‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 59 sur 85 · CHI:;E · texte numérisé non relu

CHI:;E

s'arrête près d'un groupe de huttes de boue. Nous sommes arrivés. Assailli par des odeurs méphitiques, on se bouche le nez et on court : c'est la manière habituelle de pénétrer dans les villes chinoises, toujours entourées d'une ceinture d'immondices.

La vill9 proprement dite forme un carré. Ses murs sont crénelés et flanqués de tours aux quatre angles. C'est dans les faubourgs que se concentre la vie industrielle et commerciale. La ville et les faubourgs sont situés sur la rive méridionale du Pei-ho et du grand canal qui se réunit ici avec ce fleuve*.

Un autre faubourg s'étend sur la rive septentrionale. C'est là, près du Pei-ho, sur le point où il fait une courbe, que s'élève la cathédrale appelée communément l'église française. Ce noble édifice, à peine terminé, a été détruit lors des massacres. Les murs, la flèche et les tourelles sont restés seuls debout. Comme les escaliers étaient brûlés, les sicaires des lettrés ne purent monter jusqu'au faîte pour achever l'œuvre de destruction. A côté de la cathédrale se trouvaient l'établissement des lazaristes et le consulat de France. Ces maisons, consumées par les flammes, ont complètement disparu. L'emplacement a été transformé en cimetière. Plus haut, à une distance d'environ cinq minutes, est le yamen du commissaire des Trois Ports du Nord. Derrière ces édifices s'étend un dédale de rues et de ruelles, habitées par la lie du peuple, par des gens turbulents et des malfaiteurs.

1. A Tien-tsin on m'a dit que ce cours d'eau n'est pas le grand canal, mais une rivière appelée Yù-ho. Je laisse aux géographes le soin d'éclaircir ce point.

Les deux rives communiquent entre elles par un seul pont de bateaux qu'on ouvre à certaines heures pour donner passage aux djonques qui montent et qui descendent le fleuve. Ajoutons que le courant du Pei-ho est ici très-fort, et rend le passage difficile, parfois même dangereux. Rien n'est donc plus aisé que d'interrompre la communication entre les deux rives. Il est bon de noter ce point.

A l'exception de la cité tartare de Pékin, où l'élément mongol prédomine, les villes chinoises ont toutes la même physionomie : un fossé, ou plutôt un cloaque, une enceinte crénelée, les portes avec deux ou trois toits superposés; puis des rues, des ruelles, des impasses étroites, sales, remplies de boue, de poussière ou d'immondices; des maisons sans architecture, des boutiques bien ou mal fournies, et celles où l'on vend des drogues, du thé ou du tabac, ornées de force dorures. Les habitations des gens riches sont invisibles ; de hautes murailles les masquent. Deux ou trois yamens, plus ou moins délabrés, mais néanmoins imposants avec leurs deux mâts à l'entrée, leurs deux dragons en pierre ou en terre cuite dans la cour, et une foule de gens en guenilles se pressant aux abords, soit pour solliciter une faveur, soit pour recevoir des coups de bambou, et pire quelquefois. Çà et là un temple. Ne nous y arrêtons pas ; cela ne vaut pas la peine, ni les coups de coude que les passante vous appliquent quand vous leur barrez le chemin. D'ailleurs le moyen de s'arrêter dans cette cohue d'êtres humains aux joues hâves, au teint sale, aux yeux hagards? C'est un fleuve profondément encaissé dans des rochers et

charriant ici un mandarin ou un riche banquier porté dans sa chaise par des kouHs en livrée, là des ballots de marchandises, des charrettes attelées de bœufs, des brouettes chargées de femmes. Il n'esl pas beau le beau sexe, mais il est rare dans les rues. Les femmes de qualité s'y montrent fort peu, et celles du peuple seulement quand leurs afTaires de ménage les obligent de sortir.

Nous approchons d'une des portes de la ville intérieure. C'est une voûte énorme toute construite en pierre de taille, surmontée d'un édifice à deuxétages qui ressemble à la tour d'une pagode. Le passage est difficile. Les charrettes, les chaises à porteurs pataugent dans la boue. Les piétons chancellent sur des tréteaux élevés de trois à quatre pieds au-dessus du sol, et si étroits que deux personnes qui s'y rencontrent ont de la peine à passer. Est-ce un jeu de mon imagination? Est-ce un effet réel? Ces scènes de rues chinoises agissent sur moi comme an cauchemar. Il faudrait un Callot pour bien rendre ces diableries grotesques, ridicules, terribles. Plus nous avançons vers la porte, plus le courant devient fort. Ah ! que ne puis-je revenir sur mes pas ! Mais il est trop tard. L'entonnoir sombre, noir, étroit va nous engloutir. Mon guide, type de l'hercule anglo-saxon, se fraye passage. Je tâche de le suivre, mais la foule nous sépare. Si j'ai le malheur de tomber, on n'aura garde de me secourir. Ce sera un diable étranger de moins. Voilà tout! Il sera tombé par hasard ; et c'est par hasard qu'on le broiera. Le hasard ne paye pas d'indemnités ; il n'est pas exilé sur les bords de l'Amour ; on ne lui tranche

pas la tôte. Et moi qui trébuche sur les bords des planches glissantes! A ce moment suprême, me voyant déjà sous les roues des charrettes, sous les pieds des ponies mongols et des portefaix, je saisis la tresse d'un grand monsieur qui marche devant moi. Y a-t-il situation plus bizarre et plus lamentable? Un honnête Européen se cramponnant à la queue d'un Chinois ; le Chinois tournant la tête avec rage vers Thomme qu'il remorque malgré lui, et dont il ne peut se délivrer, car la foule l'empêche de faire usage de ses poings ; moi, toujours collé à son dos, et, faute de paroles, tâchant, par le jeu de ma physionomie, par de gracieux sourires, d'apaiser sa légitime colère !

Depuis quelques semaines, Tien-tsin est en émoi à la suite de l'apparition d'un Dieu métamorphosé en dragon, lequel dragon se montre aux mortels sous la forme d'un serpent trouvé par un paysan du Honan et exposé ici à l'adoration des fidèles. La pagode, de misérable apparence, qui lui sert de piedà-terre, est située sur la rive septentrionale, dans le quartier le plus mal famé de Tien-tsin. Des ruelles tortueuses y mènent. Après avoir ôté nos chapeaux sur le seuil du temple, ce qui nous dispensera de tout acte de politesse envers la petite bête, nous sommes, grâce à notre ami le mandarin, introduits dans le sanctuaire. Les offrandes, parmi lesquelles des piles de corbeilles pleines de fruits, encombrent les abords. Sur l'autel, dans une assiette couverte d'une feuille de papier jaime, repose, .roulé et immobile, un serpent long environ de quarante centi-

mètres. Nous pûmes l'examiner à notre aise, autant du moins que l'obscurité artificielle le permettait. Cependant les croyants se succèdent sans cesse, se prosternent au pied de Tautel, déposent leurs dons et s'éloignent sans daigner faire attention aux trois étrangers.

En face de Tautel, on a dressé un théâtre où des comédiens jouent du matin au soir. Une table ronde et des chaises placées au milieu du temple sont réservées aux mandarins et aux notables qui accourent de près et de loin. Après avoir fait leur kowtow, ils prennent place devant la scène, et il n'est plus question du Serpent-Dieu.

La garde d'honneur auprès du dragon est confiée à l'ancien mandarin militaire du district de Tientsin qui, lors des massacres, a joué, comme on le verra, un rôle plus qu'équivoque. Destitué pour tout châtiment, il obtint plus tard le commandement des forts de Taku. Mais il paraît que cet honorable militaire s'y ennuyait, ce que je trouve fort naturel, et qu'il cherchait trop souvent les distractions de Tien-tsin, ce qui lui valut la perte de son poste. Pour rindemniser sans doute, on le nomma chambellan en service extraordinaire auprès du petit serpent. J'ai eu l'avantage de faire la connaissance de cet aimable personnage, et j'ai été frappé du contraste qui existe entre ses manières distinguées et son visage essentiellement patibulaire.

Placez-vous sous la protection d'un indigène de

qualité, si vous voulez visiter la ville chinoise avec fruit et plaisir. Aujourd'hui encore le jeune mandarin nous en fait les honneurs. C'est un type. Visage un peu pâlot, joues saillantes et bien arrondies, mains potolées, ongles en griffes, tresse abondante; la taille un peu épaisse annonçant déjà de l'obésité pour l'âge mûr; costume : deux tuniques matelassées de taffetas bleu, portées l'une sur l'autre, car il fait froid ; la toque à bouton, de la couleur voulue ; le tout, homme et vêtement, propre, soigné, élégant. Avec cela, les manières du fonctionnaire déférent ou impérieux, poli ou bref, selon le rang de l'interlocuteur, jamais familier.

Évitant les grandes artères, nous flânons de boutique en boutique. Je vois de très-belles pelisses. On sait que Tien-tsin est un marché considérable pour les fourrures. Nous entrons dans une maison d'opium. ; triste et écœurant spectacle! Bad^ bad, disait notre mandarin. Bad et good constituent son vocabulaire anglais. Heureusement, M. Dillon, consul de France, qui a la bonté de m'accompagner, parle chinois avec une rare facilité.

Nous entrons dans le club des notables deShansi. Cette province compte beaucoup de gens riches, et ceux qui viennent pour affaires à Tien-tsin ou qui y résident, recherchent la compagnie de leurs compatriotes. Vous pouvez les voir réunis tous les matins dans leur magnifique club. Nos meilleurs cercles de Paris, de Vienne, de Londres ne sauraient supporter la comparaison.

Ce vaste établissement consiste en plusieurs corps de logis et en plusieurs pavillons isolés où l'on se

réunit pour causer ou recevoir des amis. Ce sont des pièces oblongues et étroites, meublées de tables et de chaises que, selon l'usage du pays, on a symétriquement placées le long des murs. Ceux-ci sont couverts d'un beau treillage sculpté. Daiis la salle de spectacle ornée de magnifiques lanternes en porcelaine, on joue toute la matinée. Le président du cercle eut la gracieuseté de nous présenter le répertoire inscrit sur des bâtons d'ivoire longs de deux à trois pieds. Chacun de ces bâtons contient le titre d'une pièce. Nous choisîmes un drame historique. Les acteurs se hâtent de terminer le vaudeville qu'ils sont en train de jouer, et, en attendant que les loustics se transforment en héros, notre amphitryon nous offre un petit goûter. Le thé coule à flots. C'est à grand'peine que nous échappons au dîner. Cependant la salle se remplit. Plusieurs membres du club arrivent. Ce sont tous des gens fort bien placés dans leur pays, des lettrés, de gros marchands, dont quelques-uns, moyennant finance, ont acquis le rang de mandarins, ils s'inclinent profondément les uns devant les autres, agitent leur tète et, légèrement penchés en avant, font le chin-chin^ c'est-à-dire se montrent les poings, en les frottant et en leur imprimant une sorte de rotation ralentie ou accélérée selon le degré de respect et d'affection qu'ils se doivent. Puis ils s'approchent des tables carrées placées au pied de la scène et entourées chacune de quatre chaises. C'est le moment de se livrer à une nouvelle série de démonstrations. Personne ne veut s'asseoir le premier ni prendre la gauche qui est la place d'honneur. Ce combat de

politesse terminé, et les acteurs s'étant fardés et affublés de riches costumes héroïques comme il convient aux grands personnages qu'ils ont à représenter, la pièce commence. C'étaient les mêmes grimaces que dans les autres théâtres chinois, le même bruit d'un orchestre infernal, les mêmes combats et processions, la même habileté des jeunes gens à imiter le son de voix, la démarche, les gestes des femmes. On sait que le beau sexe est proscrit de la scène.

Cependant la conversation avec le président du cercle ne tarissait pas. Entre beaucoup d'autres phrases polies, il nous dit : « L'Europe vaut mieux que la Chine. Vous avez le télégraphe et des chemins de fer, et le soir vos rues sont éclairées. Nous sommes arriérés. » Ce qui me frappe dans les lettrés, c'est leur politesse exquise, leurs manières aisées, qui vous font oublier que l'on est en Chine, mais aussi le vide de leurs conversations et la pauvreté de leurs idées.

Après nous avoir montré un beau temple où se voient d'horribles idoles, le président, dont j'ai oublié le nom, eut le courage moral de nous accompagner jusque dans la rue, et, en présence de la foule qui regardait avec curiosité, mais sans la moindre manifestation désagréable, de faire le chinchiri^ de passer par toutes les phases du cérémonial chinois.

Hélas! oui, c'était faire acte de courage. On n'a plus eu, il est vrai, d'actes de violence à déplorer, mais la méfiance subsiste. Elle est réciproque. Européens et Chinois prêtent l'oreille aux bruits sinistres, répandus périodiquement, d'une guerre

prochaine et de nouveaux massacres. Encore en avril dernier, les indigènes se disaient entre eux qu'au premier jour on laverait (tuerait) tous les étrangers. Les négociants européens, au nombre de cinq ou six, ont conservé leurs comptoirs et magasins, mais ils n'osent plus passer la nuit dans la cité chinoise. Chaque soir ils se retirent aux concessions.

Un mois environ avant les événements dont je vais essayer de tracer la lugubre histoire, la grande ville de Tien-tsin jouissait d'une profonde tranquillité*. On y trouvait sans doute des gens qui ne cachaient guère leur aversion contre les étrangers ; quelquefois des propos injurieux et menaçants étaient proférés, et on savait, on devait savoir dans les régions officielles, aux légations de Pékin .comme aux consulats, que l'ensemble de la situation n'était guère satisfaisant. Dix années s'étaient écoulées depuis l'ouverture du grand empire, et aucun rapprochement réel ne s'était opéré entre les indigènes

1. J'écris l'histoire des massacres de Tien-tsin d'après les communications verbales de MM. les ministres accrédités auprès de la cour de Pékin ; des consuls étrangers résidant ici et à Shanghai ; du P. Favier, lazariste, envoyé par ses supérieurs à Tien-tsin immédiatement après la catastrophe ; du D*" Frazer, médecin anglais ; de M. Startsoff, négociant russe^ tous deux établis à Tien-tsin; enfin de trois Chinois interrogés par moi avec l'aide d'un habile sinologue qui a bien voulu me servir d'interprète. Ce sont ; un mandarin, un domestique de M. Fontanier et un homme au service du P. Chévrier, supérieur de la mission de Tien-tsin, tous trois témoins du massacre. Je n'ai pas vu M. Coutries, le seul membre de la petite colonie française qui ait survécu au carnage. Mais j'ai eu connaissûnce de la relation qu'il. en a faite à ses amis. J'ai eu la bonne

et les étrang-ers. Néanmoins, à part de petits incidents sans importance apparente, les cinq cent, ou sept cent, ou neuf cent mille habitants de la ville de Tien-tsin, tant diffèrent les évaluations, surtout les classes moyennes et inférieures, ne trahissaient aucune disposition malveillante ou hostile envers le peu d'Européens, missionnaires ou marchands, qui avaient osé quitter les concessions et s'installer au sein même de cette grande et populeuse cité.

En première ligne, se présentait le consul de France, le seul membre du corps consulaire qui, pour veiller sur les établissements catholiques, eût préféré l'exil de la ville chinoise à l'existence plus agréable et plus commode qu'on pouvait se créer dans les concessions. M. Fontanier, quoique d'un tempérament colérique, jouissait d'une considération méritée. Dans les derniers temps, les personnes qui le fréquentaient remarquaient que son caractère s'aigrissait. Les amis commençaient à se retirer. Outre M. Fontanier, un seul Européen résidait au consulat : son chancelier, M. Simon.

fortune de trouver au club du settlement le Livre bleu anglais r China, n° 1 (1871), et j'ai sous les yeux : The Tien-tsin massacre, par George Thin, M.D.Edimbourg, 1870; enfin Mémorandum sur les affaires de Tien-tsin, imprimé à Fuchow en septembre 1870. L'auteur est le baron de Méritens, ancien secrétaire interprète de la légation de France à Pékin, puis commissaire des douanes chinoises. Ces deux brochures, sans donner un récit complet et suivi, onf- de i intérêt comme appréciation des événements et de la conduite tenue par les principaux acteurs et les principales victimes de la journée du 21 juin. On m'a aussi communique des lettres du P. Cbévrier et du P. Ou, écrites quelques jours avant leur mort. En citant à l'appui de mon récit le Livre bleu, il est entendu qu'il s'agit de Papers relating to the massacre of Europeans at Tien-tsin, •presented to both honses of Parliameni, China, n° 1 (1870).

Le plus proche voisin du consul était le Père lazariste Ghévrier, supérieur de la mission catholique de Tien-tsin. Un mur bas séparait seul les cours du consulat et du presbytère; mais les relations entre les deux voisins s'étaient refroidies. Quoique d'un naturel doux et gai, M. Ghévrier aussi avait cessé de voir le consul. Irrité par les représentations respectueuses mais vives de l'abbé qui pressentait le danger de la situation, M. Fontanier lui avait, dès le 9 juin, formellement défendu la porte du consulat. Un Père chinois du nom d'Où, très-bon prêtre, zélé, instruit, aimable à tous, un lettré catholique, nommé AYang-san, et quelques domestiques, complétaient, en dehors des enfants de l'orphelinat, l'établissement de la mission, très-fréquenté d'ailleurs par les membres de la chrétienté indigène.

De l'autre côté de l'eau, au centre d'un des grands faubourgs, non loin du fleuve, dans une petite maison, à côté d'une petite église, vivaient des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul au nombre de dix, dont six Françaises, deux Belges, une Toscane et une Irlandaise. Ces religieuses dirigeaient un hôpital et un orphelinat. Le docteur Frazer, médecin anglais, quoique établi aux concessions, quoique protestant, venait souvent pour donner ses soins à leurs malades. A en croire tous les témoignages, les sœurs étaient généralement aimées et respectées. La sœur Marie fut appelée dans beaucoup de maisons chinoises, et ne cessait, jusque dans les tout derniers jours, de visiter les demeures des pauvres.

Les autres résidents étaient des négociants fran-

rais, anglais, suisses, russes, et une dame française, environ douze ou treize personnes.

Dans le monde chinois, Chung-hou tenait le haut du pavé. Il était l'un des premiers gardiens du prince héréditaire, orné des insignes du premier grade et d'une plume de paon à deux yeux, lieutenant général de la division Han-chun du drapeau rouge, l'un des vice-présidents du département de la guerre*. Mandjou de naissance et fort bien en cour, il avait, depuis dix ans, rempli les fonctions de commissaire des Trois Ports du Nord ^ Gomme le vice-roi de Nanking au centre, comme le vice-roi de Canton au sud, il était chargé de la direction de toutes les affaires relatives aux étrangers. Ceux-ci se louaient de sa bienveillance, de ses manières coulantes et de sa parfaite urbanité. Les agents des puissances, appelés à traiter avec lui, avaient de ce fonctionnaire la meilleure opinion. Vis-à-vis des autorités de la province et de la ville, sa situation était mal définie et par conséquent pleine d'embarras. Chung-hou n'avait pas de juridiction dans les affaires chinoises. A ce sujet, son influence sur le gouverneur général de la province, sur le taotai et sur les magistrats de la ville, ne s'exerçait que dans des voies confidentielles, par l'autorité que lui donnaient son origine mandjoue, son rang élevé et la faveur dont il jouissait à Pékin. Il avait, en outre, le commandement des troupes réunies à Tien-tsin, environ quatre mille hommes, tous armés et disciplinés à l'européenne.

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