‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme]Chapitre 9 sur 12 · CHAPITRE SIXIÈME CONTINUATION DE LA PROMENADE · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME CONTINUATION DE LA PROMENADE

À ce second dé our du chemi:

nouveau, et à notre ginche. est une ancieurie maison que j'aime toujours à revoir, comme beaucoup d'autres maisous de l'Ile aux Coudres. Elle n’est pas fort remarquable ependant, glle est ième basse, un pen enfoncée dans la terre, comme celle que bâussaient nos anciens, dans le but. je pense, d’eviter les escaliers, qui peu vent donner occasion à beaucoup d'accidents, surtout ponr les jeunes en fanis et les viei les persounes, Malgré qu'elle ne soit pas dus le goût du temps. j'aime à vous faire remarquer £etlte maison parce qu’elle a servi de demeure à une famille que j'ai grandement estimée, à cause de sa franchise, de sa parfaite honuéteté, de sa foi et de sa piété sans fard et sans artfice. La tamiile Tremblay, dont ellé est encoré là propriété, était bien

dans toute la force du mot, une famille patriarcale, Par une heureuse combinaison de deux mnts, on l’appelait la famille Franc quienne (F'anc-Etienne}), des noms de baptime du grand »ère qui se nnmmait Etienne t de celui du père François.

Le père Français Tremtlay, un vrai | Jsraélite sans deguisement et sans arti- Jfice, comme il est dit de Nathanaël,

= d'une bonté de cœur incompa-

ratle. Laborieux et infatigab'e, fort et robust:, le père Françus Tremblay n'avait pas son pareil, dans toute l'Ile, pour travailler à gagner la vie de si nombreuse famille. Dans un À ze assez avancé, sa vue s’affaiblit et fi it par s'éteindre, plusieurs années avant sa mort,

Il'avait, prndant tout le cours de sa vie laborieuse, donné à sa famille et à ses ro paroissiens l'exemple du travail, de l'honnêteté et d'un parfait chrétien. Le père F'arçois, privé de la lumière du ciel comme le saint homme Tobie, leur laissa dans sa virillesse l'exemnle d’une soumission parfaite à la volonté de Dieu et d'une patience ina!térable. L'adage : Telle vie, telle mort, est surtout vrai pour les hommes vertueux. Le père Tremblay mourut en paix, dans un âgé avancé, ne laissant sur la terre que des regrets sincères et des amis, et pas une seule personne qui put dire qu’elle en avait reç1 quelque offense, pendant tout le cours de sa longue vie.

J'aime encore à vous faire remarquer cette ancienne maison, parce que c’est là qu'est né le bon Monsieur Go ifroy Tremblay,anciencuré de Sainte-Aguès, et dont il faut bien vous dire quelque chose, quand ce ne serait que pour vous apprenûre qu'il est le fiis du bon et vertueux pére dont je viens de vousdire quelques bonnes paroles. A l'égard de M.

Goïfroy Tremblay est vrai, à la iettre, le proverbe qui dit: T'el père, tel fils. ‘ |

Si vous ne le connaissez pas persounellenent, te que je vous en dirai

vous donrera peut-être le désir d’aller lui rendre une visite à son domicile, dont vous serez enchanté ainsi que du bon vieux prêtre. Mais, en le voyant, gardez-vous de le juger sur les apparences. Cornversez un peu avec lui, et vous saurez bientôt ce qu'il est et ce qu'il vaut,

Je ne lui connais qu'un seul défaut ; c’est d’être convaincu qu’il est sur le bord d: sa tombe, et voilà vingt ans, au moins, qu'ille dit. mais la mort ne veut pas le preudre au mot. J'espère même qu'elle ne l’écoutera pas de sitôt, et que le bon vieux prêtre restera encore en c+

monde pendant de longues années pour le bonheurde ceux qui l’aiment, pour l'édification des habitants de l'Ile aux Coudres et pour la consola tion de son digne cuié qui, sans lui, | serait isolé de tous ses confrères | pendant les longs mois de nos hivers.

| Voilà que, dans notre course, à la | manière du train de la blanche, ous ar.

| rivons à lademeure de M.Tremb ay.

| Vous pouvez juger per vos propres yeux, qu’elle n’est päs si mal pour un vieux renter qui deux fais déjà.

l’a vue devenir la proie des fimmes | Si vous entrez chez lui, je vous às sure que vous n'aurez qu’à vous louer de sa r-ceptuon. Le jardin plau- | té de pommiers, que vous aperce | vezen arrière de sa maison, est son ouvrage. Ces beaux arbres out été plantés el greffes par lui, et il en prend un soiu tout pat-rnel. [1 les chérit comme des enfants. De ces aibres, dont beaucoup donnent de très-bonnes pomuies. M. Treinblay : retire, chaque année, d’assez bous prefis Pour parer aux ennuis ine- | vitables de sa s0 itude, il visite sou- |

sent presque jamais.

Si vous vous donnez la peine d'aller vous placer sur le bord de la

haute côte qui est devant sa maison, vous verrez toute l'étendue du g aid bassin qui forme l'en rée da la Baie Saint-Paul, l'égiise paroissiale, assez éloignée du rivage et environnée d’un grand nombre de maisons qui servent de demeure à de nombreuses familles dont plusienrs sont loin d'être dans l’aisance. Sous vos pibds, près de la côte de l'Île, vous verrez Je petit hâvre appelé la Source, qui sert de moiillage pour les chaloupes. C’est de ce hâvre que partent presque tontes celles qui traversent À la Baie Saint Piul, et ’est aussi le plus court trajet entre l'Ile et la Baie

La muisou voisine de celle de M.

Tremblay, en g'ignant vers l'ouest, à gauche du chemin, a servi de deeure à un nommé Alexis Du'our, dont le nom prpilaire était Lagarcette. Alexis Dalour, un des plus grauds chasseurs qu’ait eu l'Ile aux Coudres, metait pas célèbre par sa force + xtraordinaire mais par sa voix d'une grandeur étonnante. Certains cris, qu'il avait la manie de pousser de temps à autre, jetaient l'epoavante vartmiles jenneseufants Les quêteux ne connaissaient pas d° plus grande calamite que les cris de Lagarcrtte, dont le plaisir éiait de les epouvanter. Après s'être amusé le leurs frayeurs. 11 r prenait un fon plus hu.

main ; il les rappelait et leur faisait la charité, pour\u que ce ne fut pas d s faiuéa ts dontii ne pouvait souffrir la presenc: Ÿ.

+ Alexis Dufour n’aimait point les pédants et nuinse core peut-être, ceux qui s’habitlient au-dessus de leur condition on de leur position, duus la société. Il ne portait que dis habits faits avec Pétoffe de son pays.

li y a bien une smixintaine d'années, Alexis Dufour voit arriver «hez lui, un 8amexli soir, un étranger, habillé comme une catin, qu venait lui deman.ler l’hospitalité, Elle lui fat secordés sur l: champ. Le lendrain, dimanche, Alexis Dufour, pour faire politesse à son hôte qu'il prenait pour un milord, tit atteler sa ealèche pour le conduire à l’église. An moment de y faire embarquer, Alexis Dafour demanda à ce monsieur qui il ét'it, Je suis, répondit-il, le bedeau de Li Baie-Saint- Paul, Cette déclararion à laquelle Dufour était loin de s'atten.

Je viens de dira que Lagarcette était la terreur des jeuresentants, et on n'aura pas de peine À me croire, si j'ajoute que les parents savaient le leur rappeler, quand les choses n'allait nt pas à leur geût. La menace de cet homme arrêtait tout court ls plus espigles. On me pardonnera de raconter un fait qui m'est personnel, Je pouvais avoir alors de neuf à dix ans.

Je ne me rappelle plus quelle etcapade j'avais taite et, pour m'emficher de m'oublier de nouveau, on n'avait pas manuné, comme c'était le moyeu le plus efficace, de me rappeler l# souvriir de ZLagarcette D:puis relie nenace, j'étais tout prépa re à éprouver une véritable terreur d’en'aut, à la première visite qu'il vien rait faire à la maison de mers pareuts. Je ne ps plus guère à autre chose qu'à trouver un moyen de ie sauver Cèsque j2 verrais ve mr cet objet de tireur.

Par malheur pour moi, Ligarcette fut assez long etips sans veiir à la maison de mes parents. On sait que certaines menuaes s’effaceut facilemeut du souvenir mobile d-s jeune:

eufants Je n- pensais douc plus à la menace que l'on m'avait faite, lors qu'étant un Jour, dans la maiso , à faire je ne sais quoi, j’entendis reten tir comme un grus coup de tinner:e la redoutable voix de Lagarcette J mis auseitô le nez à la porte ; 11 n’était qu'à quelques pas de la maison, tenatut dans sa mail son Couteau oudre, eût l'eff:t d'un «onfflet appliqué sur une des joues n’Aiexis Ne se p'sseiant plus dinaig atiou: Vous êtes Le bedeau de la Baio-Suinc-Faul! et vous vous habillez comme nn bourgeois de Québec! Nor, uon, qu jamais, un bedeau de la Baie-Saint-

aul, havillé comme vos êtes, ne mettra le

red dans la caieche d’Alexis Dufour, Voix

tes le bedeau de la Bai :S ai it-Paul, continue Alexis L'ufour de su grosse voix de 100:

nerre, un serviteur d'église, et vous vous h. biliez aivsi! Non, jamais vous u'ivez dins ma calèche, Et, Duf ur, lai-saut la son bedenn, emborque seul daus su valèche, 8e rend à reglise, en hougonuant eutie #es dents: von, jhmais uu b'deiu de la Buie- Soiut-Paul, habillé comme une catin, ne mettra le pied dans ma cslèche'

elle en plantait les mâts, en étendaith

vert et criant de sa formidable voix: À Où sont ils ? où sont-ils f que je leur coupe le c up! 1 Imporsibie de fuir et de ine sauver, je me précipi ai dans »

une chan:bre, sautai sur un lit et je »

fus m'enfoucer dans la ruelle de ce * it, tremblant de toutes mes forces, à et m'attendant, à chaque instant, de À voir entrer, dans ia chambre où j'é- k tas, le terrible et affreux Lagarcette k pour me couper le cou. Je 1eslai k dans cette p eition suf'ocante pen- # dant plusieurs heures, sans Oger remuer un pied, n: faire la maindre k bruit, A chaque cri de nunice que | faisait entendre cet ennemi des ?

pauvres enfants, un frisson de glare | prssait dans tons mes membres Je | dois cependant fiire remarquer que | cet humme n'était point méchant, # mais que c'était pour lui une manie, M un amnu-ement de fire ainsi peur aux enfauts et aux quéteux. fe Contre son ordinaire, Lagarcette, ce jour-là, passa plusieurs heures lans ma famille, jetant de temps en temps sen er de terreur : Où esti'14 prur que je lui coupe le cou! Je pau: vais à peine respirer : uand il quitta la maison Je sortis enfin de la ruelle du lit, mais pendant mon long eth cruel supphe-, j'avais pris la résolu k tion de donner une benne volée à La 1 garcctie quand Je serais devenu houme; je ne pouvais juxer alors de la moralité d'un tel acte. Mais

ce È fi

Dieu m'a préservé de cette mauvaise

action. Qu'il en suit bémi! de

Dins la maison voisine d'Alexis M Duatour, en gagnant toujours vers l'ouest, a vecu autrefois une femme jui a été tort © lebre, daus l'Île aux Coudres. Eile portut le nom sign -M fivatif de L41 grande Madelkine. C'etait la sœur d'Alexis Duiour (Lagar:

cette). Elle était d’une grauieur, d'un: grosseur et d’un» force extra ordinaires. Sou maris’ ppelait D:

minique tlarvey. Li grande Mude leine était dans son éeusent quad ele faisait les ouvrages qui ne sont que le nropre des hoimes. Aiusi uile trainait les chaloupes, à l’eau ;E

et roulait les voiles, elle en maniait les rames de manière à casser les meilleurs hommes. Quand il ventait fort, c'était elle qui tenait la barre du gouvernail, et les hommes ne se risquaient pas à essayer de la lui ôter, car ils se seraient fait asseoir, Elle ne se gènait nullement de taper ses frères plus âgés qu’elle, quand les choses n’allaient pas à son goût. Dans les champs, à la maison, dans les chaloupes, n'importe où elle se trouvait, la grande Madeleine était maîtresse ou, comme s’exprimaient les anciens voyageurs Cana diens du Nord ouest, portait le plumet, et personne ne répliquait sur son commandement. Les gens disaient, non en sa présence, ils ne l'eussent Ôsé! mais assez loin d'elle pour n'être pas entendus, que c'était une dure à cuire. La grande Madeleine était un type féminin tel qu'il n’en paraît peut être pas un semblable, par chaque siècle.

Nous voilà rendus sur le bord de la côte du Cap-à-Labranche dont je vous prie de ne pas trop examiner les gardes-corps, qui n’ont pas été faits, je vous assure, avec la bourse

du gouvernement, ni par les action-

naires du Grand Tronc. J'ai dit, ailleurs, que les habitants de l'Ile aux Coudres avaient un goût bien décidé pour les antiquités. Si on ne connaissait pas la parfaite tranquilité de leurs chevaux, on pourrait parier avec assurance que vingt personnes, chaque année, devraient se casser le cou, en descendant unesemblab!e côte.

Avant de descendre cette côte pour reprendre le chemin du bord du fauve, débarquons de notre calèche etallons nous placer, un peu au sudest, sur le bord du cap. C’est peut être le plus beau point de vue de toute l’lle. Les objets que nous avons aperçus de la Pointe-des-sapins ou à la sorue de la route vont nous apparaître sous un aspect tout nouveau.

Sur la rive nord du fleuve, au bas de la paroisse de la Petite-Rivière,

vous apercevez l'endroit appelé les Prairies, ainsi que les granges bâties an pied de l'énorme cap, pour y loger les foins qu'on y récolte. A marée basse, on aperçoit les gros et nombreux cailloux que le fleuve y a laissés en emportant les terres. Ces cailloux sont le supplice des navigateurs qui voudraient aborder la côte en cet endroit.

En vousindiquant ces prairies qui, une fois le foin sauvé, servent de pa turage aux besliaux, je ne puis résister au plaisir de vous dire que, lersque je faisais mon cours d'étude, je racontais en présence du véné.

rable grand vicaire Demers que, de la pointe de l'Jlette où je pêchais à la ligne, j'avais éctau lu beugler des bœufs qui broutaient l'herbe dans ces prairies. M'entendant raconter ce fait, il poussa un éclat de rire homérique et s’approchant de moi:

‘Eh ! bien, petit, vous avez enten- ‘ du beugler les bœufs de la prairie “de la Petite-Rivière, et vous étiez ‘ à l'Ile aux Coudrest C’est bien, ‘“ petit! c'est bien. Vous entendez “de loin!” Et le bon et vénérable grand-vicaire se prit à rire de nouveau et avec une hilarité qui lui était propre. Quand, plus tard, il savait que je revenais de l'Ile aux Coudres, il ne manquait jamais de me dire: ‘Eh! bien, petit, avez- “vous encore entendu beugler les ‘€ bœufs de la Petite Rivière ? ” Et je lui disais que non. Il reprenait aussitôt: ‘‘ C’est comme cela, petit, ‘“ vous ne les entendrez plus.” Et la vénérable vieiilard riait de tout son cœur.

Suivez maintenant les bords du rivage nord du flauve vers l’ouest et vous allez distinguer les maisons de la Petite Rivière, ainsi que l’église paroissiale. Elle est en pierres. Ceux qui l'ont bâtie n'avaient probablement pas l’idée qu’il fut possible de faire des établissements dans les énormes montagnes qui sont en arrière. C’est bien certainement la plus petite église qui soit dans le Canada.

Plus à l’ouest vous apercevez le fa- | Coudres ont tiré tant de coups de fusils, enfin une grande partie de la

meux Cap-maillard qui allonge son nez dans le fleuve, et dont les razde-marée sont aussi tumultueux que ceux des caps-aux-oies. Malheur aux goëlettes qui s’y engagent lorsque le vent est tombé ! Elles y dansent des rills qui ne sont pas trop du goût des navigaieurs, je vous en assure.

Dès qu’on a doublé le célèbre Cap maillard, on entre dans la par tie qui porte le nom de Caps, ces masses énormes de pierres dont la bâse baigne dans les eaux du fleuve, et qui se prolongent jusqu’au majes tueux Cap-Tourmente. Dieu, qui a tout fait pour l’homme, a voulu pourvoir aux besoins des navigateurs, voyageant dans de frèles embarcations, en ordonnant aux eaux du fleuve d’ouvrir,entre ces rochers, de petits hâvres, qui puissent servir de refuge dans la tempête. Les habitants de l’Ile aux Coudres ont donné à ces petits hâvres les noms sui.

vants, dont quelques-uns ne sont pas très-poétiques, ni même très-convenables, mais je n’ai pas le pouvoir de leur donner d’autres noms, comme je l’ai dit ailleurs. Tels que je les trouve, je les donne. Les voici, en remontant le fleuve : l’Abattis, l'Estatue, le Sault au-cochon, l’ Anse. au-pette, l’Anse aux-vaches, le Petit débarquement ou la Petite gribane, le Grand débarquement ou la Grande gribane, la Grande anse, l’'Anse du cap brülé, V' Anse aux Cenelles, la Montée-du-lac, qui est l'endroit où l’on prend la traverse

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rive sud du fleuvs, dont les belles maisons blanches forment un si beau contraste avec la verdure des champs qui les environnent.

Portez maintenant vos regards sur la belle petite Ile aux Coudres.

Voilà, au nord, le bout de l’Zlette, avec les rochers qui la protègent contre la fureur des vagues ; puis la grande croix blanche, en souvenir d’une messe que la tradition nons apprend y avoir été dite par le Père de la Brosse, puis la butte-des-chasseurs, puis le cap de la Pointe à Antoine, puis les hars de la pêche aux marsouins que le courant des battures fait vibrer pour êire la ‘terreur de ces gros poissons, puis les fonds, en manière dedemi-cercle, dont les maisons forment la circonférence, puis enfin le clocher de l’église qui élève son coq au-dessus des côtes.

La première maison, à votre gauche, est la demeure d’un homme dont je dois vous dire quelques mots :

Augustin Dufour est son nom. C’est un remarquable navigateur côtier.

Placé à la tête d’une nombreuse famille, Augustin Dufour a su, par son travail, son industrie, son activité comme navigateur, établir convenablement tous ses garçons. Cet homme a un cœur royal et une sensibilité incroyable. B:enfaisant, cha ritable, hospitalier, toujours prêt à rendre service aux autres; d’une franchise de caractère admirable,

pour gagner le sud de l’Ile-d'Orléans. | honnête et loyal, Augustin Dufour

Promenez maintenant vos regards sur les iles de cette partie du fleuve.

Vous apercevez le bout de l'Ile d'Orléans, Argentenay, célèbre dans les chroniques du temps passé, par la réputation qu’elle avait d’être la de meure d’une foule de sorciers et de feux-follets. Puis voilà les îles qui font cortége à l’Ile des sorciers: les Llets rompus qui sont comme un prolongement de l’Ile aux Coudres, l'Ileaux-grues, l’Ile aux-oies, la célèbre batture-aux-loups marins sur Ja quelle les chasseurs de l'Ile aux

joint à toutes ces bonnes qualités, une foi profonde, une grande délicatesse de conscience et un courage religieux, qui en font un bon etex.

cellent chrétien. Agé et aflligé d’une cruelle maladie, Augustin Dufour a abandonné la navigation depuis peu d'années, pour se préparer à se présenter devant le tribunal de son maître.

Le fait suivant, dont M. Epiphane Lapointe, mort curé de Rimouski, a été témoin, donnera la mesure de la foi d'Augustin Dufour :

le voyage de l'Ile aux Coudres à Québec se faisait par eau dans une chaloupe. Le vent d’est souflait fort.

Dans la traversée devant St-Joachim, il devint furieux. Dans une bourasque, le mât de derrière casse etcelui de devant craque de manière à faire craindre qu'il ne tiendra pas longtemps debout. Ce mât est la dernière planche de salut. Le danger de périr est donc immirent. Augustin Dufour le voit et sa foi lui ditque Dieu seul peut le sauver de ce péril extrème.

Il n’y a pas un moment à perdre.

Augustin Dufour tenanttoujours son gouvernail, se lève debout, jette son bonnet bleu dans le fond de la chaloupe et, levant les yeux au ciel, il y envoie cette prière, ou plutôt ce eri de susrème detresse : “ Mon Dieu, je “ suis père de famille me voilà sur “le point de périr—que vont devenir “ mes enfants — aidez-moi—sauvez- “moi—vous le pouvez et vous le ‘“ voudrez!!!” Après avoir lancé, vers le cie] cette prière du cœur, Augustin Dufour ramasse son bonnet, le place sur la tête, et se rassied sur le derrière de sa chaloupe, tenant la barre du gouvernail—La chaloupe passe à travers les lames frémissanies - la traversée se fait heureusement — Bientôt on côtoie :a rive sud de l’Ile d'Orléans. Le mât craqué tient toujours debout, malgré la pression de la voile. Enfin Augustin Dufour arrive à la Rivière- Lafleur, il double le rocher du petit hâvre, il y est rendu à l’abri de la tempête et de la houle, dans le port, en sûreté, et... le mât craque tombe |! =Augustin Dufour avait bien prié, et Dieu avait envoyé son ange soutenir ce mât jusqu'au mo.

ment où il tut sauvé du péril.

Son voisin, au sud, Louis Harvy, mort depuis peu d'années, a eu l'honneur d’être un des Juges de paix de Sa Majesté britannique.

Lui, aussi, était un intrépide naviga.

teur, Il était laborieux, industrieux, d’un caractère décidé. Par le moyen de son travail et de son activité, il a pu fournir des terres à ses nom-

breux garçons, dont un, d’un bon et loyal caractère, exerce le métier de navigateur, comme son père.

Descendons maintenant uotre côte du cap qui, il faut bien l'avouer, n’a pas un roulage sans pareil, surtout dans les temps de pluie. Les gens de l'Ile peuvent en être con- ‘euts, c’est leur affaire. La partie du chemin que nous avons à parcourir jusqu’au point de notre départ, se trouve sur les bords du fleuve.

Voyez-vous cette maison abandonnée que voilà placée sur une charmante petite élévation f ? Vous ne sauriez croire combien sa vue me fait mal au cœur! Avant d’être prêtre, c'était une des maisons que je fréquentais avec le plus de joie et de bonheur! Là, dans cette mai.

son, rebâtie depuis et qui n’a jamais été terminée, demeurait la famille du Pere Elie Mailloux, dont la femme était une des plus dignes mères de famille que j'aie connues.

Permettez-moi de vous en parler un peu, car je me reprocherais de lais ser, dans l'oubli, une des personnes que j'ai vénérés avec le plus profond sentiment de respect.

Elie Mailloux était natif de Québec, d’une riche famille de la Basseville. Pendant le siège de Québec (1759), tout ce que possédait sa famille fut perdu. Il avait quatre fières qui se dispersèrent, d’un côté et d'autre, pour gagner leur vie.

E'ie Mailloux, homme de beaucoup d'esprit, possédait une instruction remarquable, pour le temps. Il des cendit, ainsi que mon grand père, Louis Mailloux, à la petite Rivière Saint-François, où ils avaient des parents, Peu de temps après, Elie Mailloux s’engagea à un bourgeois de la Baie des-Chaleurs, comme commis dans une grave. Il y fut quatorz2 ans. De làii revint à La Petite-Rivière et s’associa avec mon grand père pour faire l’école aux enfants.

t Ceci était écrit en 1869. Aujourd'hui (1871) cette maison est habité par Ulric Bouchard, nevou de B. Mailloux.

Ce fut là que Elie Mailloux se maria avec une fille de Bonaventure Dufour, homme à l'aise et d’une probité remarquable. Un an après son mariage, il descendit, avec sa femme à la Bair-Saint-Paul, et il s'engagea à M. Créquy, alors curé de cette p:roisse, pour avoir soin de la sacristie et gérer les affaires de M. le curé.

Ce fut pendant qu’il était au service de M. Créquy, qu’Elie Mailloux se décida à venir s'établir à l'Ile aux Coudres, où demeurait son beau frère, le colonel Joseph Dufour surnommé le grand-Bona, comme je l'ai dit plus haut. Il fit bâtir à la Pointe-des-Roches, une forte jolie maison sur un terrain de deux arpents sur douze f.

Traversé sur l'Ile aux Coudres, le père Elie Mailloux devint l’homme d'affaires des curés du Nord et de plusieurs bourgeois de Québec, et notamment des Messieurs Germain Larglois. Ces agences lui procurérent largement de quoi pourvoir aux besoins de sa famille. Mais l'appétit vient en mangeant, dit un proverbe. En faisant les affaires des autres, achelant et vendant pour les autres, il lui prit envie d'acheter et de vendre pour lui-même. Il établit donc un petit commerce sur l'Ile.

Mais ce fut son malheur, carilne pui longtemps faire honneur à ses affaires. Le père Elie Mailloux étant d'une honnêteté proverbiale, il ven dit tout ce qu’il possédait, marchandises, maison, emplacement, et put ainsi trouver le moyen d’acquitter toutes ses dettes.

Ne pouvant plus continuer son petit commerce, il prit le parti le plus sage et, en même temps, le plus propre à assurer l’avenir de sa famille. Il emprunta cing cents piastres de son beau-frère, Joseph Dufour, et acheta comptant, la terre où est bâtie la maison que je viens de vous indiquer.

t Sa maison se trouvait à l’endroit où est la croix, à l’angle du chemin qui remonte vers le sud, comme je l'ai ditailleurs,

Par son travail et l’aide que lui donnèrent ses enfants, il remboursa en peu de temps, l'argent qu’il avait emprunté de son beau-frère, et put trouver les moyens d'élever convensblement ses enfants et d'acheter des terres pour quatre de ses garç9ns, dont trois sur l'Ile et une à Cacou na.

Le père Elie Maïiiloux devint, en peu de temps, le confilent et l’appui des curés de l’Ile, qui surent apprécier sa sagesse, la régularité de sa conduite et surtout, son bon sens et son rare esprit de conciliation. Sa femme, Josephte Dufour, secondait en tout son mari, dans le soin des affaires de la maison et dans l’éducation des enfants, que cette femme admirable sut former avec un tel succès, qu’elle fit de tous, garçons et filles, de vrais modèles d’obéissance, de piété, de vertu et d’une conduite irréprochable ; presque tous les enfants de cette belle famille étaient remarquables par un esprit et des talents beaucoup au-dessus de l’ordinaire, entre autres Elisée, Pierre et Bonaventure et, parmi les filles, la femme de Louis Bouchard et celle de Jean Lapointe, la perle de cette famille.

L'exemple de soumission au père et à la mère, que j'ai vu dans cette famille, me faisait une telle impression que je ne revenais point de mon étonnement, chaque fois que j'allais dans cette msison. Mon Dieu, quel respect tous ces enfants avaient pour leur père et leur mère, auxquels ils n’adressaient jamais la parole sans se découvrir et sans faire apparaître sur leurs visages un aspect que je n'ai jamais vu dans d’autres enfants | La dénomination dont ils se servaient était: mon cher père, ma chère mère, et ce n’était pas une vaine dénomination.

Le père Elie Mailloux, assez long.

temps avant sa mort, établit sur le bien paternel un de ses fils qui portait le nom de Bonaventure. Ce Bonaventure Mailloux, que j'ai aimé à l’égal d’un frère, remplaça dignement son bien digne père, à

la maison paternelle. Oh ! combien il était aimable, joyeux, plein d’esprit, ce Bonaventure Mailloux ! Que de belles et charmantes journées j'ai passées avec lui ! Quel cœur, quel heureux caractère avait cet homme, un des plus dignes que jaie rencontrés pendant ma vie!

Toujours prêt à rendre service ; laissant tout pour obliger un ami; in dustrieux, adroit, vigoureux, ferme et d’une bonté d'âme et de cœur que je ne puis jamais oubher. Combien J'étais heureux d'entrer dans cette maison qu’aujourd’huif je vois abandonnée et tornber en ruine -

La famille de cet homme, admirable sous tous les rapports, était élevée, lorsque des malheurs étranges vinrent frapper ce noble cœur et l’abreuvèrent d’amertune. Ne pouvant plus vivre dans le chagrin et sansespérance d’un avenir plus consolant, Bonaventure Mailloux, quoique vivant à l’aise sur cette terre que lui avait donnée son excellent père, fut contraint de la vendre, je dirais pour un bouchée de pain, et quitta l'Ile, où il avait de si sincères amis, pour n’y plus jamais revenir ! Ce qui ne plonge dans une mélaincoiie qui me biise l’âme, c’est que cet homme est tombé dans une pnurie approchant la mendicité. Maintenant âgé dequatre-vingt cinq ou quatre vingtsix ans, il n’a jamais voulu abandonner ses enfants. Au milieu de privations de toute espèce, il est résigné, tranquille, soumis à ce qu’il appelle sa pénitence |

Je m'aperçois que je me suis ou blié, en parlant de cette famille. Il ne me reste qu’un moyen, c’est de demander pardon de cet oubli. Fai.

sons avancer notre bucéphale qui, vous le voyez, paraît content de se reposer pendant que nous parlons de choses qui ne doivent guère l'intéresser.

Nous voilà rendus à un petit pont

qui n'en cède guère aux autres, dans l'’anse de l’église, sur la ri-

t Ceci a été écrit en 1869.

vière rouge En considérant les choses un peu philosophiquement, on re peut trouver bien étrange qu’il soit dans l’état où nous le voyons.

Car à quoi doit servir un pont? Si ce n’est à passer un Cours d’eau, sans être exposé à s’y embourber.

Que peut-on exiger de plus pour l’usige qu’on en doit faire? Nous n’en serions guère mieux, s’il était construit en riches pierres polies, ou en marbre blanc, ou en bronze doré.

Dans la seconde maison, à notre gauche, sur cette élévation près de la côte qui horde l'anse de l’Ilette, demeurait la famille de Jean Lapointe, depuis quelques années émigrée à Saint Arsène, démembrement de la paroisse de Cacouna. C’est là qu'est né le 5 juillet 1822, M. Epiphane Lapointe décédé curé de Rimoutski en 1862.

Le père Jean Lapointe était un des plus parfaits chrétiens que j'aie connus. Jamais cet homme n’a dévié du droit chemin et, par une conduite aussi prudente que vraiment chrétienne, il a constamment su éviter de se mêler autrement dans les diffirents de la paroisse que pour réconcilier les hommes et ramener la paix. Le père Lapointe, chargé d’une très nombreuse famille, travaillait le jour et la nuit. Il ne savait jamais se ménager, et on aurait dit qu'il avait une occupation qui ne demandait pas un instant de délai, tant il se dépéchait de la terminer. Il courait presque toujours en travaillant.

Homme d’une grande foi, craignaut Dieu de toute la force de sa belle âme, remplissant ses devoirs de père chrétien, avec une fidélité parfaite, le père Jean Lapointe avait l’heureuse habitude de prier continuellement pendant son travail, Malgré qu'il eût un tempérament bouillant, 1l ne se fâchait jamais, car au premier mouvement d'impatience, il s’arrêtait tout court, pour se recommander à Dieu.

Comme tous les bons paroissiens, il aimait et vénérait son curé avec

une tendresse filiale. Jamais, non jamais, ret bomme ne disait une parole contre le respect qu’on doit au curé de sa paroisse et jamais aussi personne ne fut bien recu d’oser dire, en sa présence, la moindre parole de blâme ou de censure contre les prêtres. On doit encore se rappeler à l'Ile aux Coudres quels soins affectueux il eût pour M. Babin, pendant sa dernière maladie. Se hâtant de se débarrasser des ouvrages qu'il ne pouvait remettre à un autre temps, il courait avec empressement au presbytère et y passait les jours et une grande partie des ruits. On sait encore, à lTe, qu'il se dévoua, même après la mort de M. Babin, pour préparer tout ce qu'il fallait pour sa sépul ture.

Le bon et saint père Jean Lapointe est mort, il n’y a que quelques années, environné de ses enfants et de ses petits enfants, agenouillés auprès de son lit funèbre pour recevoir sa bénédiction patriarcale. Il était âgé de quatre-vingt-quatorz2 ans et mourut de la n'ort des amis de Dieu, laissant apres lui une nombreuse famile, de bons et vertueux enfants, dignes de lui et de ses exemples.

“ Le père Jean Lapointe, m'écrif* vait-on dernièrement, a été un # modèle d’édification, pendant toute “sa longue vie. Je me suis trouvé “à sa mort. Rien n'était plus éd'fiant.

“ Il avait eu le bouheur de recevoir ‘“ deux fois le Saint Viatique, c’est-à- ‘ dire, le jour de l’Ascension et le ‘# dimanche de la Trinité. Ilest ‘“ mort le jour de la Fète-Dieu, à ‘“ neuf heures du matin, en récom- ‘“ pense, je crois, de la grande dé- “ votion qu'il avait envers le très ‘ Saint Sacrement. Quelques heures seulement avant sa sainte mort il “ disait à sa pieuse épouse : Quand “jene pourrai plus me recommander à “Ja Sainte Vierge, tu le feras pour mo, Quelle touchante recomman- “ dation! Voilà le type d’un mariage ‘ vraiment catholique, ils sont une

“ même personne, ils travaillent “ l'un pour l'autre ! Ce que l’un ne ‘“ peut plus faire, l’autre le fera pour ‘“ Jui, en son nom, à sa place. Après ‘““avoir accepté cette mission, les ‘ prières de la bonne mère Lapointe ‘* éta ent au compte de son vieil époux “ mourant! Ilne pourra plus prier ‘ Ja Sainte Mère de Dieu, sa femme ‘ Ja priera en son nom! La vie des ‘ Saint at-elle rien de plus beau et ‘ de plus édifiant que cette scène ? ”

Marie Antoinette Mailloux, la

perle de la famille du vénérable père

Elie Mailloux, en tout digne d’être épouse d’un tel mari, est encore vivante, malgré ses quatre-vingt douze ans. Elle a conservé entières toutes les excellentes qualités de son intelligence. ‘ C’est une femme admirable et digne d’être reine, ” me aisait Monseigneur Baillargeon qui, dans une visite pastorale à Saint Arsène, avait été voir la famille La pointe, pendant quele bon père Jean vivait encore.

Depuis que je suis prêtre j'ai bien souvent visité cette famille de Jean Lapointe, pendant qu’elle demeurait sur l'Ile aux Coudres. Avec quelle expansion de joie et de bonheur celte admirable femme me recevait chaque fois! Elle avait toujoursune larme de joie à mon arrivée,tovjours une Jarme de chagrin, quand je partais. Et ces pleurs étaient, chaque fois, accompagnées de si belles et de si douces paroles, que je ne pou vais m'éloigner de cette maison, sans me relourner plusieurs fois pour regarder cette bonne mère La.

pointe, demeurée eur le seuil de la porte, me faisant de si gracieux sa luts, dont les larmes, s’échappant de ses yeux, disaient toute la sincérité !

A son départ de l'Ile aux Coudres, la famille Lapointe y a laissé de vrais et profonds souvenirs. C'était une famille modèle, que tous les habi tants de l'Île regardaient comme une bénédiction pour les autres fa milles de leur paroisse.

A Saint-Arsène, la sainte et admirable mère Lapointe est la reine

ES

de la maison. On ne fait rien sans la consulter, et toutes ses décisions, inspirées par une haute sagesse chrétienne, sont suivies avec le plus profond respect.

Quelqu'un, qui la connaissait bien et qui demeurait voisin de la famille Lapointe, me disait, ilya deux ans: “* Nous avons, à Saint-Ar- ‘“ sène, la mère Lapointe qui exerce “ un apostolat très-fructueux auprès ‘“ des jeunes gens de notre paroisse.

“ Apprend-elle que quelqu'un ‘d'entre eux ne se comporte pas “bien; elle le fiit demander, le “ corduit seul dans sa chambre, et “il n’en sort jamais, sans en avoir “ les larmes dans les yeux et le re- “ pentir dans le cœur. Une fois qu'il ‘est tombé entre les mains de cette “ sainte femme et qu’il a laissé pé “ nétrer dans son cœur, les paroles “d’une douceur, d’une charité et “ d’une force toute céleste, il reprend “Je chemin de la vertu pour ne le “ plus quitter. ” J’ai cru ce que me disait ce brave homme, parce que je n'ai nullement été surpris de ce qu'il m'’apprenait. Une femme comme la mère Lapointe, élevée et formée par une autre femme qui savait toute l’histoire sainte par cœur, est un instrument toujours efficace entre les mains de Dieu, qui le di rige pour le salut d’un grand nombre.

Aussi, combien je l’aime, je la respecte et je la véuère, cette bonne vieille mère Lapointe ! Aujourd’hui privée de la vue, qu'elle est grandeet vénérable par sa résignation à la sainte volonté de Dieu! Elle attend la mort avec hâte, afin d’aller rejoin dre le bon vieux Jean Lapointe, son mari, dans cette patrie des Saints où les cœurs s'unissent pour toujours, dans l’éternelle charité de Dieu!

Vous vous souvenez que nous avons coupé la pointe est de l'Ile, nous allons maintenant couper celle de l’ouest. La voilà à notre draite, mais hélas ! dépouillée de ses arbres qui la rendaient si mignonne, cette petite Ilette, La voilà aujourd'hui telle

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que la main de l’homme j'a faite ! Ici sur cette bande étroite, vous n’apercevez plus qu’un sable gris et des graviers qui, sans engrais, deviendra bientôt aride et improductive.

Oh ! qu'autrefois elle était belle, ma petite Ilette, quand couverte de ses épinettes et de s°s sapins, toujours verdoyants, elle était chérie par les petits oiseaux du bon Dieu, qui s’y donnaient rendez vous, à chaque printemps, pour y faire leurs nids, y élever leurs petits enfants, et les accoutumer à se percher sur le haut des arbres pour chanter leurs mélodies douces et suaves, au commencement età la fii de chaque jour ! Où sont-elles, maintenant ces charmantes petites créatures que tant de fois je suis venu entendre chanter, dans les heureux jours de mon enfance ? Quel n’a pas dù être leur chagrin lorsque, parties l’automne, avec leurs jeunes familles, pour aller chercher une région du globe plus convenable à la délicatesse de leurs organes, elles sont revenues, le printemps suivant, dans leur petite Zlette, et n’y ont plus trouvé leurs arbres, leurs nids, la verdure et l’ombrage qu'ils aimaient tant!

Sans peutêtre trop m’en rendre compte, je vous assure que je déteste à l'égal d’un mop»stre, sans cœur et sans entrailles, quiconque tue et persécute, de quelque manière que ce soit, les petits oiseaux de notre pays. Ils font de si longs voyages, ils s'exposent à tant de périls, ils souffrent tant de privations pour venir, chaque printemps, nou: rendre visite, nous récréer de leurs chansons, nous divertir, par leur gaie'é et leur agilité, réjouir notre vue par l'éclat et la variété de leur plu:

mage. Quel est l’homme assez dépourvu de raison pour n'être pas touché de la confiance qu’ils nous témoignent en venant fixer leur séjour auprès de nos demeures, dans nos vergers, partout Où nous voulons leur laisser un bocage, quelques arbres même pour y faire leurs

nids et y adresser. perché sur la cime des arbres, leurs chants au ciel!

On doit n’avoir pas oublié, au col lège de Sainte-Anne, l’insigne con fiance que lémoigna, dans les élèves, une merluche (merle) Elle avait d’abord fait son nid, assezloin du jeu-depelottes, dans le haut d’une épinette Une corneille, infâme brigande, en eût connaissance, etelle venait voler les œnfs de la pauvre petite mère, dans son nid, à mesure qu’elle les pondaïit. Désolée de ce brigandage, elle vint faire un autre nid, au nord du jeu-de-pelottes, dans une petite épinette, qui se trouvait sur le bord de la terrasse, où était un banc qui servait de siége aux écoliers, et d’où l’on pouvait la prendre avec la main. La pauvre petite mère était si assurée qu’elle n’avait rien à craindre que, quelque tapage que fissent les écoliers, elle ne se dérangeait jamais de dessus son nid.

Je me rappelle qu’étant encore enfant, j'avais été sur la grève pour aider à sauver du foin. Jetant, par hasard, la vue en l'air, j'aperçus une toute petite alouette que pour suivait un oiseau de proie, avec un acharnement imoitoyable. La pauvre petite montait, descendait, se sauvait avec un courage héroïque.

Mais le vilain brigand la gagnait vi siblement. Effrayée, pressée par son ennemi, elle n’en pouvait plus de fatigue lorsque je la vois descendre tout à coup vers moi, avec la rapidité d’un trait, puis venir se jeter à mes pieds, et me regarder fixément comme pour me d:mander protec tion. Je la pris dans mes mains, sans qu’elle témoignât la moindre crainte.

Comme son petit cœur battait fort!

Comme elle était trempée de sueurs!

Comme elle continuait de me regarder avec confiance | Je la flattai longtemps, cette chère petite créature qui semblait heureuse de mes ca resses. Je la laissai se reposer un peu et s'éloigner du méchant qui l'avait MR pour la dévorer, puis, ’embrassant comme pour la remer

cier de la confiance qu'elle avait placée en moi, je la laissai s’envoler dans les airs. IL m'a toujours semblé, depuis, que j'avais fait une bonne action, en lui accordant la protection qu’elle était venue me demander. Bi je l'avais tuée, je ne m'en serais jamais consolé. Pourquoi Dieu m'a t-il donné la raison et la force, si non pour protéger les êtres faibles qui viennent implorer mon secours |

Je viens de dire que je déteste, à l'égal d’un monstre, quiconque tue ou moleste les petits oiseaux, j: dois ajouter: sans motifs raisonnables. À ce propos, voici un fait que je livre aux réflexions de tous ceux qui se font un jeu de leur cruauté, envers les oiseaux :

Pendant que j'étais directeur du Collège de Sainte Anne, en 1837, j'étais parti en compagnie de plusieurs autres, pour aller visiter le Saguenay. C'était pendant le temps de vacances. Nous avions loué une chaloupe et un chaloupier pour faire notre voyage. Le trajet fut assez heureux jusqu’à Tadoussac.

Voulaut visiter le haut Saguenay, nous profitâmes d’un vent d'est qui semblait devoir nous y conduire en peu de temps. Mais, contre notre attente, le vent tourna à la tempête et une pluie diluvienne vint se mêler à la fureur du vent. Bien à contre cœur, nous fûmes forcés de nous arrêter à la Rivière-Sainte- Marguerite, mouillés comme des poules qu’on aurait jetées dans une cuvée d’eau. Quand nous miîmes le pied sur terre, il se faisait déjà tard.

A la façon des voyageurs expérimentés, nous fimes une tente avec ls voiles de notre chaloupe pour nous mettre à l'abri de l’orage et, après plusieurs essais infructueux, nous réussimes enfin à faire du feu pour nous faire sécher les os.

Ce contre-temps dérangeait complétement notre itinéraire. Après avoir passé une assez bonne nuit, sur des lits de sapin vert, nous primes le parti de w’aller pas plus

loin et de consacrer la journée à faire la pêche à la truite. Nous avions eu soin d'apporter un quart et du sel pour faire une grande salaison de truites du Saguenay. Mais la truite ne mordait que de butte en butte. C'était trop ennuyant pour des hommes en vacances, J'abandonnai donc et la pêche et ceux qui voulaient pêcher; je ris mon fusil et me décidai à faire a chasse aux pies, dont un grand

nombre, alléchées par l'odeur de la | là

cuisine, passaient et repassaient sans cesse auprès de notre marmite.

Je m'étais placé sur une pointe où elles devaient venir et j’en tuai une assez grande quantité, que je ne me donnai pas le trouble de ramasser, pour l’excellente raison que la chair de cet oiseau est fort mauvaise à manger. Rassassié de ma superbe chasse, je mis mon fusil de côté et je laissai en paix les heureuses pies qui n'étaient pas tombées sous les coups de mon plomb meurtrier.

C'était un vendredi. Ne voulant pas perdre la messe le dimanche, nous pliâmes bagage, et rembarquâmes dans notre chaloupe, le samedi matin, pour descendre à ‘l'a.

doussac, où nous devions trouver ce qu'il nous fallait pour dire la sainte messe.

Le mardi suivant, nous primes congé du bourgeois du poste, qui nous avait reçus et traités avec une grande bienveillance ; nous remontâmes le long du rivage jusqu’à la Baie des Rochers, pour y passer la nuit. Le lendemain nous faisions la traversée par le bas de l'Ile aux.

lièvres pour nous rendre à Saint-An-|8

dré d’où nous etions partis. Comme on se l’imagine bien, J'avais complétement oublié mes pauvres pies de la Rivière Sainte-Marguerite. Mais, voilà qu’en abordant au rivage, un

assez grand nombre de pies (six à|Y

huit, je crois) apparaissent sur la grève, au moment précis où j'y mettais le pied, et s’éloignent ensuite.

D'où venaient-elles ? Je n’en sais absolument rien.

Après avoir passé quelques jours avec M. Flavien Leclerc, curé de Saint-André, je louai une chaloupe pour me faire traverser à l'Ile aux Coudres. Mais à mon grand étonnement, voilà qu’en accostant le rivage de l'Ile, le mème nombre à peu près de pies viennent m'y recevoir et, dès que je suis débarqué, s’éloignent aussitôt. D'où venaient-elles? Encore une fois, je n'en sais absolumentrien. Mais toujours elles étaient

Je passai très-peu de temps à l’Ile aux Cuudres, et je pris mon bon ami Bonaventure Mailloux et un de ses neveux pour me conduire, par eau, jusqu’au Cap-Tourmente. Partis avec le commencement de la marée montante, nous arrivâmes au Cap à marée haute. Mais, encore ici et, pour la troisième fois, voilà les pies, le même nombre je crois, qui viennent à ma rencontre au moment où je mets le pied sur le rivage, et s'éloignent dès que je suis sur le sable. D'où venaient-elles ? Je n’en sais encore absolument rien. Ce que j2 sais, c’est que j'étais dans un grand étonnement,

La chaloupe retourna à l'Ile aux Coudres avec la marée baissante.

Quant à moi, je me rendis à la première maison, où je louai une voiture pour me faire conduire chez M. le curé de Saint Joachim, où je passai la nuit, non sans être fraçpé de l'apparition soudaine de ces pies qui se présentaient à chaque rivage où j'abordais, depuis la guerre meurtrière et insensée que je leur avait faite à la Rivière-Sainte-Maruerite.

Le lendemain matin je dis adieu au vénérable curé de Saint Joachim (M. Bssserer) ; je louai encore une voiture pour me faire conduire à Québec, dernier terme de mcn voage.

J'espérais bien être débarrassé erfin de la vue de ces oiseaux, lorsqu’en arrivant au pont de la Rivière- Saint-Charles, mes pies, oui bien certainement mes pies, vinrent se poser

sur lesgardee-corpsdu pont, au grand | étonnement de tous ceux qui le traversaient et qui s’exclamaient à la, vue de mes pies, qui, cette fois encore me laissérent passer, sans s’effrayer du tumulte, et puis s’éloignèrent, comme elles avaient fait ailleurs.

J'ajoute que, denuis cette quatrième fois, je ne les ai rencontrées nulle part ailleurs, mais je vous assure que je n’en ai Jamais perdu le souvenir.

Voilà l’histoire de mesyies, racontée en toute sa vérité. Il ne s’agit pas de la nier ou äe dire que je ne les ai point vues, ni à £zint-André, ni à l'Ile aux Coudres, ni au Cap Tourmente, ni sur les gardes-corps du pont de la rivière Saiut-Charles: ce serait peine perdue. Car ce faita eu lieu en plein jour; j'avais une trèsbonne vue et je ne rèvais certainement pus. Si je ne les avais vues qu’une seule fois, il n’yaurait rien de bien étonnant, mais quatre fois, au moment cù j'arrivais sur une plage étrangère, dans un même voyage, accompagné d’arrêts plus ou moins longs. Co serait donc folie de nier un tel fait. Qu'on essaye plutôt de s’en rendre compte; c’est le seul parti raisonnable.

Pour ma part, je suis convaincu que l'apparition soudaine de ces oiseaux, n’était pas un châtiment, puisqu'ils n’ont fait aucune démons tration hostile contre moi, mais plutôt un avertissement de ne plus me servir de ma raison et des moyens que j'avais pour tuer ces pauvres petites créatures, dont je ne pouvais tirer aucun profit ; tandis qu’elles ne nuisent à qui que ce soit et qu’elles ont le courage de subir la rigueur de nos hivers pour ne point abandonner leur pays d'adoption. Depuis cet avertissement, que je crois m’avoir été donné par la Providence, je me suis bien donné garde d’oublier que mon créateur ne m'avait

pas doué de raison pour me faire un amusement insensé de détruire, pour un vain plaisir, des créatures qu’il

n’a pas faites pour me servir de jouet.

Je vous prie de ne pas passer sans remarquer cette haute bulte quiter mine la pelite Jette, dont je vous ai parié un peu plus haut: la voici, à notre gauche, toute près du chemin où nous passons, Je veux vous en parler, pour la raison qu’elle a été fort célèbre dans le temps où l'Île aux Coudres était le rendez-vous d’un grand nombre de gibiers. Les aunes, au nord et au sud de la petite Llette, sont remplies de mares dont l'eau est sans cesse renouvelée, soit par les hautes marées, soit par les pluies. C'était là que les canards et les sarcelles venaient s’abattre pour y manger les racines des herbes qui poussent au fond de ces mares peu profondes. Du haut de cette 2e on peut apercevoir la superficie de toutes ces mares et tous les gibiers qui s’y seraient posés.

Dans le temps de la chasse, à la petite pointe du Jour, les chasseurs grimpaient sur cette butte pour 8’y embusquer. Et là, les jambes croisées, un bras appuyé sur leurs fusils, ils inspectaient de leurs regards pergants toutes ces mares, les unes après les autres, et pas un gibier ne pouvait se dérober à leur vue. Une fois découvertes par le regard du chasseur, les pauvres volatiles ne manquaient jamais de recevoir du plomb qui mettait fin à l’existence de plusieurs. Celles qui avaient échappées à cette mitraille allaient se placer dans une autre mare, où un autre chasseur les attendait pour réparer la faute du premier tireur.

Oh ! si le bon Lafontaine eût vécu alors à l’Ile aux Coudres, ces oiseaux n’eussent pas manqué de venir lui demander de leur dresser une requête pour que quelqu'un d’entreeux put aller implorer protection contre ces chasseurs inhumains.

Mais n'ayant jamais trouvé personne pour leur aider à faire entendre leurs raisons, aujourd’hui encore le petit nombre d’entre les survivants qui se hasardent à venir chercher

leur nourriture dans ces mares, où tant de leurs devanciers ont perdu la vie, subissent le même sort Avant peu d'années, il est probable ue les chasseurs de lIle aux oudres ne se serviront plus de leurs fusils pour faire la guerre aux canards et aux sarcelles, dont quel ques-uns seulement apparaissent sur l'Ile ou n’y font plus que passer.

À plusieurs reprises, je vous ai déjà fait remarquer diverses singularités dans la conformation de l'Ile aux Coudres. En voici encore quelques unes, que je ne dois pas manquer de vous signaler.

Je vous ai déjà parlé des trois avancements qui forment le bout ouest de l’Ile. Mais ces trois avance.

ments, la Pointe de l’Ilette, où nous sommes, la Pointe-à-Antoine que nous voyors devant nous, et la Pointe des-sapins que nous verrons bientôt, sont munis, chacune d'elles, vers l’est, et en arrière, de caps qui semblent avoir été placés là comme pour leur servir de contre-forts.

N'est-ce pas une singularité qu’on ne rencontre peut-être nulie part ail leurs qu’à l'Ile aux Coudres. Considérez ces contre-forts et vous vous apercevrez, qu'ils sont d'autant plus solidement construits et que leurs bases s'étendent d'autant plus loin qu'ils semblent devoir être exposés à soutenir un plus grand choc. Suivez-moi, et vous allez voir que ma remarque est appuyée sur des faits visibles.

10. Considérez la Pointe de l'Ilette, où nous sommes. Vous voyez qu’elle s'étend au loin vers l’ouest. A son extrémité, elleest défendue par deux gros et solides rochers qui la protègent contre toutes les attaques possibles. Fortifiée par ces deux masses de pierres solides, le pilier et la charge, elle n’a tout au plus besoin que d’un faible contre-tort.

Considérez maintenant cette butte que j'appelle son contre-fort. Elle est placée à une distance d’au moins dix arpents du gros pilier; elle est très étroite, et presque entièrement

composée de terre légère, ou de tufs mêlés avec cette terre, qui n’offrent que peu de résistance. Ce n’est pas tout. Cette butte est isolée du rem part qui borde l'Ile, et sa base ne se prolonge vers l’est que d'environ deux arpents et demi, où elle s’abaisse au niveau des terrains qui forment les fonds. Ici, la force de résistance est concentrée à la Pointede-l’Ilette, et elle n’a besoin, tout au plus, que d'un faible contre-fort, tel que vous l'offre cette butte.

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