‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 31 sur 85 · En · texte numérisé non relu

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parfums de la forêt, des sons de musique. C'est la bande de la frégate cuirassée r Océan, qui joue le God save the queen, l'invitation à la valse de Weber, des contredanses. Nous sommes émus et charmés. C'est comme un souffle d'Europe. —

(1" octobre.) Fait le tour de la ville. Les magasins et dépôts des négociants européens, aujourd'hui fermés, à cause du dimanche, occupent la partie basse du quartier des étrangers. Leurs maisons, entourées de jardins, rampent dans les sinuosités des gorges ou couronnent les hauteurs. Ici, comme à Yokohama et à Hiôgo, on se plaint d'une stagnation dans les affaires. En revanche, les escadres anglaise, française et américaine des mers chinoises, visitent souvent le port, et les steamers de la compagnie du Pacifique le touchent régulièrement.

L'église, desservie par des prêtres appartenant aux Missions étrangères de Paris, est remplie de matelots et de soldats de la frégate anglaise. Au reste, trois hommes en bourgeois, moi compris, et pas une femme.

L'ancienne factorerie hollandaise de Deshima* peut se parcourir, dans toute sa longueur, en moins de trois minutes. Sa largeur n'est que de quelques pas. A l'exception de la maison occupée aujourd'hui par le consul des Pays-Bas, toutes les autres sont postérieures au dernier incendie qui, il y a treize ans, a entièrement détruit les édifices de l'an-

1. Fondée en 1638 et supprimée à la suite des traités de 1858, qui ont ouvert le port de Nagasaki à toutes les nations.

cien établissement, ou plutôt de l'étroite prison des négociants hollandais. Ces hommes n'osaient jamais la quitter, et étaient constamment gardés à vue. On connaît le triste rôle que les membres de la factorerie ont joué au temps des persécutions contre les chrétiens. Il s'explique par des antipathies religieuses et politiques — les États Généraux étant alors en guerre avec la couronne d'Espagne, qui avait en outre pour sujets les missionnaires, — par des rivalités commerciales, par le désir d'évincer les Portugais qui possédaient encore des comptoirs florissants sur différents points du Japon. D'après quelques auteurs catholiques, les marchands hollandais auraient indirectement contribué à l'extermination des chrétiens catholiques étrangers et indigènes. Ce fait n'est pas constaté; ce qui semble certain, c'est que les Hollandais n'ont cessé d'exciter les méfiances des shoguns contre les missionnaires, en accusant ceux-ci d'être des agents politiques de l'Espagne, chargés de préparer les esprits à une invasion méditée par le roi. Sous ce rapport, une grande part des maux atroces qui ont fondu sur les apôtres et sur leurs néophytes tombe à la charge de la Hollande. Pour n'être pas enveloppés dans la ruine des chrétiens, ils s'évertuèrent à faire comprendre la différence qu'il y a entre leur communion et la religion catholique. C'est ainsi qu'ils obtinrent et exercèrent pendant plus de deux siècles le monopole très-lucratif du commerce avec l'Europe. En revanche, leur demeure était une prison, leur existence un supplice. Le magique pouvoir de l'or peut seul expliquer comment ils ont pu se

soumettre à de telles tortures. Tous les quatre ans, une sorte d'ambassade d'obéissance devait être envoyée à Yedo auprès du shogun et quelquefois auprès du Mikado. J'ai déjà nommé le médecin allemand Engelbert Kaempfîer, employé, comme on sait, à la factorerie de Deshima, et devenu célèbre par son excellent livre sur le Japon K II nous a laissé un récit palpitant de l'une de ces missions dont il a fait partie. A en juger par l'exactitude qu'il apporte dans la description des localités, et que j'ai pu vérifier sur les lieux, sa véracité est indubitable. Le délégué ou ambassadeur de la factorerie et sa suite voyageaient dans des norimons fermés et étaient constamment traités comme des prisonniers d'État. On les entourait de certains honneurs, mais, sauf de rares exceptions, on les empêchait de rien voir Il fallait à Kaempfîer des prodiges d'adresse pour observer, prendre des notes et faire furtivement lesdessins qu'il donne dans son ouvrage. Introduits en présence de l'empereur — shogun ou mikado, — que cependant ils ne voient pas, car il se tient avec limpératrice derrière un grillage, les membres de l'ambassade, sauf le chef qui en est dispensé, sont forcés d'exécuter une sorte de représentation théâtrale. Ils doivent causer dans leur langue, se dire des injures, feindre des rixes, faire l'ivrogne et exécuter des danses. On a affirmé qu'ils étaient aussi obligés de marcher sur la croix. Kaempffer n'en dit rien, et, jusqu'à preuve du contraire, il n'est que juste de repousser cette accusation. Mais

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