‹ Promenade autour du monde, 1871Chapitre 70 sur 85 · Livre Heu, page · texte numérisé non relu

Livre Heu, page

2. Chung-hou au yamcn des affaires étrangères, 21 juin 1870- Livre bleu, page 21.

gateurs du massacre en profitèrent pour ameuter le peuple. Peut-on rendre les religieuses responsables de cette épidémie? Rappelons enfin, pour leur défense, puisqu'elles ne peuvent plus se défendre elles-mêmes, la mort ayant fermé leur bouche, rappelons le fait constaté par un grand nombre de protestants, partons les résidents de Tien-tsin, que pendant l'espace de huit ans et jusqu'à la mi-mai, c'est-à-dire un mois avant les événements, les sœurs ont été généralement aimées et vénérées ; que, par rapport à l'admission des enfants, elles n'ont jamais changé de conduite; qu'à plusieurs reprises la mortalité dans l'orphelinat avait été aussi considérable que dans les jours qui précédèrent les massacres, et que pourtant le» bruits malveillants répandus périodiquement sur les sœurs et les prêtres de la mission se sont toujours promptement évanouis.

L'infortuné consul de France, en proie à un étrange aveuglement, inaccessible aux conseils et aux avertissements du P. Ghévrier son voisin, du consul de Russie son collègue, violent de tempérament, surexcité par la présence du danger qu'il n'avait su ni prévoir ni prévenir, n'a rien fait pour empêcher et tout pour accélérer la catastrophe. Il en a été une des premières victimes. Ses fautes, expiées par une noble mort, étaient des fautes de jugement et de caractère, les plus pardonnables chez un fonctionnaire public, quoique ordinairement les plus riches en fâcheuses, souvent en funestes conséquences. Si le consul avait bien jugé la situation, il aurait, en temps utile, averti ses collègues, et ta-

elle, par une démarche collective, de ranimer le courage de Chung qui craignait la populace et les lettrés, mais à qui il fallait faire craindre plus encore les plaintes du corps diplomatique à Pékin et sa disgrâce auprès du prince de Kung. Il fallait ensuite éloigner les sœurs et insister pour que, le matin des massacres, au moment où se formaient les premiers attroupements, le pont de bateaux fût ouvert et la circulation entre les deux rives interrompue. Après un examen réitéré et minutieux des localités, après une étude attentive du Livre bleu et à l'aide d'informations prises soit aux concessions, soit à Pékin, je dois me ranger à l'opinion de la presque totalité des résidents qui lors des troubles se trouvaient aux concessions. Leur conviction est que M. Fontanier, en suivant la conduite qu'on vient d'indiquer, aurait évité d'affreux malheurs; qu'il n'aurait peut-être pu empêcher la destruction des établissements, mais qu'il aurait sauvé les sœurs, probablement tous les Européens, et que, sans manquer à aucun de ses devoirs, il se serait sauvé luimême. On s'expose à être taxé de dureté en jugeant avec sévérité la conduite d'un galant homme cruellement immolé. J'ai rendu justice au noble mouvement qui l'a fait marcher au supplice. Je n'ai pu taire ses fautes. Le premier, parfois le douloureux, devoir de l'historien, est la recherche, le respect, le culte de la vérité.

M. Lay aussi, quoique à un moindre degré que le consul de France, se trompait sur la gravité de la situation. Je le juge exclusivement d'après les correspondances signées de sa main. Sept jours après

les événements, il écrit' à M. Wade : o Je n'avais pas l'idée alors que les choses fussent aussi sérieuses. » En effet, il n'en avait aucune. Sa conduite le prouve. Il a écrit deux fois à Chung, mais quand? Sa première lettre est du 20 juin, sa seconde du 21 au matin ! c'est-à-dire de la veille et du jour même des massacres. Dans l'une, il prie le haut commissaire d'exhorter le peuple à être poli envers les étrangers, à respecter les chapelles et l'hôpital. Dans l'autre , se plaignant des insultes infligées au D' Frazer, il engage le haut commissaire à faire expliquer aux Chinois, par une proclamation du chih-fu, qu'ils doivent être polis et ne pas molester les sujets delà reine ^ Cela prouve que M. Lay n'a pas attribué à l'effervescence qui régnait dans la cité chinoise l'importance qu'elle avait.

On peut dire pour son excuse qu'il n'était pas sur les lieux mêmes; que des sœujs, une semaine avant la catastrophe, se Pouvant en visite chez Mme Lay, ne semblaient pas croire au danger, et que la petite colonie russe partageait cette sécurité. S'il en eût été autrement, comment le jeune couple Prolopopoff aurait-il osé se rendre à la cité chinoise le matin môme du carnage? Leurs amis russes qui y résidaient, et avec lesquels ils déjeunèrent, ne paraissaient guère avoir été mieux renseignés. D'une autre part, il est certain que cette sécurité n'était pas générale. Le consul de Russie,

1. « I had no idea then that matters were so serions. » Livre h'eu, page 32.

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