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ce trafic infâme. Voilà les résultats de la pusillanimité du gouvernement anglais. Ce qu'il nous faut, c'est une politique énergique. « Ainsi plus on souffre, plus on devient belliqueux. Aux yeux de ces négociants, la grande panacée, c'est la guerre.
J'ai visité fort en détail les barrancoës. C'est un grand édifice couleur de sang, et contenant pluoieurs vastes salles. Sur les murs, des placards écrits en gros caractères chinois indiquent les conditions auxquelles les koulis s'engagent, soit pour le Pérou, soit pour la Havane. A leur arrivée de la terre ferme, on les enferme dans les barrancoës : puis on les réunit, on leur lit les conditions de iengagement, et on leur demande, à trois ou quatre reprises, s'ils sont toujours résolus à partir. Quand ils ont donné leur consentement définitif, ce dont il est pris acte devant notaire, ils sont considérés comme liés. Il arrive souvent qu'au dernier moment ils déclarent vouloir rentrer dans leurs foyers. Un jour, sur huit cents koulis, on en a vu trois cents demander leur rapatriement. Comme ils n'avaient pas pris l'engagement définitif, on les a renvoyés sur le territoire chinois. Ceux qui s'engagent sont conduits à bord. Ces transbordements ont lieu trois fois par semaine. De grands bâtiments, tous de fins voiliers, ancrés en rade, partent au moment où leur chargement est complet. Ils doublent, selon la destination et la saison, le cap Horn ou le cap de Bonne-Espérance, et sont ordinairement trois mois en route. En ce moment, on construit des bateaux à vapeur qui
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remplaceront les bâtiments à voiles. Le gouverneur a mission de veiller à ce que le nombre des émigrants fixé par les règlements ne soit pas dépassé.
Des témoins fort impartiaux m'assurent que l'amiral Souza a la meilleure volonté de pourvoir au bien-être des émigrants, et surtout d'empêcher qu'aucun d'eux ne soit embarqué contrairement à sa volonté. C'est dans cette intention qu'il favorise une pratique assurant aux capitaines une prime d'une livre sterling et à leur premier officier une prime de cinq shillings pour chaque kouli qu'ils auront débarqué en bonne condition soit à Callao, soit à la Havane. Mais les efforts bienveillants du gouverneur portugais, très-énergiquement appuyés parles autorités chinoises qui font impitoyablement mettre à mort les recruteurs, ces efforts très-louables sont bien souvent paralysés par la vénalité des agents subalternes, par la connivence et la cupidité des brokers (espagnols ou portugais), par les capitaines qui, après avoir pris à Macao leur cargaison complète de chair humaine, entassent à fond décale d'autres malheureux qu'à l'aide des brokers et des recruteurs chinois, ils ont été chercher dans quelque crique ou baie solitaire de la côte.
Enfin, on ne doit pas oublier les mille ruses que les ensorceleurs emploient pour ramasser des recrues. Voici un des artifices le plus fréquemment employés : l'agent va de village en village, raconte qu'il est décidé à échanger sa misère actuelle contre le sort brillant qui l'attend en Amérique. On le croit sur parole ; il fait des dupes, les conduit à Macao, passe avec eux par toutes les formalités voulues-
Arrive le moment fatal de la déclaration définitive. Les émigrants font queue devant la table du notaire en suivant un étroit couloir de planches semblable à ceux qu'on voit devant nos théâtres ou devant les bureaux des chemins de fer. Le recruteur, par un excès de politesse, laisse ses victimes entrer avant lui. Pendant qu'elles s'engagent, il s'esquive.
Somme toute, si je ne me trompe, la traite des koulis vaut la traite des noirs Pendant la traversée, toujours horrible, ceux-ci souffraient peut-être un peu plus. Mais une fois arrivés à destination, les esclaves trouvaient, dans l'intérêt même de leur propriétaire qui tenait à conserver son capital, une garantie de bien-être comparatif. Les koulis n'ont pas cet avantage ; et on me dit que leur sort est d'autant plus lamentable, qu'ils appartiennent à une race plus civilisée et plus intelligente que les nègres.
C'est à Macao que Camoës a composé son poëme. Dans un jardin, mal tenu mais d'une beauté indescriptible, entre des rochers naturels et de vieux arbres, on montre, sur une colline, la Grotte du Poëte. Une profonde solitude y règne ; le silence n'est interrompu que par le bruissement des feuilles ; l'œil jouit d'une vue enchanteresse sur la ville, la mer, la côte et l'archipel. Involontairement j'ai pensé au chêne du Tasse à S.-Onofrio. Dernière et mélancolique analogie entre ces deux grands et malheureux contemporains !
Sur une pierre on a inscrit quelques vers des Lusiades : des plaintes sur de royales ingratitudes.
On aurait pu mieux choisir. Pourquoi rappeler les misères du gentilhomme pauvre? Pourquoi ne pas plutôt suivre le barde dans les régions éthcrccs du Parnasse, où, entouré de ses pairs, il célèbre ses plus beaux triomphes? L'inspiration, le besoin de chanter qu'éprouve le rossignol, le patriotisme, le dévouement à ses rois, ont fait vibrer les cordes de sa lyre et non l'espoir d'obtenir des faveurs de cour, un peu d'or ou un ruban. A quelques pas de la grotte se trouve une voûte où, selon la légende, il aurait à travers une fente observé les étoiles. Pauvre Camoës, la tienne s'éclipsait alors, mais elle a reparu à l'horizon, et elle y brillera jusqu'à la fin des temps.
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Du 6 décembre au 13 janvier.
Départ de Hongkong. — La question des missionnaires. — État de la Chine au point de vue de ses relations avec les puissances européennes. — Arrivée à Marseille.
A midi précis, le Tigre, des Messageries maritimes françaises, quitte le port de Hongkong. Avec l'aide de la mousson du nord -est qui le pousse, nous pouvons espérer arriver en trente-huit jours à Marseille.
En quittant l'extrême Orient, je me sens assailli de bons souvenirs, des souvenirs surtout du cordial accueil qu'on m'a fait. Le croiriez-vous? sauf mes premiers jours à Yokohama et pendant que je voyageais dans l'intérieur, où il n'y a pas d'Européens. je n'ai pas une seule fois, depuis que j'ai quitté l'Amérique, couché dans une auberge.
En Europe, je préfère l'hôtel ; mais ici c'est autre chose. Vos amis découvrent votre itinéraire, préviennent les correspondants qu'ils ont dans les villes que vous visiterez. Le vapeur qui vous transporte
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entre dans le port. Une flottille de sampans, de petits canots, d'embarcations de tous genres, l'entoure aussitôt. Dans un gig équipé de rameurs en livrée, vous apercevez un jeune élégant, blanc de pied en cap, la main au gouvernail, le cheroute à la bouche. Il se précipite à bord, vous cherche, vous devine, vous emmène. Ses boys avec les vôtres s'occupent des bagages. Vous voici à terre, et installé dans une belle chambre, un peu obscurcie par la véranda. Le bain est tout prêt. Votre toilette est faite, le dîner annoncé. Vous entrez dans le salon, où la maîtresse de la maison, en grande toilette, vous fait l'accueil le plus aimable. Le plus souvent charmante, elle est certainement charmée de vous voir. Tout le monde l'est ; car vous allez rompre la monotonie, l'ennui qui est le ver rongeur de la vie coloniale. Un Européen fraîchement débarqué, qui vient pour s'amuser et non pour faire concurrence, ce rara avis, est toujours le bien venu. Quoiqu'elles ne soient pas à dédaigner, je ne parle pas des jouissances matérielles; je relève seulement les avantages intellectuels que vous donne cette belle et parfois princière hospitalité. Vous entrez d'emblée dans la famille, et en même temps dans un monde nouveau ; chaque heure est riche d'enseignements. Comptez les moments perdus vis-à-vis de vous-même dans les auberges d'Europe ! Ici, du matin au soir, vous n'entendez parler que des affaires locales. Pendant que votre hôte est à son comptoir, vous causez ou vous vous promenez avec sa femme, ou vous jouez avec les babies, ou vous vous faites donner des leçons de bigeon english par leur bonne chinoise. Bref, vous ne
voyez et n'entendez parler que de la Chine et du Japon. A toute heure vous y êtes.
Profitons des loisirs de la traversée pour résumer nos impressions. Examinons ce qui, en ce moment, agite tant les communautés étrangères des « ports» : la question des missionnaires, les relations futures de la Chine avec l'Europe.
Malgré les efforts que le gouvernement français avait tentée par l'intermédiaire de M. de Lagrenée pour obtenir un édit de tolérance en faveur des chrétiens, notre religion restait sévèrement interdite dans l'empire du Milieu. Les missionnaires qui l'enseignaient, les indigènes qui la professaient, étaient, comme par le passé, exposés à des persécutions périodiques et à des vexations continuelles. Leur sort, leurs propriétés, leur vie même, dépendaient du bon plaisir du mandarin. Ce qu'ils pouvaient désirer et obtenir de mieux, c'était qu'il daignât ignorer leur existence.
Les traités de Tien-tsin et les conventions de Pékin \ conclus par la Chine avec l'Angleterre et la France, ont mis fm à cet état de choses.
ce La religion chrétienne, dit l'article 8 du traité anglais, telle qu'elle est professée par les protes-
1. Le traité anglais fut signé à Tien-tsin le 26 juin 1858, et une conv.ention additionnelle à Pékm le 24 octobre 1860. Le traité français de Tien-tsin porte la date du 27 juin 1858 et la convention de paix de Pékin celle du 25 octobre 1860.
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tants et les catholiques romains, commande la pratique de la vertu et enseigne à l'homme qu'il doit traiter les autres comme il voudrait être traité lui-même. Par conséquent, ceux qui enseignent cette religion auront les mêmes titres à la protection des autorités chinoises, et ne pourront être poursuivis ou contrecarrés, pourvu qu'ils vaquent paisiblement à leurs affaires et ne commettent aucune violation des lois. »
L'article 13 du traité français, beaucoup plus explicite, est ainsi conçu :
« La religion chrétienne ayant pour objet essentiel de porter les hommes à la vertu, les membres de toutes les communions chrétiennes jouiront d'une entière sécurité pour leurs personnes, leurs propriétés et le libre exercice de leurs pratiques religieuses ; et une protection efficace sera donnée aux missionnaires qui se rendront pacifiquement dans l'intérieur du pays, munis de passeports réguliers. Aucune entrave ne sera apportée par les autorités de l'empire chinois au droit, qui est reconnu à tout individu en Chine, d'embrasser, s'il le veut, le christianisme et d'en suivre les pratiques, sans être passible d'aucune peine infligée pour ce fait. »
L'article YI de la convention additionnelle conclue dvec la France à Pékin ajoute une clause importante: Les établissements religieux et de bienfaisance qui ont été confisqués aux chrétiens pendant les persécutions seront rendus à leurs propriétaires avec les cimetières et autres édifices qui en dépendent.
La totalité des chrétiens (catholiques) chinois est évaluée, très- arbitrairement sans doute, à cinq
cent mille, et, par d'autres, à un et même à deux millions. Les chrétientés les plus considérables se trouvent dans les provinces de Sze-chuen, Kiang-su, Ngan-hwei et Chi-li. Dans ce vaste empire, environ cinq cents missionnaires européens, dont les trois quarts sont français, et cent soixante à deux cents prêtres chinois se partagent la cure des âmes.
En voici le détail : les prêtres (français) des Missions étrangères de Paris, dans les provinces de Kwang-tung et de Kwang-si (ils n'ont guère encore pu prendre pied dans le Kwang-si) en Sze-chuen, Vun-nan et Kwei-chow; de plus en Mandjourie, en Corée (d'où ils viennent d'être expulsés) et au Thibet,
Les dominicains (espagnols) : enFuh-kien, Hunan et dans l'île de Formose.
Les prêtres (français) de la congrégation delà mission dite des lazaristes : en Che-kiang, Chi-li septentrional (Pékin), Chi-li occidental et Kiang-si
Les jésuites (français et quelques italiens) en Kiang-su, Chi~li méridional et Ngan-hwei.
Les franciscains (italiens) en Shan-si, Shen-si, Kang-su et Hu-peh.
Les prêtres (italiens) de la Propagande de la foi (à Rome) : dans le Honan, où l'esprit hostile des populations ne leur a pas encore permis de pénétrer; dans lîle de Hongkong et dans le district de Se-non (Kwan-tung).
Les prêtres de la congrégation belge pour les missions de Chine, en Mongolie.
Les sœurs de Saint-Vincent de Paul (françaises) à Pékin, Ning-po, Shanghai, Hang-chow (Che-kiang), et dans les îles de Chusan,
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Les carmélites à Shanghai.
Les sœurs auxihatrices des âmes du purgatoire (françaises) à Sù-kia-wei.
Les sœurs de Saint Paul de Chartres (françaises) à Canton, et, depuis les massacres deTien-tsin, à Hongkong.
Les sœurs (italiennes) de la communauté milanaise dite de Canossa à Hongkong.
Dans chaque province, il y a un vicariat général. Sze-chuen et Chi-li en comptent trois. Selon le nombre des prêtres et des chrétientés, chaque vicariat se subdivise en plusieurs districts.
La congrégation de la Propagande de la foi (à Rome) est le lien entre le Saint-Siège et les missions. Son procureur-général, aujourd'hui le P. Raimondi, qui réside à Hongkong, lui sert d'organe auprès des vicariats apostoliques. C'est lui qui, par circulaire, leur fait connaître les ordres ou les vœux du Pape ; et le service est si bien organisé, que les lettres du procureur-général arrivent aux vicariats les plus éloignés dans l'espace de deux mois et demi.
Les prêtres chinois appartiennent tous à des familles converties depuis deux ou trois siècles. On n'admet à la prêtrise aucun néophyte sans une dispense spéciale, rarement demandée et plus rarement accordée. Les prêtres indigènes sont croyants, studieux, souvent zélés, mais peu énergiques, craintifs et incapables de diriger. Hs recherchent avec avidité les discussions théologiques; mais, plus subtils que profonds, ils dépassent rarement une certaine limite dans les sciences. Vis-à-vis des
missionnaires européens, ils sentent et parfois ressentent leur infériorité ; mais, traités avec douceur et discernement, ils deviennent d'excellents collaboteurs. Sous le rapport des mœurs, ils ne laissent rien à désirer. Ils ne sont jamais promus aux grades élevés de la hiérarchie.
Les sœurs indigènes sont très-bonnes et font beaucoup de bien, mais elles aussi ont besoin d'être constamment dirigées.
Pour qu'une mission puisse fleurir, il faut que les missionnaires entretiennent des relations fréquentes et régulières entre eux. Dans beaucoup de provinces, les distances énormes mettent un obstacle insurmontable au commerce continu et personnel, si désirable pourtant, des membres de la même mission. Mais, en créant de nouvelles chrétientés, on tâche de faire en sorte que les stations se touchent, et que les prêtres puissent se voir une ou deux fois par mois.
Les piormiers du christianisme sont les catéchumènes. Allant de village en village, ils éveillent la curiosité, répondent aux questions qu'on leur fait et laissent souvent derrière eux des germes de conversion. Les prêtres indigènes font alors leur apparition et ce n'est que lorsque le terrain est dûment préparé, que les missionnaires arrivent pour achever l'œuvre et fonder une chrétienté. En ce qui regarde les femmes, les premiers soins de l'apostolat sont confiés aux sœurs indigènes. Elles procèdent comme les catéchumènes, réunissent les femmes et les jeunes filles dans la maison de quelque ami, leur exposent les dogmes fondamentaux,
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éveillent en elles le désir de se convertir. C'est pour les missionnaires le moment de se présenter, de compléter l'instruction et de conférer le baptême. Les chrétiens néophytes sont rarement ardents, mais ils restent fidèles, tant qu'ils vivent dans leur commune. Ceux qui voyagent beaucoup, qui s'absentent longtemps de leurs foyers ou s'établissent dans des contrées païennes, perdent facilement la foi, sans toutefois apostasier ostensiblement. Les vieux chrétiens sont fort attachés à leur religion. En Sze-chuen, où ils sont très-nombreux, ils ont le sentiment de leur force et se défendent vigoureusement, parfois les armes à la main, contre les persécutions suscitées par les lettrés.
Les dangers inhérents à l'apostolat en Chine sont connus. La misérable existence des missionnaires et des sœurs l'est moins. Aussi les rangs de ces hommes et de ces femmes dévouées s'éclaircissentils avec une rapidité effrayante. « Nous sommes partis d'Europe, il y a dix ans, me disait un missionnaire; avec les six sœurs, nous étions vingtquati^o. Tous ont disparu, à l'exception de quatre, moi compris.
« Les diplomates et consuls supportent très-bien le séjour en Chine. La grande mortalité parmi les missionnaires ne saurait donc être attribuée au climat; elle s'explique plutôt par la vie que nous menons, surtout par la nourriture chinoise, par le manque de secours médicaux et par des privations de tout genre. »
Pendant mon voyage en Chine, les missionnaires formaient le sujet constant des conversations. Le
mémorandum du prince de Kung^ et les massacres de Tien-tsin avaient mis les prêtres et les sœurs à l'ordre du jour. Tout le monde débattait la question des missiomiaires. Écoutons les étrangers établis dans ce les ports », le gouvernement chinois, les missionnaires, enfin les représentants des puissances chrétiennes.
Je ne saurais mieux reproduire l'opinion des tradc-ports qu'en faisant un nouvel emprunt au livre du consul d'Angleterre à Shanghai ^ M. Medhurst est anglais et protestant :
« C'est maintenant la mode, dit-il, de se plaindre des missionnaires protestants et de les comparer, d'une manière défavorable pour eux, avec leurs collègues romains. Rien n'est moins juste. J'éviterai ce genre de parallèles et me bornerai à envisager les uns et les autres au point de vue de leur activité en Chine.... On voit peu les missionnaires catholiques, quoique leur nombre, comparé à celui des protestants, soit légion. Leur système est, dès leur arrivée, de pénétrer le plus avant possible dans l'intérieur, d'éviter soigneusement tout contact avec les marchands européens, de se déguiser en Chinois, et de travailler dans l'obscurité et sans relâche aux différentes stations occupées par leurs frères depuis de longues années, si ce n'est depuis des siècles. Leur dévouement est remarquable, leurs succès sont étonnants, et je suis de ceux qui
1. Annexé à la circulaire du Tsungli-yamen du 9 février 1871.
2. Jhe foreigner in far Cathay. Le lecteur me pardonnera l'anacbronisme que je commets en insérant dans le texte de mon journal, écrit en 1871, des passages d'un livre publié en 1872.
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pensent qu'ils ont fait et font encore beaucoup de bien. Ils tachent de gagner des prosélytes par le moyen de l'éducation, procédé nécessairement lent, mais dont le résultat, en ce qui concerne le nombre et la solidité des conversions, n'en est que plus satisfaisant. Dans les villes et les villages où il y aune mission romaine, on est sûr de trouver un noyau de familles chrétiennes dans lesquelles la foi s'est transmise de génération en génération, et j'ai été souvent frappé par la tranquillité et l'air de respectabilité que l'on rencontre dans ces communautés, surtout en les comparant avec les habitants païens qui les environnent, comme aussi par l'obéissance et l'attachement que témoignent les convertis à leur 'père spirituel^ nom qu'ils donnent habituellement aux prêtres. 35
M. Medhurst regrette les clauses qui ont été insérées dans les traités français. Selon l'auteur, par suite de ces concessions, les prêtres catholiques, obligés jusqu'ici de vivre dans la retraite, se sont enhardis à demander la restitution des propriétés confisquées depuis longtemps pour des motifs politiques, et dernièrement même à s'arroger une juridiction sur les membres indigènes de leur église, qu'ils poussent à s'affranchir de leurs devoirs de sujets chinois.
Les missionnaires catholiques (et protestants) commettent aussi une faute en érigeant des églises magnifiques et de hautes flèches sans le moindre égard pour les préjugés des chinois.
Enfin l'auteur blâme les sœurs de charité d'accueillir des enfants dans leurs orphelinats et de
fournir par là aux ennemis de tous les étrangers un prétexte pour répandre des bruits calomnieux.
D'autres, moins modérés que M. Medhurst, élèvent la voix contre les missions en général et en contestent l'utilité pratique. Comme tout le monde pourtant, comme tous ceux du moins qui m'ont parlé de cette matière, ils admettent la supériorité des missionnaires catholiques sur leurs confrères protestants. Les établissements catholiques datent de deux à trois siècles. L'enseignement et la propagation de la foi n'ont jamais été interrompus, et, parmi les nombreuses chrétientés répandues sur toute la surface de ce grand pays, il y en a de fort considérables. Les missionnaires romains connaissent la Chine mieux que personne, et c'est par eux qu'on reçoit les meilleures et les plus sûres informations des points les plus reculés et les plus inaccessibles de l'empire ^ Tout cela, on l'accorde volontiers, mais on craint que les missionnaires ne deviennent trop exigeants, et, en indisposant les mandarins, n'entravent indirectement le commerce.
A quoi bon, dit-on, prêcher l'Évangile? Les Chinois ne le comprennent pas. Ils ne sont pas mûrs pour les dogmes et vérités du christianisme. Laissez agir le temps, et vous verrez. Civilisez d'abord, et puis convertissez! Déjà cette grande muraille qui entourait la Chine n'existe plus. Nos canons
1. En transmettant à lord Granville la proclamation du prince de Kungsur les massacres de Tien-tsin, M. Wade ajoute : « A'ous apprendrons par les missionnaires romains dans quelle mesure cette proclamation aura été répandue. » Livre bleu. Chine, n° 1 (1871), p. 222.
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l'ont ébréchée, un élément nouveau a pénétré dans ce pays naguère fermé au dehors et aujourd'hui de plus en plus ouvert. Cet élément nouveau, c'est nous. Nous leur apportons des idées, nous leur donnons l'exemple de la sécurité, de la propreté, des rues bien pavées, bien balayées, bien éclairées, des chemins de fer, du télégraphe. Ajoutez l'influence des Chinois qui reviennent d'Amérique, d'Australie, des détroits (de Malacca). Ils y ont pris, dans une certaine mesure, les goûts, les idées, les habitudes des Européens. Voilà les vrais missionnaires. Quand les Chinois seront assez éclairés pour rire de leurs superstitions, ils se feront peut-être chrétiens. Si les prêtres catholiques, au lieu de prêcher, si nos missionnaires anglais, allemands, américains, au lieu de vendre des Bibles, se mettaient à répandre de petites brochures sur les connaissances utiles, des journaux illustrés, des traités populaires de physique et de mécanique, ils hâteraient la transformation de cette nation.
Lorsque vous répondez : « Mais les émigrés reviennent de Californie*, d'Australie, de Singapore, plus Chinois, plus hostiles aux étrangers qu'ils ne l'étaient en s'y rendant, » on sourit et on se tait. Cependant tout le monde ne partage pas ces illusions.
« J'ai constamment trouvé, dit M. Medhurst', que le Chinois ne s'améliore pas par le contact avec les étrangers... Les classes dominantes nous tolèrent, mais elles salueraientlejour où elles verraient