‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 11 sur 85 · En · texte numérisé non relu

En

là hermétiquement fermé. Pendant que le ministre de la reine Victoria, sir Rutherford Alcock, négociait avec le shogun sur les terrains à concéder aux Européens, ceux-ci, de leur propre autorité, choisirent pour y ériger des magasins et des maisons une plage presque déserte, non loin d'un petit hameau de pêcheurs appelé Yokohama : à travers la plagç. Cette localité avait sur le lieu recommandé par sir Rutherford l'avantage incontestable d'être plus accessible aux bâtiments que tout autre point du golfe de Yedo. Les ministres japonais favorisaient ce choix, car, encadré par la mer et un marais, par une petite rivière et un canal, ce lieu leur semblait réunir toutes les conditions voulues pour être aisément transformé en un second Detsima, c'est-à-dire en une prison. Cette arrière-pensée n'avait pas échappé à sir Rutherford, mais il dut enfin céder aux clameurs de ses nationaux et à la force des circonstances. On croit, en général, que la sécurité du moment ne sera jamais troublée, et on se rit un peu des répugnances et des sinistres prévisions de l'ancien ministre d'Angleterre. Parce qu'aucun résident n'a été massacré dans ces dernières années, on se sent aussi sûr que si Ton habitait Charing-Cross ou le Strand. Il paraît que c'est dans la nature humaine. Quand il a fait beau pendant un mois, beaucoup de gens ne croient plus au mauvais temps. A la fin de la longue et heureuse époque de paix qui a séparé les deux Napoléons, il se trouvait des hommes sérieux qui ne croyaient plus à la possibilité de la guerre. Elle était, disaient-ils, incompatible avec le degré de civilisation que le genre humain avait

atteint. Si vous en doutiez, vous étiez un visionnaire, voire même un homme dangereux. C'est dans cette disposition d'esprit que j'ai trouvé les Yokohamois. Je désire que les événements donnent raison aux optimistes et tort au prudent sir Rutheri'orxl.

La ville à peine bâtie fut, il y a cinq ans\ presque entièrement détruite par un incendie. Aujourd'hui on ne voit plus trace du désastre. C'est un parallélogramme traversé, de l'ouest à l'est, par trois grandes artères avec lesquelles se croisent des rues de moindre importance. Le long de la mer, parallèlement aux grandes voies, s'étend le Bundj une rangée de belles maisons, flanquées ou précédées de petits jardins. Dans la partie orientale est le quartier indigène qui se prolonge vers le nord. A l'entrée, on voit le palais du gouverneur japonais, situé au coin de Curio-street qui est la prolongation de Maiîi-street, et contient les boutiques où l'on vend des bronzes, des laques modernes, des vases et d'autres curiosités. A l'extrémité, une porte et un pont soigneusement gardés par des troupes indigènes mènent au dehors et dans le village qui a donné son nom à la ville. Il gravit péniblement une colline et descend de l'autre côté dans la plaine. Une double rangée de maisons suit la route qui, à peu de distance, rejoint le Tokaido, la grande chaussée royale de Yedo. Pour se donner le spectacle d'un courant d'êtres humains de tout âge et de toute condition, on n'a qu'à se promener entre Kanagawa

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