‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 60 sur 85 · Ces trois ports sont: Che-fu, Tien-tsin et New-Chwanr · texte numérisé non relu

Ces trois ports sont: Che-fu, Tien-tsin et New-Chwanr

Le gouverneur général de Chih-li réside alternativement ici et à Pao-fing-fu, capitale de la province, située à cent milles de Pékin et à la même distance de Tien-tsin. Tseng-kwo-fan, le nouveau titulaire de ce poste, blessé de l'ingérence de Chung-hou, venait de changer presque tous les mandarins de son gouvernement. Il était absent à l'époque des massacres.

Les principaux fonctionnaires résidant" à Tientsin étaient : Chou, le toatai ou chef d'administration dans les départements de Tien-tsin et de Ho-kien-fu ;

Chang, le chih-fu ou préfet de l'arrondissement de Tien-tsin ;

Enfin, Lin, le chih-hûen ou magistrat de la ville. A proprement parler, le chih-hûen en est le chef, et, quoique appartenant ordinairement à la catégorie des petits mandarins, il n'en exerce pas moins sur la population une grande influence. Il juge toutes les affaires et rend des arrêts de mort qui, pour être exécutés, ont cependant besoin de la confirmation du gouverneur de la province.

Il y avait enfin le chên-ta-shuai ou chef militaire du district.

Plusieurs jours avant le massacre, arriva le général Chên-kwo-shuai, natif du Hupeh. Compromis dans la rébellion, il avait plus tard trahi ses anciens camarades. En récompense, il fut élevé au rang de Ti-tu, ou commandant en chef d'un corps d'armée de troupes irrégulières. Tout ensemble la honte et la terreur du gouvernement, ce spadassin, adoré de la populace de Pékin, s'était fait remarquer

dans les provinces par ses actes de violence et son hostilité contre les Européens. A Nankin^', à Chinkiang, il avait essayé d'ameuter le peuple. Aucun devoir officiel ne l'appelait à Tien-tsin. Suivi d'une bande de cinq à six cents malfaiteurs, il vint de sa propre autorité; on ne tarda pas d'apprendre avec quelles intentions.

En dehors des régions officielles, la ville comptait et compte encore un nombre considérable de lettrés. On sait ce que c'est que les lettrés, ce qu'ils pensent et sentent à l'égard des intrus blancs. N'oublions pas les quarante-huit anciennes et plusieurs nouvelles corporations de pompiers. Les chefs des premières sont tous des lettrés. A ces hommes embrigadés et toujours prêts à troubler l'ordre, il faut ajouter les imins, ou les anciens volontaires contre les Taepings, également commandés par des gradués et autorisés au port d'armes. Néanmoins aucun signe de mouvement ou de préparatifs n'était visible. Le peuple se livrait à ses occupations. Tien-tsin se trouvait dans son état normal.

Ce fut vers la mi-mai * que la situation commença à se modifier. Des bruits alarmants furent mis en circulation : Des enfants avaient disparu. Ils avaient été volés par des gens à la solde des missionnaires. Les sœurs les avaient tués. Elles leur avaient arraché les yeux et le cœur pour préparer des charmes et des remèdes. Ce n'était pas la première fois que se disaient de pareilles absurdités. On pouvait donc

espérer que ces nouveaux bruits s'évanouiraient comme les autres. Contrairement à cette attente, ils prirent de la consistance. Les dispositions, non de la populace, toujours et partout mauvaise, mais des gens respectables, s'altérèrent visiblement. Des terreurs vagues et superstitieuses s'emparèrent du peuple. Les bonnes sœurs, si bien vues naguère, ne rencontrèrent, en sortant, que des regards froids ou courroucés; personne ne se rangeait plus sur leur passage. Un soir, des groupes se formèrent devant leur maison, et il en fut de même le lendemain. Les accusations se multiplièrent. On cita des faits et on y crut. Aucun désordre, mais une émotion profonde et de plus en plus menaçante. Cette immense population de Tien-tsin frémissait, comme le feuillage d'une forêt tremble sous les premières rafales qui précèdent la tempête.

Le hasard semblait conspirer avec les auteurs de ces bruits sinistres. Une épidémie se déclara à l'orphelinat des sœurs. Plusieurs enfants moururent. On les enterra au cimetière des pauvres, derrière le consulat de France. Pendant quelques jours, une centaine de gens du peuple s'y rendirent^ tous les matins. Beaucoup de cercueils furent ouverts et les ossements jetés ça et là; ceux des chrétiens, grossièrement outragés. Le P. Chévrier accourut. Il saisit un homme que l'on avait surpris violant des tombeaux, et l'emmena au consulat. Lui-même se rend chez M. Fontanier et le conjure d'intercéder auprès des autorités chinoises : il faut apaiser l'agi-

Page 1