‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 45 sur 85 · bignôen · texte numérisé non relu

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tallation permanente des blancs. Aujourd'hui les fièvres paludéennes ont presque disparu ; bientôt la prédiction de M. Medhurst se réalisera, et Shanghai sera une des villes les plus saines de la Chine.

L'organisation intérieure de la factorerie offrait des difficultés d'un autre genre. On avait à ménager les susceptibilités des autorités impériales, les préjugés du peuple chinois, les jalousies nationales entre les résidents anglais, français et américains, enfin à faire appel à l'esprit et à l'instinct autonomes si profondément enracinés chez la race anglosaxonne, mais comparativement peu développés chez les Français. On avait espéré d'abord former un seul établissement cosmopolite. Ce projet échoua contre les répugnances justifiées, je crois, du gouvernement français. Les Américains, après de longues hésitations, finirent par consentir à une incorporation complète de leur concession dans celle des Anglais. Sir Rutherford, alors M. Alcock, consul général britannique à Shanghai, plus tard successivement ministre au Japon et en Chine, de concert avec ses collègues de France et des États-Unis, eut le mérite d'élaborer et de faire adopter par les possesseurs du terrain une constitution qui, modifiée dernièrement dans un sens plus libéral, régit aujourd'hui les settlements anglo-américains *, mais qui, à l'égard de la concession française, a dû subir de profonds changements.

1. En 1854. Voir pour les détails : The treaty ports of China and Japan, par W. F. Mayers, N. B. Dennys et Ch. King, et les correspondances officielles publiées par le gouvernement français.

L'empereur étant le propriétaire du sol, ceux qui ont acquis des terrains ne sont, aux yeux de la loi chinoise, que des usufruitiers. Ils le sont devenus en vertu d'un bail à perpétuité, stipulant une redevance nominale payable au gouvernement. C'est à ces conditions qu'il est loisible aux sujets des puissances signataires des traités conclus avec la Chine d'acquérir des terrains dans les limites des concessions et, exceptionnellement, au dehors dans un rayon de quelques milles. Les contrats d'achat entre Chinois et étrangers sont déposés aux consulats respectifs, qui remettent à l'acquéreur un certificat, lequel, dûment légalisé parle taotai (le gouverneur, proprement dit le chef de cercle, toujours un gros personnage appelé Excellence), tient lieu de titre de propriété.

Dans la concession anglaise et américaine, la tâche des consuls, à part les fondions judiciaires, est purement négative, et se borne à l'obligation d'examiner si les actes de la municipalité ne contreviennent pas aux stipulations des traités de Tien-tsin, Le summa rerum est confié à un conseil municipal composé d'un président et de six membres élus tous les ans par les propriétaires fonciers et autres résidents ayant le droit de participer à cette élection. C'est ce conseil, responsable envers le corps électoral, qui distribue et perçoit fimpôt, se charge de la construction et de l'entretien des jetées, ponts et chaussées, engage et solde une force de police dont la tâche, en dehors des devoirs de l'édilité, est de veiller au maintien de l'ordre public. Soixante-dix hommes choisis dans la troupe constabulaire de Londres

suffisent à la peine. Les officiers de ce corps, comme tous les employés civils, sont nommés par la municipalité. Bien que les concessions étrangères comptent aujourd'hui une population chinoise de soixante-dix mille âmes, la tranquillité et la sécurité ne laissent rien à désirer.

La justice, pour les sujets britanniques, est rendue en première instance par les consuls et en dernier ressort par la cour suprême de Shanghai ; pour les autres résidents étrangers, par leurs consuls respectifs investis de pouvoirs judiciaires. Toutes les dépenses sont à la charge de la communauté. Le gouvernement n'y entre absolument pour rien.

On est aussi parvenu, non sans peine, à régler d'une manière simple et pratique les relations des résidents avec les autorités locales et l'intervention de celles-ci dans certains cas très-fréquents et souvent délicats et complexes où il s'agit de procès intentés au civil contre des résidents chinois, ou de délits et crimes commis par des Chinois sur le terrain des concessions.

Telle est la constitution qui régit le seulement anglo-américain, devenu aujourd'hui cosmopolite. Elle se distingue essentiellement du règlement de l'organisation municipale de la concession française ^ . En vertu de cet acte, le corps municipal se compose du consul de France et de huit conseillers municipaux dont quatre français et quatre étrangers, les uns et les autres élus par une assemblée électorale dont le consul donne et revise la liste. C'est encore le

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