‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 46 sur 85 · Publié en · texte numérisé non relu

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consul qui convoque cette assemblée, qui convoque aussi le conseil municipal, qui le préside et qui a le droit de le suspendre, sauf à rendre compte de sa décision au ministre de France à Pékin, lequel, le cas échéant, en réfère au ministre des affaires étrangères à Paris. Le conseil délibère sur le budget des recettes et dépenses municipales, sur la répartition des taxes, le recouvrement des impôts, etc., sur les projets de construction d^édifices publics, sur les travaux d'assainissement ou tout autre objet que le consul juge bon de lui soumettre. Les délibérations du conseil ne sont exécutoires qu'en vertu d'un arrêté du consul qui, sous réserve de l'approbation du ministre de France à Pékin, peut refuser de rendre exécutoires les délibérations relatives aux constructions publiques, aux expropriations, aux mesures de voirie et de salubrité. Le conseil nomme à tous les emplois qui se rattachent au service municipal, sauf toutefois l'approbation du consul, qui peut suspendre et révoquer les titulaires de ces emplois. Le consul veille exclusivement à la sécurité publique. Le corps de police, dont la. solde est à la charge du conseil municipal, est exclusivement placé sous les ordres du consul, et c'est lui qui en nomme, suspend, ou révoque les agents.

Cette constitution, qui contraste si fort avec l'organisation du seulement anglais, répond à la situation donnée, mais elle fait de la concession française une colonie gouvernée par le consul, tandis que l'établissement anglais vit de sa propre vie, l'intervention du consul se bornant, comme on l'a vu. à Texercice du contrôle négatif.

f.es résultais du système anglais ont dépassé l'attente. Re^^ardez celte ville de palais ; comptez, si vous pouvez, les mâts des bâtiments dont son port est hérissé ; voyez remonter et descendre les grands léviathans de la vapeur ; examinez les chiffres du mouvement commercial, et vous admirerez la vigueur, la vitalité de la reine du Yang-tse-kiang et de la mer Jaune, la solidité du puissant anneau qui soude à l'Europe, à l'Amérique, à l'Australie, l'immense empire du Milieu ! Et tout cela est l'œuvre d'une poignée d'hommes hardis et entreprenants ! Le canon de leur pays a ouvert le passage ; la brèche faite, ils s'y sont établis, et il n'est guère probable qu'on parvienne à les déloger.

C'étaient dés hommes remarquables que ces princes-marchands des premiers jours, des eavly days. La tourmente en a éclairci les rangs, d'autres se sont retirés des affaires pour retourner en Angleterre. Aujourd'hui il ne reste que quatre maisons de cet ordre : Jardine, Russel, Herd et Gib-Livingston.

Durant mon court séjour, j'ai vu les sommités de la haute finance, et je dois dire que jamais je ne me suis trouvé en contact avec des hommes plus instruits dans leur sphère, et de manières plus agréables. Ne croyez pas tout ce qu'on a dit sur le compte des marchands de l'extrême Orient, Le témoignage que des hommes impartiaux et les connaissant à fond rendent ici sur les lieux à leur loyauté et à leur parfaite honorabilité, réduit à néant les accusations si souvent lancées contre eux par des écrivains qui n'ont pas pu ou voulu voir la véritable situation des choses. Il y a là sans doute un point noir : le

commerce de l'opium, aujourd'hui autorisé et dès lors parfaitement légal, mais restant immoral à mes yeux, en ce sens qu'il fournit un poison dont les effets délétères, d'après ce que j'ai pu voir moimême, ne sauraient être exagérés. Ceux qui sont intéressés dans ce négoce n'essayent pas de le nier. Ils objectent tout au plus que l'excès des boissons alcooliques, si fréquent en Europe, produit des effets analogues ; que les fumeurs d'opium ne deviennent pas tous victimes de leur funeste habitude ; que beaucoup d'entre eux savent se contenir, et n'en éprouvent aucune suite fâcheuse ; que tout le mal d'ailleurs ne saurait être imputé aux Anglais, puisque la production de l'opium a pris dernièrement dans l'intérieur de la Chine un très-grand développement *. Le principal et véritable argument qu'on pourrait nous opposer, et en réalité ce n'en est pas un, on remprunte à des nécessités politiques qui ne permettent pas au gouvernement des Indes d'interdire la culture du pavot et la fabrication de cette drogue.

San-Francisco et Melbourne sont comme Shan-

1. Je retrouve les mêmes arguments reproduits par M. Medhurst dans son livre si plein d'informations authentiques : The foreigner in far Caîhay, Londres, 1872. Une résidence de trente ans et son caractère officiel donnent à M. le consul britannique à Shanghai une auiorité que personne ne pourra ni ne voudra contester. !he distingue surtout par une grande et rare impartialité d'esprit. La seule partie faible de son ouvrage me semble être sa tentative pour excuser, évidemment malgré lui, le commerce de l'opium. Je cite le passage principal, page 88 : « Tout ce qu'on peut dire avec vérité, c'est que ie vice est généralement répandu, surtout dans les districts maritimes et dans les grands centres commerciaux; que la grande majoiité des Chinois s'y livrent avec excès, ruinant ainsi leur santé et

ghai l'œuvre d'individus et non de gouvernemenls, mais les capitales de la Californie et de la colonie auslraliciine o"nt germé et grandi sur le sol de la patrie ; Shanghai est une plante exotique, croissant en plein air, exposée à tous les vents, manquant de jardiniers qui la soignent, de serre chaude qui l'abrite, vivant de sa sève, retirant par sa propre vigueur de ce sol étranger l'aliment qu'il lui faut. Sa courte existence, elle ne compte pas encore trente ans, n'est déjà qu'une série de luttes, d'épreuves, d'efforts admirables, de folies et de défaillances rachetées aussitôt par de nouveaux efforts couronnés de nouveaux succès. Comme Hercule au berceau, Shanghai a étranglé les serpents de la révolte. Des insurgés locaux, profitant du désordre général qu'avait causé la rébellion des Taepings, pénétrèrent dans la ville chinoise et s'y maintinrent pendant un an et demi'. Les factoreries furent respectées, grâce à la présence de quelques bâtiments de guerre et à l'attitude imposante des résidents. Ce fut alors que, pour la première fois, des familles chinoises, appartenant aux classes riches et aisées, vinrent cher-

leur existence, et que, dans ces dernières années, l'usage de l'opium s'est propagé rapidement dans le peuple. De toute manière, on doit se féliciter de voir que les Chinois se bornent à fumer de l'opium, et n'ajoutent pas à ce vice celui de Tivrognerie. On peut reprendre quelque espoir en songeant à la production croissante de l'opium chinois. En effet, comme il est très-inférieur à l'opium importé des Indes, il est à la rigueur possible que la dépréciation de l'article en diminue le goût, ou bien que l'augmentation de la consommation (causée par le prix moins élevé du produit indigène) éveille l'attention du public (chinois) sur les effets ruineux de cette habitude et le détermine à résister énergiquement à ce genre de séduction. » 1. De septembre 1853 en février 1855.

cher asile dans les concessions et prirent Thabitude de vivre au milieu des diables étrangers. Néanmoins après la retraite des insurgés elles 'retournèrent dans leurs foyers. Mais bientôt des bandes rebelles se rapprochèrent de nouveau. On sait ce que veut dire en Chine rébellion. C'est l'incendie et le massacre indistinct et général, et, après, les épidémies et la famine. La grande province de Kiangsu subit ce triste sort. Des milliers de milles carrés y furent entièrement dévastés. Lorsquo Suchow tomba au pouvoir des Taepings' et fut transformé en un monceau de ruines , des centaines de milliers de Chinois vinrent se réfugier à Shanghai, où quelques troupes anglaises, les résidents armés et embrigadés à la hâte, les soldats de marine des escadres anglo-françaises suffirent pour arrêter les flots de la rébellion. Cette lutte, qui a eu ses vicissitudes, ses joies et ses émotions, embrasse près de quatre ans* et forme un épisode singulier, fantastique et sans précédent, je crois, dans l'histoire du monde. Figurez-vous les insurgés , c'est-à-dire , encore une fois, des incendiaires et d'impitoyables massacreurs, figurez-vous les insurgés campés de l'autre côté de Suchow-Creek , à la distance d'un mille du centre de la ville anglaise. Ajoutez, chaque nuit, le lugubre spectacle de villages en flammes, et rappelez-vous que ces quatre années d'angoisses et de périls étaient en même temps l'époque de la spéculation la plus effrénée , des gains fabuleux , du luxe

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