‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 66 sur 85 · Récits des chrétiens interrogés par le P. Favier · texte numérisé non relu

Récits des chrétiens interrogés par le P. Favier

les deux Européens. M. Fontanier fit feu sans atteindre personne, puis, se tournant vers le chihhuën, il lui tira à bout portant un coup de revolver. Celui-ci, petit et gros homme, voyant le pistolet braqué sur lui, eut encore le temps de se cacher derrière son domestique, qui, mortellement atteint, succomba quelques jours après. Et la foule de crier : « Il nous tue, tuons-le et tous ceux qui voudraient nous empêcher de le faire. » Ce fut pour le chih-huën et tous les mandarins de l'escorte le signal de la fuite. On se trouvait alors pr." s d'une petite pagode à mi-chemin entre le pont le bateaux et l'église. Il était une heure et demie. Les deux Français, terrassés et percés de coups de lance, se relèvent, chargent la foule des furieux, s'ouvrent un passage, gagnent enfin la grande porte du consulat où ils expirent sous les coups des meurtriers. A ce moment les PP. Chévrier et Ou, poursuivis par une horde d'assassins qui les ont traqués dans la sacristie, sautent par une fenêtre dans la cour du consulat, et tâchent de se cacher dans un petit pavillon entouré de rocailles. Mais les misérables qui viennent d'achever le consul et son chancelier, se ruent sur eux et les tuent.

Ces infortunés n'étaient pas les premières victimes. M. et Mme Thomassin se trouvaient, comme on a vu, au consulat; pris de panique et espérant pouvoir gagner le bateau qui les attendait à peu de distance, pour les transporter vers Pékin, M. Thomassin, armé d'un pistolet et d'un sabre chinois, sortit avec sa jeune femme.

Assailli par un coup de pierre, il eut l'imprudence de tirer dans la foule. Il fut sur-le-champ mis en pièces el sa femme tuée par un coup de hache sur la nuque'. Leurs corps, complètement dépouillés, furent jetés dans le fleuve et le surlendemain repêchés près des concessions. Après te premier crime, la foule se lança contre le consulat et se mit à le démolir.

Lorsque le chih-huën vit le consul gisant mortellement atteint à côté de son chancelier, ce lâche sicaire fut saisi de frayeur. Il courut chez Chung : « Un malheur affreux, lui dit-il, vient d'arriver. On a tué le consul. Je compte sur vous; sauvez-moi! — Comment vous sauver? répondit le haut commissaire. J'aurai de la peine à me sauver moi-même. C'est vous qui êtes le magistrat de la ville. C'était à vous d'apaiser le peuple. Loin de remplir votre devoir, vous avez encouragé le désordre. Si le consul est tué, il reste à protéger les autres Européens et à empêcher le pillage ^ » Quittant son costume officiel, Chung sortit ensuite de son yamen, et, se tenant prudemment près de la porte, contempla en silence le sinistre spectacle de la cathédrale, de la mission et du consulat consumés par les flammes.

On se rappelle que la partie la plus turbulente de

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