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encore des associations entre gens de la même caste. Elles ont pour but une pensée de défense mutuelle, de charité, de secours aux opprimés. On entend dire dans le cjuartier européen de Yokohama que tout cela c'est de l'histoire ancienne, que la féodalité et la chevalerie ont fait leur temps, qu'elles sont usées. Je reviendrai plus bas sur ces assertions. Mais, quoi qu'on dise ou pense du système féodal en général, et des institutions qui ont jusqu'à présent régi le Japon, il y a un point sur lequel tout le monde est d'accord. Au moment de l'arrivée des Européens, et jusque dans ces derniers temps, le peuple était heureux et content. Sauf les revenus énormes des grands daimios, absorbés d'ailleurs par les charges de leur position, et formant en quelque sorte le bien commun du clan, il y avait peu de grandes fortunes et peu de pauvres.. Bien que de nombreuses classes fussent armées, il se commettait, comparativement, peu d'actes de violence. L'histoire japonaise ne connaît pas d'horreurs semblables à celles qui furent commises en Chine parles Tae-pings. L'ordre public a été rarement troublé au Japon. La vie et la propriété s'y trouvent mieux garanties que chez aucune autre nation païenne. La culture du sol, le développement de certaines branches dindustrie, le goût et la pratique des arts témoignent d'une ancienne civilisation. Sans doute cette civilisation est imparfaite, parce que les lumières et les bienfaits du christianisme lui font défaut. Des coutumes barbares ternissent l'esprit de chevalerie et le sentiment d'honneur qui distinguent ce peuple. Des superstitions grossières obscurcissent et entravent les aspirations

des ailles, mal satisfaites par les doctrines du bouddhisme, qui est la religion de l'immense majorité du peuple. Le scepticisme a envahi et énervé les classes supérieures. La famille forme la base des institutions politiques de l'État; mais la femme, quoique plus libre et plus respectée que dans aucune autre société païenne, attend encore son affranchissement *. De là un déplorable relâchement des mœurs ; mais les vices honteux qui souillent le peuple chinois sont moins répandus au Japon. Le respect de l'autorité paternelle, la fidélité au chef du clan, qui est le père de famille commun de tous les membres de ces groupes historiques, la bravoure, la mort volontaire quand l'honneur l'exige, étaient et sont les vertus les plus appréciées et les plus répandues de cette nation gaie, polie , insouciante , chevaleresque et aimable.

Que l'abolition du shogunat qui , durant tant de siècles, a rempli dans l'État une si large place, dût laisser une profonde lacune; que le pays, avant de pouvoir la combler, dût traverser des crises et des troubles, c'est ce qui n'était guère douteux ; mais personne ne pouvait prévoir l'étendue des bouleversements qui en ont été la conséquence.

La guerre civile à peine terminée, ses auteurs principaux, ceux qui avaient médité et accompli la perte du shogun, les princes de Satsuma, Choshiu, Tosa et Hizen , adressèrent au Mikado une pétition rédigée et en partie inspirée par un simple samurai

1. Au Japon le mari renvoie sa femme simplement, et en donne avis au chef de son clan. Cette formalité remplie, il se considère comme légalement divorcée

du prince de ChoshiUj nommé Kido, aujourd'hui un des membres les plus influents du conseil de l'empereur. Dans cette mémorable pièce, ces grands princes offraient au Mikado leur territoire et leurs hommes, de guerre. C'était demander leur propre destruction. Les non-initiés n'en croyaient pas leurs yeux. L'offre fut acceptée. Les autres daimios, à l'exception de onze , qui d'ailleurs ne tardèrent pas à se résigner au sort commun, suivirent l'exemple des quatre princes. Dès lors le gouvernement du Mikado, avec une hardiesse inouïe, s'engagea dans la voie des réformes. Les titres de daimio, seigneur feudataire, et de kugé, noble de cour, furent abolis et remplacés par la désignation vague de katsoku, noble. Les daimios furent laissés à la tête de leurs clans, mais seulement à titre de gouverneur relevant du conseil impérial. Quelque temps après, un changement ministériel eut lieu \ Les meneurs de la révolution de 1868, Iwakura et les principaux agents des quatre princes, qui jusqu'alors agissaient dans la coulisse, furent amenés en scène. Ils composent maintenant, avec Sanjo et Saigo, le ministère et le conseil du Mikado.

J'ai noté plus haut les principaux actes du nouveau gouvernement, tels qu'ils m'ont été communiqués et expliqués par leurs auteurs : l'abolition des hans, villes et territoires féodaux, transformés en kem, villes et territoires relevant directement de la couronne. C'était, d'un trait de plume, détruire dans tout l'empire la constitution féodale. Cette mesure

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