonté et de bienveillance, qui favorise le zèle pour l'étude, tout en fai sant goûter les récréations. Il n'y a -Jà rien de surprenant, car l'écolier qui durant ses études et surtout en cet aa aime la dieciphine ct ‘exactitude en tout, acquiert par l'exemple une sorte d'empire sur ses

condisciples, qui se sentent pressés de lui témoigner re+pect et soumission, lorsqu'il devient leur maître.

Tel était le prestige qui entourait M. Mailloux, dès sa première année de soutans, que les écoliers le respectaient presqu'à l’égal du Directeur, et que la règle était observée sans punition. Toutefois il ne fant pas en conclure que M, Mailloux fut d’un sérieux de glace: au contraire, il 84vait daus les récréations et lescongés procurer des agréments nouveaux, et quelquefois extraordinaires.

Comme durant ses études il avait su utiliser ses récréalions à s'exercer aux arts d’agréments, comme la musique ; de même, devenu maître, il se prêtait aux plaisirs de ses élèves, jusqu'à faire raisonner son violon, dans certaines circonstances plus solennelles.

Après deux années au Petit Seminaire, comme maître de salle et d'étude, M. Mailloux alla passer quelques mois au GrandSéminaire, pour se préparer plus prochainement aux ordres sacrés; et il fut ordonné prêtre le 28 mai 1825. Il était dans sa vingt cinquième année. Si dédicace de La croix, etc, nousa dit quelle estime il faisait de cette sublime dignité; quelle reconraissance il avait gardée au vénérable M. Demers d’avoir été l'instrument de la providence qui l'avait acheminé à cette sublime vo’alion, au Sa cerdocel Cela nous dit d'avance quel usage il en fera, comme nous allons le voir.

IT

M. MAILLOUX, CHAPELAIN PUIS CURÉ DE ST-ROCH DE QUÉBEC —DE LA RIVIÈRE DU LOUP, SON EN- TRÉE AU COLLÈGE DE STE-ANNE

A cette époque le faubourg "de St-Roch progressait rapidement ; à tel point que feu Mgr Plessis crut devoir y exiger une succursale, qui devint paroissiale peu d'années après.

Il y avait même adjoint une espèce

asser taire, meut oné dans dédia dit e suraizrable

ent

BIOGRAPHIE DE M. À. MAILLOUX, G.-V. ls

de collège ou école académique sous la surveillance du chapelain, et même avec des ecclésiastiques pour professeurs; tant il avait à cœur le nouvel établissement de St Roch, C’est assez dire qu'il devait y placer des hommes selou son cœur ; et c’est là qu'il plaça M. Mailloux, après son ordination, en compagnie de M. C-F. Baillargeon, qui fut plus tard Mgr Büaillaron.

ge

M. Mailloux, envoyé à St Roch, en qualité de second chapelain, en de vint bientôt le premier par la nomination de M. Baillargeon à la cure de Château-Richer; puis enfin en 1829, la succursale de St.Roch étant érigée en paroisse, M. Mailloux en fut le premier curé. Cette paroisse devint si importante qu’il y eût, même du temps de M Mailloux, jus-

qu’à trois vicaires f. Tel fut le prenier théâtre du zèle de cet apôtre, pendant ses huit premières années de soutane : quatre ans comme chapelain, et quatre ans comme curé, fear nous amène à l'automne de

En cette année, il fut transféré à la cure de la Rivière-du-Loup en bas, sans doute à sa demande et pour raison de santé. Nous voyons en effet, par la correspondance touchant son entrée au Collège, qu'il fut abli- &$.de voyager pour rétablir sa santé,

endant la dernière année passée à ÉCRoch de Québec. Quoiqu'il en soit de la cause de la translation de M.

Maillour de St-Rech à 1a Rivière-du- Loup, où il passa une année avant son entrée au Collège de Ste Anne, Jous pouvons assurer que dans

£ette première période de sa vie sa

£erdotale, il a exercé le Saint-Ministère avec ce zèle, cette énergie qui à caractérisé toute sa vie. Le ministère curial offre partout une infnité de détails, dont l’ensemble a le quoi absorber les aptitudes les plus diverses et les plus énergiques ; mis il est des circonstances qui de maadent des sacrifices dont ne sont

TT MM. 3.-B.-A. Ferland, D. Tétu et Z. Lé- ‘vêque.

capables que les âmes d'’élites : etl’on peut dire que M: Maï!loux a renctôntré ces circonstances dès le début da sa carrière.

Il est impossible d'entrer iei dans de longs détails; qu'il nous suffise de dire en général que les commencements et l’organisation d'une nouvelle paroisse exigent toujours ua ministère pénible et laborieux, surtout à l’extrémi 6 d'une ville où se trouve refoulé tout ce qu’ii 4 de pauvre et de misérable, soit au temporel soit au spirituel, Tels sont les éléments avec lesquels M. Mailloux a fondé et constitué St-Roch dans des habitudes traditionnelles de piété et de moralité, qui font sa gloire ; et si la débauche n'a jamais

u prendre un domicile proprement Ait, dans cette belle et religieuse pa.

roisse, n’en est-elle pas redevable en

rande partie à ces traditions de pro-

ité qui datent de M. Mailloux ?

On re sera pas étonné maintenant de ce concert de louanges sur les talents, le zèle et les sacrifices de M.

Mailloux, qui avait dû conquérir l'affection de ses ouailles, l'agmira.

tion de ses confrères, la confiance et toute l'estime de ses supérieurs, comme le prouve toute la négociation de son entrée au Collège de Ste- Anne, encore à son début et pour ainsi dire dans les langes de l'enfance.

En effet, le Collège de Ste-Anne ne subsistait que depuis cinq ans ; dans un temps où les collèges de Montréal et de Nicolet eux-mêmesavaient besoin d'emprunter leurs professeurs au Séminaire de Québec qui, de son côté, était obligé de fournir des missionnaires aux provinces du Golfe ét du Haut-Canada. Ajoutez à cette grande difficulté, c'est-à dire le manque de professeurs, toutes celles inhérentes au début de toutes ces institutions qui ne peuvent praspérer que par le moyen d'une orgapisation solide et longtemps expérimentée; or il n’y avait engore rien de tout cela à Ste-Anne. Nonseulement il y avait beaucoup à

Î sé 183 Enr ESRI sn iiien homard die

faire; mais encore à défaire ou corriger. Le première année de cette institution s'était passé sous un régime d'essai qui ne pouvait pas durer: l'esprit de liberté xt d'indépendance, vit y avait introduit, avait poussé déjà de RENE racines, Il est vrai que M. le Grand-Vicaire Louis Proulx, pendant les quatre ans qu'il y avait passés, avait su faire aimer l’activité, la discipline et le travail, à force de douceur, de pa tience et de sacrifice; mais cela même rendait encore plus difficile peut-être une position ferme et bien tranchée ; surtout à l'égard du su

rieur et fondateur, de qui tout dé.

pendait, et qui était complétement étranger à l’œuvre de l'éducation proprement dite. ‘l'elle était la solution difficile qui attendait M. Mailloux, après neuf années consumées dans un ministère des plus laborieux.

On se fera une petite idée de l'ex trême difficulté de se procurer des professeurs à cette époque, par l'extrait suivant d’une lettre de Mgr Signay, alors administrateur, en date du 14 décembre 1832 :

“ La pénurie de Hagnts qu'éprouve le Collège de Montréal et celui de Nicolet, me gène tellement, qu’il m’est impossible d’en ajouter au nombre de ceux que je vous ai donnés pour Ste-Anne. Il nous en faut un assurément à Nicolet, où pour en laisser aux autres, l'automne dernier, j'avais ordonné de réunir deux classes ensemble. Outre cela Mgr de Telmesse f, qui a besoin de trois prêtres, pour aider des curés malades et incapables de desservir, se voit forcé d'enlever deux Régents au Collège de Montréal. Jugez de l’embar.

ras où on se trouve sOus ce rapport, après qu'on en a déjà envoyé un d'ici. ”

Et nos annales que nous pourrons désormais consulter, ajoutent :

“ Nouvelle tribulation pour le Supérieur du Collège de Ste-Anne, qui n’avait pas, il paraît, assez de professeurs. ”

: + Monseigneur Lartigue

Ce fut dans les vacances qui suivirent cette année 1832-33, qu'il fut question, pour la première fois, de M. Mailloux, pour la direction du Collège de Ste-Anne.

Nos annales en donnent l’occasion dans les termes suivants :

# 11 paraît que M, Proulx témoi-

na son désir de laisser le Collège ans l'automne de la présente ann Des tracasseries inséparables de sa situation, dans un établissement nouveau et qui manquaient de bien des choses, lui avaient donné du dégoût pour sa position, On voit, par une lettre de Mgr l'administrateur, que M. Painchaud avait jeté les yeux sur M. Mailloux, alors curé de St- Roch de Québec, qui désirait quitter la ville pour habiter la campagne. ”

Notonsen passant que ces Annales, que nous aurons occasion de citer encore, ont été rédigées en grande partie par M. le Grand-Vicaire Gau vreau.

Dans un entretien amical, M. Painchaud avait réussi, paraît-il, à obtenir de M. Mailloux un assentiment conditionnel, en faisant dépendre la chose des Supérieurs. Pour M. Mail:

loux ce n’était rien qu’une grande marque de sympathie pour un ami, br avait dû lui faire une peinture

me de ses peines. C'est sur onné

ces es que M. Painchaud de-

‘manda M. Mailloux pour son Collège,

par unelettre en date du 11 août1838.

Voici la réponse, en date du 17 août, qu'il reçut du prélat:

“ Monsieur, il ne m'est pas possible de disposer ainsi du Monsieur dont vous me parliez dans votre lettre du 11 courant, parce qu'il n’a pas été déchargé canoniquement de la desserte que mon prédécesseur lui a confiée, et qu’il doit revenir ici, après son rétablissement, pour concerter certains arrangements relatifs à l'administration de sa cure.

Ce ne sera donc qu'agrés qu'il se sera présenté à moi, à son retour chez lui, et qu’il m'aura exarimé lui-même ses dispositions à l’arran-

qui sui- , qu'il fut e fois, de ction du

’occasion

1x témoi- ) Collège te ann

es de sa lissement t de bien né du dévoit, par istrateur, les yeux ré de Strait quit-

la cam-

Annales, de citer | grande ire Gau

M. Painà obte-.

ntiment

gement en question, que je pourrai prendre aussi à son égard un arrangement déänitif.

“ Au reste, vous pouvez compter que j'ai une grande estime toute

comme terminée; cbr n'avait plus qu’à écrire à l’évêque ; et allait le faire aussitôt après son retour de la visite épiscopale, qui davait fnir cette année là vers la fin de juil-

particulière pour ce digne prêtre et | let.

que je ouis pleinement convaincu que votre maison retirera, sous tous les rapports, les plus grands avantages de ses connaissances, de ses conseils et de ses soins, si les circonstances permettent qu’il puisse s’y placer. ”

L'affaire en resta là pour cette année ; M. Proulx fut obligé de se ré

signer * passer encore une année au

Collège, et M. Mailloux fut transféré à la cure de la Rivière-du-Loup, qui se trouve à quirze lieues en bas de Ste-Anne-de la-Pocatière. Cette translation diminuait la distarce qui séparait M. Mailloux de Ste-Anne mais peut être pe contribua à augmenter son éloignement d’y entrer.

Que se passa-t-il, durant cette année, entre M. Painchaud et M. Mailloux ? rien ne peut le faire deviner.

Toutefois l'on peut supposer qu'il y eut quelque correspondance et même quelque entretien de vive voix, dans le sens de celui dont nous venons de parler, en sorte que la situation, à la fin de cette année scolaire 1832 34, peut se résumer à ceci: M. Louis Proulx devait laisser définitivement le Collège; M. Mailloux avait, en réalité, une grande répugnance à aller au Collège ; mais n'osant en donner les véritables raisons à M. Painchaud, il faisait dépendre l'affaire de la volonté du Supérieur, persuadé qu’en donnant ses raisons à l’évêque, celui-ci ne le forcerait pas ; enfin pour M. Painchaud, dans l'extrême embarras où il était, il pouvait, il devait jusqu’à un certain point, regarder le silence sympathique de M. Mailloux pour un

C'est dans ces circonstances que ee la négociation officielle de l’entrée de M. Mailloux au Collè de Ste-Anne, avec les autorités.

son côté M. Mailloux écrivait à l'évêque, vers la fin de juillet, pour lui exposer les véritables raisons de ses répugnances, et ajoutait :

“,... M, Painchauddira peut être à Votre Grandeur que je suis consentant à me rendre à son Collège... je dois dire... quej'ai même la plus grande répugnance, el que la seule crainte des peines cancniques pourrait m'y déterminer. IL allait jusqu'à dire, que ce serait le rendre le plus malheureux des

Cette lettre arrivait à Québec le 4 d'août. De son côté M. Painchaud écrivait a:‘ssi à l’évêque, en date du 29 juiliet :

sie Je me suis adressé à M.

Mailloux que Votre Grandeur m'avait déjà comme promis ; et ce monsieur n’attend plus que l’ordre de Votre Grandeur, pour se disposer à occuper le nouveau poste, que ja sollicite, d'accord avec tous les amis du Collège, de lui assigner le plus tôt possible, afin que nous puissions prendre à temps les mesures nécessaires... ”

A la vue de prétentions si différentes, Monseigneur de Québec répond dès le lendemain, 6 août, à M. Mailloux :

“ Monsieur,

“ Votre lettre, reçue hier, m'a mis en lieu de m'expliquer plus clairement au sujet des répugnances que vous avez à accepter la direction de l’établissement de Ste-Anne.

consentement formel. Il est donc à | Mgr le Coadjuteur m'avait déjà fait présumer que M. Painchaud, à sa| connaître ce que vous lui aviez exdernière entrevue avec M. Mailloux,|primé à ce sujet. Vous pouvez être aura laissé son ami en lui donnant|assuré que je vous verrais avec à entendre qu’il regardait l'affaire [satisfaction occuper le poste pour

h6 BIOGRAPHIE DE M

lequel M. Painchaud vous presse si fortement; mais je ne saurais me résoudre à forcer vos inclinations à cet égard et encore moins à contribuer, en quelque chose que ce puisse être, à ce qui, selon vous, serait vous rendre malheureux, Il faut qu'il y ait entre vous et M. Pain- Chaud quelque malentendu, comme je l’obsérve à ce Monsieur même, pôut qu’il ait pu sé servir des expressions suivantes : Je me suis adressé à M. Mailloux, etc ”

Monseigneur termine en disant:

“ Puisque je vous laisse absolu.

ment une entière liberté au sujet de la direction de l'établissement de Ste-Anné, ne laissez pas plus longtemps M. Painchaud en suspens, et ayez la bonté de lui dire définitivement, par lettre, que vous ne con séntez pas à accepter l’cffre qui vous est faite. Si toutefois vous consen ties à l’accepter, vous pouvez comp ter sur mon approbation, et pareillement il faudrait l’informer de l’acceptation, sans délai, ainsi que moimême. ”

Pendant que les se rendaient à Qué

premières lettres c etque Monseigneur y répondait, M. Painchaud

fut informé de cet état de chose, si contraire à son attente, par un M.

Boncher, auquel M. Mailloux s'était ouvert tout franchement, et qui remobtait de la Rivière-du Loup à Ste Aone, Ce rappport inattendu inspira à M. Painchaud une lettre des plus pathétiques, dont nous donnons quelques extraits, qui peignent bien sa grande âme. Elle est datée du 4 août 1834:

“ Mon cher Monsieur,

“ Puis-je me résoudre à croire que, lors de mes instances pour vous faire consentir à prendre la conduite du Collège de Ste-Anne, vous me répon dites finalement, si vos supérieurs vous jugeaient capable d'y faire le bien, vous.éliez prêt, puis-je, dis-je, me résoudre à croire que cette réponse n'était que pour me tromper ? Non, je ne le puis, ce serait vous faire

A. MAILLOUX. G.-V

une injure que vous ne mériterez j mais. Pourquoi donc nn M. Bouche m'apprend-il, ce matin, que vous dites à tout venant qu'il ne faudrai:

rièn moins que la menace d'’ercommunication majeure pour vous faire consentir à accepter ce poste ?

“Jaime à croire que vous êtes incapable de tromper qui que ce soit et qu'on vous aurait mal compris.

J'ai attendu le retour à Québec de Monseigneur + pour lui faire le rapport de la démarche que Mgr Turgeon m'avait conseillé auprès de vous, et j'attends sa réponse d’un jour à l’autre, sans savoir quelle ellë sera.... Cependant votre refus me tuerait.... Oh ! seriez-vous mon assassin, vous? L'immortel curé de St Roch de Québec reculerait-il dévant un fardeau qui va écraser son ami, s’il ne lui prête l’aspui de son bras ? vous me l'aviez promis cet appui, dans un autre temps où vous me voyiez malheureux. Ah! sachez donc que je ne le serais pas moins aujourd’hui. Sachez donc que ce n’est pas en vain que Dieu vous 4 comblé de tous les talents qu'il faut à un directeur d’une maison comme la nôtre, et que probablement il vous en demandera compte un jour.

Dans tous les cas, venez me voir à votre tour, et le plus tôt possible; faites-le par charité, et ne craignes pas d'êtré importuné pat mes re:

proches ou mes sollicitations. Con:

tent d’avoir fait ce qui est en moi, pour l’œuvre dont le Seigneur m’a chargé pour punir mon indignité, je me soumettrai à lout sans re proches ; mais, dans l’un et l’autre cas, j'ai besoin de vous voir, car j'ai plus d'ennemis que d'amis. Si mon aimable Mailloux me trompe, je $6rai mal, très mal, et combien de projeis s’évanouiront? Cependant, Jiat voluntasl Ne méprisez pas la

rière de celui qui est malheureux, Je ne vous en dis pas plus à vous.

« P. S.—M. Boucher m'a dit de

plus. ...que vousdisiez: ‘ Comment

t Mgr Signay,

1elle ellé ‘éfus me moñ àa8:

curé dé ait-il déasef son i dé son s cet apoù vous ! sachez 8 moins que ce vous 4 v’il faut comme ent il un jour, e voir à bssible ; raignes nes res,. Con:

en moi, pur m'a dignité,

pourrais.je aller à Ste Anne, tandis que j'air d'aller au Séminaire de Québec, qui je dois mon éducation gratuite ? ” Sur le tout je suis mal à mon aise.... J'aime, en tout cela, à reconnaître cette humilité angélique qui vous caractérise ; mais j'ai la persuasion qu'elle sera fondée sur la Charité, et que je ne serai pas confondu parco que j'aurai mis en vous toutes mes espérances temporelles sur ce pauvre Collège, contre lequel Satan gronde et travaille, ”

Nous ne savons pas quelle impression cette lettre produisit sur le cœur de M. Mailloux ; mais nous

uvons assurer qu'il était difficile

’employerun langage plus éloquent.

Quelle vive expression de la douleur excessive et pre ue voisine du dé #a8poir ! Quel sublime effort de courage dans la dernière lueur d’espérance | Ie rapport le plus positif d’un prêtre respectable n'avait pu effacer entièrement les douces illusions d’une amitié trop conflante. M. Pain chaud resta sous le poids de ces terribles angoisses depuis le 4 août jus

u’au 7, où il reçut une lettre, en

alé du 5 août, par laquelle Mgr Siguay coufirmant officiellement, et

é point eu point, le rapport de M.

Boucher, déclarait qu’il ne pouvait se résoudre à forcer les inclinations de M. Mailloux, et par là achevait d’effâcer les faibles lueurs d’espérance qui pouvaient encore rester dans son esprit.

M. Painchaud, complétement éclairé par cette lettre de l'évêque, écrivit le même jour à M. Mailloux une seconde lettre qui, dans des termes plis calmes en apparence, semble cachér une douleur indicible. En voi:

ci quelques extraits :

w Mon cher monsieur Mailloux,

“ Vous ne m'avez jamais fait soupgonuerque vous ne viendriez au Golliege de Ste-Anne que d’après un commandement qui, selon ce que vous avez écrit à Monseigneur de Québec, dont je reçois à l'instant la réponse et copie partielle de la vôtre à Sa Grandeur, vous rendrait le plus

malheureux des hommes.

“ Dans toutes les relations que j'ai

eues avec vous à cet égard, vous n’avez mis en avant que cette modestie admirable qui vous caractérise, et, après longue discussion sur le sujet,

vous avez terminé par cette phrase

que j'atténdais d> l'ensemble de l'en-

tretivn, et que j'atteste ici sur mon

âme et conscience : ‘“ Après tout, si mes Supérieurs croient que je puisse faire du bien à Ste-Anne et qu'ils m'y envoient, je suis prét.”” Vous vous ra

pelez bien aussi m'avoir promis A

même chose dans une autre circons-

tance. Je devais donc vous croire.

Alors je vous ai témoigné ma satisfaction ; ce qui vous faisait bien voir que je prenais les mots pour ce qu'ils signifiaient, car je pensais que je

n'aurais pas de peine à obtenir l’as-

sentiment de nos supérieurs. ”

M. Painchaud rappelle plusieurs

autres incidents de ces entretiens,

puis il term ine ainsi:

‘* Mais, .non cher M. le Curé, n’en parlons plus; je ne vous rappelle ces circonsta:.ces, que parce que j'ai lieu de croire que vous les avez oubliées en tout ou en partie....

# Non non, nesoyez pas le plus malheureux des hommes, pour moi qui ne suis rien, ni pour le Collège de Ste- Anue que Dieu saura bien soutenir s’il est utile, et que nous ne devons pas regretter, s’il ne l’est pas.

‘“ Vous m'avez bien mal jugé, si vous avez Cru que j'aurais pu supporter la vue de l’estimable ancien curé de St Roch de Québec, que tout le Canada révère, attaché au boules :

du Collège ou muselé d’un ordre comminatoire, pour y être malheureux : c’est un frère et non un esclave que je désire dans une institution canadienne et libérale. J'espère que Dieu l’enverra, et s’il ne Le fait, je dirai comme Job, et je tâcherai de ’imiter, "

Le mème jour, M. Painchaud répondait à Mgr Signay, par‘une lettre qui ne se trouve point dans nos archives, mais qui ne montrait plus le calme d'esprit et la résignation de la

prérédente, à en juger par la réplique | ue l’évêque, dont nous donnons quel ques extraits ; elle est datée du 18 août 1834 :

“ Monsieur,

“ Si vous tenez absolument à vou-

loir déjà mettre votre établissement sur le pied des anciennes maisons d'éducation du pays, vous ne devez pas être surpris des difficultés dent vous vous plaïgnez. Vous connaissez assez Combien de temps le Collège de Montréal, protégé par ‘>s autorités civiles et ecclésiastiques, a mis pour parvenir à se former en établissement régulier, où on peut enseigner les Belles lettres, la Rhétorique, et enfin la Philosophie ” L’'Evêque parle ensuite dans le même sens de Nicolet etde St-Hyacinthe, et il continve : . “ Personne n’ignore les grands sacrifices et les généreux efforts que Vous avez faits et que vous continuez de faire pour l’avantage de l’éducation, et je suis un de ceux qui le reconnaissent ouvertement ; ceen je ne crois pas qu’on ait ieu de se chagriser aussi amère ment que vous le faites, dans votre dernière lettre du 7 août, contre les Supérieurs ecclésiastiques qui, assurément jusqu'à présent, n'ont omis rien de ce qui dépendait d’eux, pour répondre à votre estimable zèle pour l'éducation.

‘ Vous savez, et vous venez de vous en convaincre de nouveau, combien il est difficile de trouver un prêtre qui veuille aller se dévouer au service important de votre maison, etse charger de la surveillance et de l'instruction d’une noribreuse jeunesse, en même temps du soin de former plusieurs clercs à la science et aux vertus ecclésiastiques. Pour moi, je dois ajouter, avec un grand nombre de personnes expérimentées, Le sera encore bien longtemps

ifficile, pour l'évêque diocésain, de trouver parmi les jeunes qu’il admet à l'étude de la théologie, un nombre de sujets propres à l’enseignement qu’on désire-donner dans

À. MAILLOUX, G.-V

les séminaires et les collèges doublés en nobre, tandis que le nombre des ecclésiastiques augmente à peir2 pour suffire aux besoins les plus pressants de l'Eglise: Dans un tel état de choses... il est plus rudent de limiter l’enseignement à certaine branche d'éducation, que d'entreprendre, sans moyens assurés, de lui donner toute l'extension désirable

‘“ P. S.—bDans le cas où je ne jugerais pas à propos que M. Proulx continuât la direction de l'éducation de Ste Anne encore cette année, je tâcherais de lai trouver un suppléant. Et M. Baillargeon, s’il n’est pas employé à Nicolet, serait assez qualifié pour cet emploi impartant.

Toutefois, si M. Mailloux se décidait à l’accepter, je n’y aurais avucune difficulté, mais je serais trèssatisfait. ”

Voilà donc où en est l'affaire: M.

Mailloux oppose une répugnance presque insurmontabie ; l’évêque lui déclare qu'il ne veut point forcer ses inclinations ; nous verrons plus tard que Mgr Turgeon lui a promis de ne point employer son crédit contre lui; M. Painchaud y a renoncé formellement; et enfin on est rendu à técher d'en trouver un autre, et encore avec la perspective d'être obligé de tronquer le cours d’études, faute da professeurs.

Voilà certainement une position bien critique pour le Collège de Ste-Anne et son vénérable fonda teur. Dieu le permet ainsi quelquefois pour rappeler aux hommes, que c'est lui qui fonde les institutions et les soutient; que c’est lui qui tient prêts les hommes qu'il leur faut; que le cœur de l’homme est en sa main et qu’il le fait tourner du côté qu'il lui plaît: “ Cor regis in manu Domini, et quocumque voluerit inclinabit illud”' (Prov. 21. 1). Nous en verrons la preuve tout à l’heure.

Cette crise fut aussi l’occasion d’une modification nécessaire des rapports de M. Painchaud avec la direction des études. Bien peu d'hommes

es douque le 1gmente soins les Dans un est plus ;nement lon, que assurés, sion dé-

je ne ju- , Proulx ducation nnée, je un sups’il n’est ait assez ipartant.

se déci- 1rais Aurais très-

aire : M.

ugnance rèque lui t forcer ons plus à promis n crédit y a rebnfin on Duver Un spective le cours osition ge de à fondajuelquenes, que itutions lui qui ‘il leur mme est tourner regis in luerit in- . Nous l'heure.

Decasion des rapa direc- 1ommes

BIOGRAPILE DE M. A. MAILLOUX, G:V. 119

doivent être appelés à la gloire de fondateurs ; il n’est pas donné à tons non plus le talent de diriger une maison d'éducation ; du moins fautil laisser son autonomie à celui qui se dévoue corps et âme à cette œnvre aussi ingrate que difficile. Déjà nous avons entendu M. Painchaud proclamer le premier principe:

‘ Dieu saura bien soutenir le Collège de Ste Anne, s'il est utile.” Nous le verrons plus loin reconnaître le dernier, en cédant à la nécessité des temps, ou plutôt aux ordres de la Providence. Oh! que les hommes s’épargneraient de douleurs et de chagrins, s’ils savaient reconnaître plutôt les rôles que la Providence leur a assignés! .

Comme M. Mailloux était l’homme réparé per la Providence pour le Jollège de Ste-Anne à cette époque,

la négociation de son entrée ne fut pas longtemps interrompue. M. Painchaui dût partir pour Québec pen de temps après avoir reçu la lettre du 18 août, afin d'insister de nouveau, et par tous les moyens possibles, auprès des autorités et de:

amis, pour avoir M. Mailloux à son Collège. On peut juger de l'effet que produisit le passage de M. Painchaud a Québec, par la lettre suivante de Mgr Signay à M. Mailloux, en date du 29 août :

“ Jai vu, ces joure-ci, M. Painchaud qui jette les hauts cris de se voir privé de celui qui faisait toutes ses espérances et l’appui de sa maison d'éducation. Je ne le blâme pas sans doute de vous regretter. Grand nombre d’autres se joignent aussi à lui pour témoigner l’ardent désir

w’ils auraient de vous voir à la tête de cet établissement, qui ne sera intéressant pour la religion qu’autant qu’il sera dirigé par un prêtre, déjà expérimenté, digne de mériter

la confiance des jeunes élèves d’a-

bord et ensuite celle des eccléaiastiques.....

& Vous connaissez assez ma façon de penser à votre égard, pour u'a-

voir pas été surpris que j’aie haute:

ment approuvé M. Painchaud de dé s‘rer vous avoir à Ste-Anne. Cependant je n'ai pu m'empêcher de lui exprimer que je ne pourrais vous donner ordre de prendre la direc tion de sa maison d'éducation, con:

naissant déj\ les généreux sacrifices que vous avez faits en tant de circonstances que je n'oublie pas.

Pour satisfaire néanmoins les cris de quelques-uns de vos amis d'ici, qui se Joignent à lui dans la vue du bien et qui disent que, si je vous exposais sensiblemert que le bien de la religion exige encore ce sacrifice de vous, vous ne pourriez plus y tenir, je reviens sur le même chapitre, mais encore une fois dans le sens de ma précédente lettre, pour vous exprimer que je vous serais excessivement reconnaissant, si, Considérant le bien de la religion à faire dans cet établissement, vous passiez généreusement sur toute autre considération.

‘“ Ce n'est pas tant comme maison de M. Painchaud que je regarde cette maison actuellement, que comme séminaire régi par une Corporation, dont l’évêque doit être le premier membre, si on obtient pour elle les ettres patentes demandées.

ou la sanction du Bill passé par notre Législature.

“ Méditez maintenant le tout devant Dieu, et donnez moi au plus tôt le résuliat de vos méditations. Si vous vous déterminez à accepter cette offre, et non un commandement que je vous fais de nouveau, je composerai la maison de jeunes sujets qui pourraient vous accommoder. Car il faut que J'en retire quelques-uns. Parlez au plus tôt et cordialement à votre, eic.”

Nous n’avons pas ici la réponse de M. Mailloux, mais nous pouvons assurer que ce ne fut pas encore un acquiescement au désir de l’évêque, qe persistait à n'exprimer que son ésir; nous voyons même par les lettres subséquentes que c'était toujours. à peu près la même répugnance.

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