En 18G
Nous sommes à l'entrée de la baie de Nagasaki. Une haute et longue montagne forme comme un rideau vert, derrière un dédale d'îlots. L'un d'eux, un pan de muraille couronné d'arbres, est le Papenberg. C'est du haut de ce rocher que quatre mille chrétiens ont été précipités dans la mer'. C'est ici qu'a été noyée la véritable civilisation du Japon. Aujourd -lui le Papenberg est le rendez-vous et le but de promenade des résidents européens de Nagasaki. « Nous y faisons nos pique-niques, » me disait l'un d'eux. Des quatre mille martyrs il n'avait aucune souvenance.
A cinq heures le New-York jette l'ancre sur la rade de Nagasaki, La ville se présente en amphithéâtre. A l'est est le quartier des Européens, gagné sur les eaux de la baie à la suite de travaux considérables. Dans des positions culminantes, on voit l'église catholique flanquée d'un acacia gigantesque, et l'imposant édifice du consulat d'Angleterre. Au fond est Deshima, l'ancienne factorerie hollandaise, et, derrière cet îlot, la ville indigène, le tout encadré de hautes et vertes montagnes. La mer ressemble à un lac. Plusieurs navires de guerre étrangers, des bâtiments de haut bord, et un grand nombrede djonques animent la rade.
J'ai laissé l'automne à Yedo et à Hiôgo; ici je retrouve l'été. Assis sur le pont de notre steamer, aspirant avec délices un air tiède et embaumé, nous jouissons de l'indescriptible beauté d'une nuit presque tropicale. La brise nous amène, avec les