‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 27 · SENTE · texte numérisé non relu

SENTE

. PROMENADE AUTOUR DE L'ILE AUX COUDRES 19 Joseph Desgagnés était un homme

d'un rare bon sens; d’une admirable et parfaite bonne foi, toujours le premier dans les œ1vres qui regardaient le bien de la religion. D'une régularité exemplaire dans sa conduitechrétienne, gardant la paix avec tous ses co-paroissiens ; ne se mêlant jamais dans les partis d’où pouvait naître une querelle; il parlait peu mais toujours à propos, personne en sa présence, ne se permit jamais une parole qui peut blesser la réputation du prochain, le premier rendu à l’église, il en sortait le dernier ; on ne pouvait se lasser d'admirer son recueillement pendant les oflices divins, auxquels il ne manqua jamais d'assister que lorsque la vieillesse ne lui permit plus de sortir de sa maison ; 1l n'avait poinid’ennemis et il n’eg pouvait avoir: voilà ce qu'a été et ce qu'a fait, pour le bien de son âme et pour la bonne édification de ses frères, mon bon vieil ami, Joseph Desgagnés.

Mort à un âge très-avancé, il a laissé en ce monde un de ces bons souvenirs qu'on aime toujours à se rappeler, parce qu'il console le cœur et fait mieux apprécier ce que peut

être et ce que peut faire un homme |

de bien, qui sait allier ensemble ses

devoirs d'état et ceux de la pratique!

fidèle et persévérante des devoirs re

âge, a été et est bien réellement ce que fut son vertueux père. Comme lui, sage, bon, généreux, paisible, ami du bien, ami du curé, toujours rès à rendre service aux autres et à aire des œuvres dignes des regards de Dieu.

Demeuré veuf et sans enfants, il a pris avec lui un jeune homme qui élève une famille, et dont Etienne Desgagnés est comme le père respecté et fidèlement obéi. Voici un autre acte de vertu qui se changera un jour en l’une des plus belles perles de celles que Dieu posera à la couronne immortelle de ce digne chrétien.

Eu prenant la desserte de la cure de Saint-Bonaventure, dans la Baie des Chaleurs, j'avais reçu chez moi | un vieil oncle qui depuis de longues années avait laissé l’Ile aux Coudres, | sa paroisse natale, François d’Assises Lajoie, c'était son nom, avait passé les trois quarts de sa vie dans les durs travaux de la pêche et de la navigation. Mais,comme ditle proverbe, toute roche qui roule ne ramasse pas de mousse, mon vieil oncle n’é- |tait pas plus argenté que Pancien crucifx de Lorette. Le voyant incapable de gagner sa vie, je devais en conscience et en honneur, m'intéresser à son sort ; car il était le frère de de ma mère,

ligieux. De tels hommes, trop rares} dans nos campagnes, rend nt aimable | la pratique de la vertu et consolent| un peu de la conduite dé tant!

Lorsque, dans l'automne de 1864, je laissais la desserte de la cure de Saint-Bonaventure pour revenir à Quéktec, j'emmenai avec moi l’hé-

d'autres, qui oublient que {a piété est | ;;jage que le bon Dieu m'avait donutile à tout, et que tous les chefs de | n6 pendant que j'étais curé. Mais famille devraient être des saints. | n'étant plus d’âge à me charger de

Heureux les parents qui,en partant|la conduite d'un autre paroisse, et de ce monde, laissent des enfants | obligé de me retirer chez quelqu'un héritiers de leurs biens légitime. | de mes confrères, je ne pouvais conment acquis! Mais beaucoup plus |tinuer de garder avec moi celui que heureux ceux qui en laissent pour | j'avais emmené. Mais je connaissais être les imitateurs de leurs vertus | des hommes capables FH me remplaet des bons exemples dont ils ont\cer auprès de ce bon vieux, qui jeté }«s semences dans le ‘œur des | désirait ardemment jouir d’un peu habitants de la paroisse où ils ont|de paix pour se préparer à l'éternité.

assé leur vie! De ce nombre a été| L'ayant traversé à VlIle aux

e père Joseph Desgagrés. Son sis | Gougres, j’allai offrir au bon Etienne Etienne Desgagnés, déjà avancé en|

Desgagnés de devenir mon héritier

. dans la bonne œuvre que j'avais commencée, en fui donnant pour|dine. On y prend aussi de l'anguillé motif que j'avais trouvé, dans la Baie | dans la saison de l'automne, surtott: des Chaleurs, une perle d'un grand |vers le bas de l'Lle, Tous les au” prix, dont je voulais Im faire un pré-|tomnes, la marée montante apporte sent, mais qu'il n'en toucherait la!sur le haut du rivage une grande valeur que dans l'autre vie. quantité d’uu précieux engrais, appe:

Le charitable Etienne Desgagnés | lé varec. Il sert à améliorer les terres accepta l’héntage que je lui flrais, |Stblonnieuses, telles que celles qui avec cetle parfaite bonne volonté |s0ntau bas de cette côte, Ce varee est qu'on ne rencontre que dans ceux Peut-être le meilleur des engrais qu: n’ont, en ce monde, d'autre dé. | Pour les patates que l’on plante sur sir que celuilde faire tout le bien }les battures de sable que nous ver: dort la Providence leur offre l’occa-|rons au bas de l'Ile. On a aussi tension. du, le long de la Baleine, deux pêches

Depuis maintenant au delà de six MU here de Leg années mon vieil oncle demeure | P°C"€8 n à Jamais égalé les dépenses

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chez le bon Etienne D. sgagnés qui des tendeurs, Depuis longtemps où

l'a logé dans une bonne chambre où | 2° les tend plus, il lui fournit, avec une attenti n| En passant devantles deux maipleine de bienveillance, ce dont il|sons, voisines l'une, de l’autre que a besoin, sans autre réconpense que | vous apercevez sur la côte, je ne puis celle qu'il attend de Dieu, m'empêcher de vous dire qu’elles K Voilà ce que j'appelle se montrer | étaient autrefois les demeures de deux J'imitateur d'un père tel au’était celui!de mes meilleurs amis, Pitre ou d nt je vertueux père Etienne Des. | Pierre Gagnon et Joseph Lapointe, gagnés a l'honneur de se dire le fils. | fls étaient chargés du moulin à vent Que Dieu veuille donner une longue que vous voyez un peu en arrière de el heureuse vie, en Ce monde, à cet|\leurs maisons. Ce moulin remonte à bonma2 vraiment chrétien, et le ré-|la date de 1773. J’aimais ces deux compenser avec son protège et pour | bons amis de tout mon cœur. Plusison protégé, là où un verre d’eau |eurs fois, ils ont éié les coipagnons froide, donné à un enfant de Dieu et |4e mes voyages sur l’eau. J'étais heupour l'amour de Dieu, ne perdra [as|reux d'être avec eux, parce qu'ils sa récompense. étaient si unis, s’aimaient si cordiale. Ce que le vertueux Etienne Desga-|ment,et avaient tant de bonheur prés fait en grand à l'égard du vieux | d’être ensemble ! Pitre Gagnon était François d’Assises Lajoie, bon |un homme de beaucoup d'esprit, trèsnombre d’autres le font en petit, aimable, amusant et d'une gsfté chardans peut-être toutes les paroisses Ce !mante. joseph Lapointe, homme de la campagne, en recevant chez eux |bon sens, était doux, bon, affectueux et en nourrissant des personnes aban- |et aimant. Il n’y avait rien de plus données, qui trouvent ainsi dans la amusant que d’être en la compagaie charité de leurs compatgiotes, un |de ces deux bons vieux, Pitre Gagnon refuge au milieu de leur abandon.|avait toujours quelque accusation On les appelle des pains-bénits, pour [contre son ami et avait le taitent d'en signifier que ceux qui les reçoivent | faire des eas penlables. Tantôt c'était chez eux, sont dignes d'être bénis|de ne l'avoir pas visité tel jour ; tande Dieu et d’avoir du pain en abon-|tôtde l'avoir fait s’ennuyer à la mort dance. pour n'être pas venu passer la veillée On tend, le printemps, le longdulavec lui; tantôt d'avoir manqué rivage, où nous passons, au bas des |de l’attendre pour aller de compagnie crans, de nombreuses pêches, dans |à l'église ; tantôt d’avoir mal parlé lesquelles on prend beaucoup dede lui, et mille autres accusations,

l'excellent petit poisson appelé sar-

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