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et Kawasaki. Autrefois c'était faire acte de bravoure ou plutôt de témérité; aujourd'hui il n'y a pas de danger. Cette partie du Tokaido perdra bientôt son animation et sa physionomie. Un chemin de fer dont les travaux sont déjà fort avancés, réunira la capitale avec Yokohama*. A l'ouest de la ville européenne, au delà de la petite rivière, senties célèbres bliiff:;^ des hauteurs qui, se détachant des collines environnantes, avancent vers la mer; dans les dernières années, elles se sont couvertes d'un grand nombre de jolies maisons. On y voit rhôtel inoccupé de la légation d'Angleterre, la maison du juge anglais, les habitations de plusieurs résidents européens et am.éricains, et les légations de quelques gouvernements étrangers. La plupart de ces édifices sont entourés de beaux arbres et jouissent d'une vue magnifique : vers le nord, au-dessus des colUnes de la côte, le grand volcan, le Fujiyama; vers l'ouest et le sud, le Pacifique; vers le levant, le long et boisé promontoire et la blanche ligne des maisons de Kanagawa. Au pied des bluff's est la caserne française, et au sommet les baraques des troupes anglaises. On sait que, à l'occasion des troubles intérieurs, le gouverneur de la ville ayant déclaré aux agents diplomatiques qu'il ne pouvait plus répondre de la sécurité des Européens, Tamiral français Jaurès fit débarquer des troupes de marine, et qu'un régiment de ligne fut envoyé de
1. Une section de la voie a été ouverte avec grande pompe le 12 juin 18";2. Aucun incident fâcheux ne vint troubler la solennité, si ce n'est que le principal personnage dé la fête, le premier ministre Sanjo, fut oublié dans la salle d'attente.
Hongkong. Cette occupation, avec certaines modifications, dure encore, et a, ce me semble, quoi qu'on en puisse dire, sa raison d'être.
La vie commerciale se concentre dans la ville basse. Là se trouvent les grandes banques, les comptoirs des principales maisons, les bureaux des trois compagnies de navigation à vapeur, des ma gasins et des boutiques plus ou moins abondamment fournies, et un grand nombre de buvettes.
Tous ces établissements témoignent des eflorts en partie couronnés de succès, qu'on a faits pour transformer la factorerie à peine née en un des grands emporiums de l'extrême Orient. Cependant des symptômes de malaise sont évidents. Il est plus difficile d'en découvrir les causes. Il est clair qu'ici comme en Chine on est déjà loin de l'âge d'or, des profits soudains et fabuleux. L'affluence des négociants européens et américains, l'établissement de nouvelles maisons, et même la concurrence de plus en plus sensible des Chinois, expliquent ce fait dans une certaine mesure. Il y a aussi les fluctuations inhérentes aux mouvements du commerce et les contre-coups des derniers événements d'Europe. Toutefois le commerce direct avec l'étranger augmente constamment; mais, depuis deux ans, les Anglais font moins d'affaires. J'entends beaucoup d^ plaintes, et cela se conçoit. On n'est pas veni* s'exiler aux antipodes et courir les chances du climat pour travailler beaucoup et gagner peu. Mieux aurait valu rester chez soi. On a été attiré par la perspective brillante d'une grande fortune rapide-
ment faite. Ces illusions s'évanouissent; de là les mécontentements.
Je ne me permets, naturellement, aucun jugement sur une matière que je n'ai pu approfondir. Mais je crains que les calculs et les espérances de quelques négociants étrangers ne se fondent sur des suppositions qu'une connaissance plus exacte des ressources du pays ne justifierait guère. Le peuple japonais semble heureux et content des conditions où il se trouve, ou plutôt où il s'est trouvé jusque dans ces derniers temps. La misère est presque inconnue, mais le luxe Test aussi. La simplicité des mœurs, une frugalité extrême, l'absence des besoins que l'Europe pourrait et voudrait satisfaire, sont, il me semble, autant d'obstacles à un vaste échange des produits de l'industrie européenne contre les produits du Japon. Le thé de ce pays n'est pas goûté chez nous, et, depuis que les meilleurs œufs de vers à soie sont exportés en Lombardie, les soieries japonaises ont perdu de leurvaleur. Restent les mines, qui peut-être recèlent des trésors. Mais, dans l'état actuel, ni le peuple ni le pays ne sont riches. Sauf les cotonnades anglaises, les habitants n'éprouvent aucun besoin des articles européens, et il en serait autrement, qu'ils n'auraient pas les moyens de les payer. Tout cela, il est vrai, peut se modifier; seulement ce ne sera pas en un jour. Des générations se succéderont avant que de pareils rêves puissent se réaliser. Les ministres actuels tendent vers ce but ; ils avancent à pas de géant. La nation, quand bien même elle voudrait les suivre, ce qui n'est pas prouvé, le pourrait-elle ? Cela
est au moins douteux. Les négociants européens l'espèrent, parce qu'ils le désirent; ils applaudissent aux réformes, car ils se promettent d'en tirer parti. Mais des esprits non prévenus, des hommes fort versés en pareille matière, craignent au contraire que ces innovations improvisées et dispendieuses ne deviennent pour le pays une source d'appauvrissement, et que le commerce étranger, bien que très-considérable, ne touche à l'extrême limite où, dans les circonstances données, il soit possible d'atteindre.
Les documents officiels pour Tannée 1870 constatent sur l'année précédente une augmentation notable du commerce étranger avec le Japon. En chiffres ronds, les importations dans les cinq ports dess traités représentent la valeur de plus de trente et un millions de dollars * ; les exportations, celle de plus de quinze millions; total quarante-six millions deux cent soixante-trois mille dollars. L'importation des cotonnades, presque exclusivement anglaises, arrive au chiffre énorme de sept millions de dollars ; les étoffes de laine, à celui de deux millions; mais le chiffre total des importations de marchandises européennes et américaines n'est que d'un peu plus de treize millions; tandis que, par suite des mauvaises récoltes des deux dernières années, on a importé de la Chine pour plus de dixhuit millions de dollars (!) de denrées, comme riz, coton, sucre, pois et huile. Le Japon a acheté du riz pour douze millions de dollars. De là vient la