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s'est pas réalisée. Shanghai a remplacé Canton. La grande artère du Yang-tse-kiang attire les exportations du centre et même du midi de l'empire. Canton n'est plus qu'un souvenir. Néanmoins Hongkong est toujours une place commerciale de premier ordre. On y trouve aussi les trésors des grandes maisons étrangères établies à Shanghai et dans les autres ports ouverts.

Politiquement et militairement, on ne saurait exagérer l'importance acquise par cet îlot, depuis qu'il est entre les mains de ses possesseurs actuels. Je pense qu'aucun Anglais ne peut le visiter sans éprouver un mouvement de légitime orgueil. Hongkong est la m.ain ; les colonies du détroit de Malacca, Ceylan, Aden, Malte, le bras; l'Angleterre, la tête et le cœur du géant britannique qui tient dans son étreinte le midi de l'Asie et l'extrême Orient.

Du 25 au 27 novembre.

Les villages deSi-kung, de San-ting-say et de Ting-kok. Historique des chrétientés du district de Se-noa.

On sort du tiffm. Établis sur ia véranda de M. d"0verbeck, nous jouissons de la fraîcheur de l'aprèsmidi, car, quoiqu'il soit trois heures à peine, le soleil a déjà disparu derrière le pic de la montagne qui est Hongkong. En face de nous, de l'autre côté du bras de mer, les rochers du continent ruisseUent de lumière. Chaque crevasse est visible. « Cette raie blanche, presque verticale, me dit-on, est le chemin qui mène de Kao-lung dans l'intérieur et à plusieurs villages habités par des A-ka. — Allons-y, dis-je. — Impossible, s'écrie un convive du consul. — Difficile, dit un autre. C'est un nid de pirates. Quand on y va, ce qui est rare, pour faire une partie de chasse, on est nombreux et armé jusqu'aux dents. Encore cet hiver, une canonnière anglaise a tâché de purger les eaux intérieures. Le résultat a été la capture d'une djonque échouée à dessein et abandonnée par

les pirates. Rien de plus facile d'ailleurs que de se sauver dans un pays dont tous les habitants sont lour à tour cultivateurs et brigands. Ils manient la rame aussi bien que la bêche. Les colporteurs et petits marchands abondent. On n'a qu'à étendre la main pour les détrousser. L'occasion est trop belle, et l'occasion fait le larron. Renoncez à l'idée de visiter le district de Se-non. » A ces mots, le P. Raimondi, procureur de la Propagande de la foi pour les missions de Chine, et préposé à celle de Hongkong, sourit. « Je vous y mènerai, dit-il, et je réponds de votre sécurité. 3>

Avant-hier matin, nous sommes partis pour le Se-non, le P. Raimondi, un Père chinois qui parle latin couramment, et moi. En cinquante minutes, nous avons traversé le chenal qui sépare Hongkong de la terre ferme; puis nous avons escaladé, par un petit sentier en partie pavé, cette muraille de granit qui forme comme une ceinture autour du continent chinois. De la crête, vue superbe sur Hongkong.

Pendant trois jours, nous avons voyagé et vécu avec une simplicité apostolique dans ce pays sauvage, et au milieu de ces populations de pirates, qui cependant commencent à se corriger, puisque les chrétiens ont tous renoncé au brigandage.

Nous avons passé la première nuit dans la chrétienté de Si-kung, et la journée du lendemain sur un petit îlot nommé San-ting-say, dont presque tous les habitants ont reçu le baptême. Le soir, nous sommes arrivés à Ting-kok, le point le plus important de la mission du Se-non. Les Pères y possèdent une maison comparativement spacieuse, dont la sa-

lubrité serait entière sans un rideau d'arbres qui empêche la brise de l'ouest d'y apporter un peu de fraîcheur. La superstition des habitants restés païens ne permet pas de pratiquer des trouées dans le bosquet. Cela déplairait aux esprits. Les nouveaux chrétiens se moquent déjà des alarmes et de l'ignorance de leurs frères non baptisés. Ce petit trait m'a frappé. Le plus grand obstacle que rencontre, en Chine, l'œuvre de la civilisation, est la superstition. Rappelez-vous la conversation d'un diplomate de Pékin avec son ami, le lettré, homme éclairé, très-instruit, très-civilisé, mais craignant de déranger les esprits, et, sous ce rapport, moins éclairé et moins civilisé que ne le sont les pauvres villageois chrétiens de Ting-kok.

Les autres chrétientés possèdent toutes une petite chapelle ornée ou dépourvue de la croix, selon la disposition amicale ou hostile des populations, et flanquée d'une misérable chambrette qui sert d'abri au missionnaire pendant ses nombreuses visites.

Ici, pareillement, la configuration du pays, sauf la végétation et le ciel, rappelle les côtes de Norvège. C'est un dédale de montagnes de granit et de bras de mer qui ressemblent tantôt à des rivières, tantôt à des lacs. Complètement nus vers le sud, les rochers se couvrent, sur leurs flancs septentrionaux, de pins rabougris et de palmiers nains à feuilles dentelées. Chaque petit coin de terre labourable est cultivé. Mais, le plus souvent, nous marchons dans des ravins semés de blocs de granit noirs, dont les arêtes étincellent au soleil de la zone torride.

L'île de San-ting-say se présente comme une ai-

f]^iiière noire, remplie jusqu'au bord de fleurs et de feuillages exotiques. Ces deux couleurs, le noir et le vert, le vert nuancé à l'infini, se marient fort bien. La communauté chrétienne de cette île est peu nombreuse, mais quelles bonnes figures! Ici, comme dans les autres chrétientés que nous avons .visitées, notre arrivée produit une certaine agitation. De tous les points on afflue. Les hommes entrent dans la chambre des missionnaires ; les femmes, les mères avec leurs babies suspendus à leur dos, défilent devant la porte, sans en franchir le seuil. Tous s'agenouillent et demandent la bénédiction. Maintenant je comprends l'influence et l'ascendant moral des Pères. Ils vivent avec le peuple, connaissent, partagent et soulagent ses souffrances.

Le district de Se-non compte six cent mille habitants. C'est de la mission apostohque de Hongkong, fondée après la prise de possession de cette île par les Anglais, que sont partis les missionnaires chargés d'explorer ce territoire, alors complètement païen. Le P. Borghignoli, de Vérone, s'y établit le premier ^ Aujourd'hui, on y compte environ six cents chrétiens. Dans ce nombre ne sont pas compris les enfants de la Sainte-Enfance, c'est-à-dire les enfants ramassés dans les carrefours ou apportés aux orphelinats. Depuis quelques années, on comptait annuellement cent conversions, ce qui est considéré comme un très-bon résultat. Seulement, tous ces convertis appartiennent aux classes du peuple. Il n'y a pas d'exemple qu'un lettré se soit fait bap-

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