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The foreigner in far CaUiaij, page

la dernière factorerie démolie, le dernier de nos bâtiments renvoyé de leurs côtes. Les émigrants qui reviennent, retombent instinctivement dans les anciennes ornières, et regardent leur séjour à l'étranger comme une épreuve heureusement subie et terminée. Même des Chinois d'un certain rang, qui ont dernièrement visité l'Occident avec un caractère quasi-diplomatique, ne se montrent guère touchés de ce qu'ils ont vu, et ne sont nullement disposés à seconder les progrès de la civilisation. » L'auteur cite Chung-hou, le commissaire des Trois- Ports à Tien-tsin. Il l'a vu s'embarquant pour l'Europe, à bord d'un magnifique steamer des Messageries françaises, et il l'a visité à Londres au fashionable Grosvenor-hôtel. Dans ces deux occasions, le luxe qui l'entourait ne semblait nullement éveiller l'atiention de ce grand personnage, pas plue que ne l'aurait touché la misérable installation dans une djonque ou la riialpropreté d'une hôtellerie chinoise. M. Medhurst pense que l'esprit de cette nation est incapable de se dégager des idées et coutumes traditionnelles.

Ainsi le public des « ports » veut que la Chine se civilise ; il doute de l'ei'ficacité des missions ; il a très-haute opinion des qualités personnelles des missionnaires catholiques, mais il les considère plutôt comme un embarras. Quant aux religieuses, on blâme, comme M. Medhurst, ce que l'on nomme leur imprudence, mais on ne parle d'elles qu'avec admiration. Tel est, en Chine, sauf de rares exceptions, le bilan moral des missionnaires catholiques dans les factoreries européennes.

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Les missionnaires protestants n'y sont pas plus populaires; ils le sont peut-être moins que leurs confrères catholiques. On les accuse de faire le commerce, de s'occuper trop des biens de ce monde et de leurs familles, d'importuner les consulats de leurs réclamations. Comme exemple, on cite qu'après les massacres de l'année dernière ils ont, outre la réparation de leurs chapelles, demandé des indemnités pour la cessation des bénéfices qu'ils tiraient de la vente de leurs Bibles, interrompue forcément à l'issue des troubles de Tien-tsin.

Écoutons M. Medhurst, moins prévenu sur leur compte que la plupart des résidents étrangers : « Les missionnaires protestants sont presque tous mariés, s'établissent dans les ports ouverts, se bâtissent aux concessions ou aux alentours des maisons à l'européenne, et vivent plus ou moins dans la société des étrangers. Quoiqu'ils prennent soin de faire constater leur abstention de toute transaction commerciale, les indigènes pensent qu'ils s'y livrent. J'ai dit qu'ils sont mariés ; certes je n'ai rien à objecter contre l'état conjugal, et je n'entends pas plaider la cause du célibat, d'autant moins que je connais plus d'un couple dévoué dont les eîTorts réunis ont produit beaucoup de bien. Néanmoins je pense, en tant qu'il s'agit de la Chine, que les hommes et les femmes non mariés sont plus à même que tout autre de s'acquitter des devoirs du missionnaire. Leur temps et leur attention pourront être consacrés tout entiers à l'œuvre de Tapostolat; il leur sera plus facile d'éviter le contact avec leurs alentours européens, et de vivre

dans la retraite au sein des populations indigènes. Il leur sera aussi plus aisé de gagner le respect et la bienveillance des Chinois, qui regardent le célibat comme un des principaux éléments du sacrifice de soi-même. »

L'auteur reconnaît d'ailleurs les succès relativement importants obtenus par les membres des différentes sociétés bibliques. Quant à moi, j'ai rencontré peu de missionnaires protestants, et ceux que j'ai vus m'ont paru mériter la considération dont ils jouissent auprès de leurs coreligionnaires. Le nombre des conversions au protestantisme semble être minime; mais, si les missionnaires anglais, américains et allemands font entrer peu de brebis dans le bercail, ils ont, dans les quarante dernières années, beaucoup contribué à répandre en Europe la connaissance de la Chine.

Je crois avoir, dans les lignes précédentes, résumé exactement et de toute façon consciencieusement, les jugements des factoreries sur les missions des diverses communions chrétiennes. Les marchands viennent pour faire fortune, les prêtres et les religieuses pour sauver les âmes. On vit dans des mondes différents. On ne s'entend pas. C'est tout simple.

Yoici maintenant les plaintes du gouvernement chinois telles qu'il les a formulées dans son fameux mémorandum ^

Les dispositions des traités concernant le con>

1. Du 9 février 1871. Déjà le 26 juin 18691e Tsungli-yamen avait, sur la même matière, adressé une note à sir R. Alcock, alors ministre d'Angleterre à Pékin.

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merce, y est-il dit, donnent d'assez bons résultats. Les stipulations relatives aux missionnaires manquent au contraire leur but, et compromettent les bonnes relations avec les étrangers.

Les missionnaires ont conféré le baptême à des bons et à des méchants, même à des rebelles. Ils appuient les réclamations mal fondées des mauvais hommes. De là l'impopularité de la religion catholique. La nation ne distingue pas entre catholiques et protestants, ni entre étrangers et étrangers. Vainement le gouvernement a essayé d'éclairer le public. La Chine est un vaste empire!

Déjà avant les massacres de Tien-tsin l'animo- ^sité croissante contre la propagation de la religion chrétienne avait fixé l'attention du gouvernement. A la suite de ces événements, des mandarins ont été envoyés en exil, des meurtriers exécutés, des indemnités payées. Mais si des explosions de cette nature se répétaient, l'emploi des mesures de répression deviendrait de plus en plus difficile.

Dans le passé, les hauts fonctionnaires de la Chine et des pays étrangers ont commis la faute d'employer des palliatifs. Les étrangers demandent et la Chine concède l'adoption de mesures propres à aplanir les difficultés du moment. Les exigences des étrangers sont souvent inadmissibles, et semblent être mises en avant pour placer la Chine dans une fausse position. Le gouvernement chinois désire que les missionnaires soient soumis aux règlements qui existent dans d'autres pays; qu'ils observent les lois du pays, et qu'il leur soit interdit de s'arroger des droits et une autorité qui ne leur appar-

tiennent pas, de donner du scandale, d'entourer leurs actes de mystère (allusion aux orphelinats). Sous tous les rapports, leur conduite devrait être conforme aux doctrines qu'ils enseignent. Loin de là, ils oppriment les non-chrétiens, et exaspèrent le peuple en dénigrant Confucius. Ils encouragent les chrétiens à se soustraire à leurs obligations de sujets de l'empire, à refuser le payement des impôts; ils plaident la cause des récalcitrants devant les tribunaux, délient des fiancés de la promesse du mariage, et provoquent, pour des intérêts de fortune, des zizanies dans les familles. Ils importunent les autorités, demandent, le cas échéant, des indemnités exagérées, et n'hésitent pas à soustraire les chrétiens à l'action de la justice; quelques-uns d'entre eux se servent, dans leurs correspondances, de sceaux et de titres auxquels ils n'ont aucun droit. Enfin ils abusent de l'article VI de la convention avec la France pour demander la restitution d'anciennes propriétés de l'Église, sans avoir égard aux sympathies et préjugés du peuple et à l'augmentation de la valeur des terrains qu'ils réclament.

Aujourd'hui, ils constituent un État dans l'État; voyant avec quelle sévérité ont été punis les hommes impliqués dans les massacres de Tien-tsin, ils s'enhardiront de plus en plus. Le résultat sera un soulèvement du peuple que les autorités seront impuissantes à contenir. Grande serait la responsabilité des gouvernements s'ils hésitaient à prendre, de concert avec la Chine, des mesures de précaution en prévision de telles éventualités.

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Par conséquent, le Tsungli-yamen propose :

L'entière suppression des orphelinats; si cela était impossible, l'exclusion des enfants non-chrétiens; de toute façon l'enregistrement des enfants et la libre admission des personnes de leur famille qui viennent les visiter. Le secret observé maintenant fait naître des soupçons. Les gens du peuple sont toujours persuadés qu'on arrache aux enfants le cœur et les yeux. Au reste, de semblables instituts abondant en Chine, les orphelinats chrétiens n'ont aucune raison d'être.

Il devra être interdit aux femmes de fréquenter les mêmes chapelles que les hommes; les femmes ne pourront être missionnaires.

Les chrétiens connus pour être de méchantes gens devront être expulsés. On demande aussi des listes périodiquement revisées, où figureront les membres de chaque chrétienté, et des règlements nouveaux sur les passe-ports des missionnaires.

En résumé, on accuse les missionnaires vivant dans l'intérieur de réclamer une position semiofficielle, égale à celle du mandarin de la province; de contester l'autorité de celui-ci à l'égard des chrétiens indigènes; de soustraire ceux-ci à l'action de la justice, et, par conséquent, d'attirer dans leur communauté les gens de mauvaise vie ; de recruter des enfants pour les orphelinats par des moyens illicites et contrairement à la volonté des parents. Dans cette accusation sont englobés indirectement la légation et les consulats de France, soupçonnés d'appuyer en secret, sinon ouvertement, les prétentions exagérées des prêtres catholiques.

Les missionnaires, en répondant à ces accusations, ne contestent ni la popularité dont ils jouissent, ni l'autorité morale qu'ils exercent dans les chrétientés. Les mandarins sont peu nombreux. Il y a des districts d'un ou deux millions d'habitants, administrés par deux ou trois mandarins. Ceux-ci ignorent ordinairement ce qui se passe au sein de ces populations et ils s'en soucient fort peu. Personnellement, ils ne sont pas toujours hostiles au christianisme ; quelques-uns ne font aucun obstacle à la propagation de la foi. Ils administrent la justice tant bien que mal, et ils perçoivent les impôts. Il y a de bons et de mauvais mandarins; mais, règle générale, on les évite tant qu'on peut. Le gouverneur de la province, le taotai du district, le chi-fu, sont des personnages dont l'apparition seule suffit pour donner le frisson. Les villages ont une constitution municipale fort libre. Ils s'administrent eux-mêmes. Là où le christianisme prend racine, les missionnaires acquièrent malgré eux un grand ascendant. Le Chinois veut être dirigé. Il aime l'autorité, car il en sent le besoin, et il préfère celle du missionnaire qui lui fait du bien à l'autorité du mandarin qui ne se montre que suivie de l'exécuteur des hautes œuvres et avec l'intention de ramasser et d'emporter le plus d'argent possible.

Les missionnaires nient qu'ils excitent les sujets à la rébellion, mais ils admettent qu'ils les encouragent à ne pas assister aux cérémonies païennes, et à ne pas contribuer aux frais de ces cérémonies.

Ils avouent qu'ils plaident, auprès des mandarins, la cause des chrétiens persécutés pour leur

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religion, et ils déclarent ne pouvoir refuser l'entrée dans le giron de l'Eglise, pourvu que la conversion soit ou semble sincère, à des hommes réputés mauvais par le mandarin, le but de la religion chrétienne étant de sauver les âmes et, par conséquent, de corriger les méchants.

Le traité entre la France et la Chine ayant stipulé la restitution des anciennes propriétés de l'Église, les missionnaires ne font qu'user d'un droit en demandant, le cas échéant, l'intervention des consulats ou du ministre de France. Si ceux-ci considèrent leur demande comme inadmissible ou comme intempestive, ils abandonnent ou ajournent leurs réclamations. De toute manière, si quelqu'un avait à se plaindre de leur importunité, ce seraient les autorités diplomatiques et consulaires de France, et non les mandarins chinois.

En ce qui concerne le fait de s'être arrogé des titres et des sceaux, c'est là une question tie tact, d'appréciation individuelle et d'obéissance au supérieur. Le missionnaire doit, avant tout, donner l'exemple de l'humilité; mais les vicaires apostoliques sont des évêques, des princes de l'Église, et, en usant de leur sceau, ils ne se rendent coupables d'aucun empiétement sur la juridiction du mandarin. En Chine, le sceau est le seul symbole de l'autorité officielle que donnent les hautes fonctions de l'État. Le sceau du vicaire constate, aux yeux des chrétiens indigènes, sa situation de pasteur et d'évêque. Même avant les traités, les vicaires généraux se sont constamment servis de leurs sceaux. D'ailleurs, le Tsungli-yamen ne l'ignore pas, les contes-

tations sur des questions d'étiquette se présentent très-rarement.

Quant aux orphelinats, tout le monde sait comment les choses se passent. Jamais les prêtres ni les sœurs n'ont acheté d'enfants. Dès qu'un asile est établi, les enfants affluent de tous côtés. Ils sont apportés soit par leurs parents, soit par des voyageurs chrétiens ou païens auquels les parents les ont remis à cet effet. Jamais on n'expose les enfants mâles, à moins que la misère, Fimpossibilité absolue de les nourrir n'y contraignent leur père. Les filles, considérées comme une charge, sont jetées dans la rue ou dans la rivière ou bien enterrées vives. Il est même des gens aisés qui s'en débarrassent de cette manière. Mais, quand on sait qu'il y a un orphelinat dans le voisinage, la voix de la nature se fait écouter ; les parents apportent leurs enfants aux missionnaires. La mortalité des jeunes garçons est très-grande, par la raison que les parents ne s'en séparent qu'à la dernière extrémité; les enfants ont donc souffert de la faim. Admis dans les orphelinats, ils engraissent et prennent les apparences delà santé; mais, au bout de quelques mois, ils tombent soudainement malades, et la plupart dépérissent et m.eurent. Parmi les jeunes filles, la mortalité, quoique considérable aussi, est moins grande, par la raison qu'elles ont été exposées ou portées aux asiles des sœurs immédiatement ou peu de jours après leur naissance. Elles n'ont pas eu le temps de contracter les maladies qui naissent de la faim. Il est trop vrai que beaucoup de ces enfants meurent, mais beaucoup aussi reprennent

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force et santé. Tous ces êtres abandonnés auraient péri misérablement sans l'intervention des missionnaires et des religieuses. Dans les ports des traités, on taxe les sœurs d'imprudence. On leur dit : Le nombre d'enfants que vous sauvez est trop peu considérable pour compenser le mal que vous vous faites à vous-mêmes, et indirectement à nous tous, en donnant lieu à des soupçons et à des bruits calomnieux contre tous les Européens. A ce reproche, nous, les missionnaires et les sœurs, nous répondons que, d'abord, nous contestons le fait. Les religieuses sont partout entourées de la vénération de la population. A Ning-Po, par exemple, les indigènes de toutes les classes les saluent quand elles se montrent et les pauvres bateliers du grand bac refusent d'accepter d'elles de l'argenté On pourrait citer une foule d'autres preuves. Ce n'est que dans les derniers temps que les lettrés sont parvenus à exciter le peuple contre nous. Et, ne l'oubliez pas, nous sommes des missionnaires, nous voulons sauver non-seulement la vie de ces enfants, mais aussi leurs dmes. Dès qu'ils nous sont remis, s'ils n'ont pas atteint l'âge de raison, ils sont baptisés; ceux qui ont plus de sept ans sont d'abord instruits et ensuite baptisés. Vous souriez? Soit. A chacun son point de vue. Chacun remplit ses devoirs comme il les entend. Aussi longtemps que des inconvénients graves n'en résultent pas pour les autres, les autres n'ont pas le droit de se plaindre de nous. Vous nous

1. Ce fait m'a été confirmé par un résident anglais protestant de Ning-po.

rappelez Tien-tsin. Nous n'admettons pas que la mortalité parmi nos orphelins ait été la cause des massacres. C'était le prétexte et une arme dans la main de ceux qui les ont provoqués, préparés et dirigés; le but de ces hommes était et est l'extermination ou l'expulsion, non-seulement des missionnaires, mais de tous les étrangers.

Quant aux doléances du Tsungli-yamen, elles ne sont pas sincères. On les met en avant pour nous priver du droit d'exterritorialité; pour nous soumettre aux lois du pays, c'est-à-dire au bambou et à la torture; pour revenir à l'état de choses antérieur à la guerre et aux traités ; et cela au su et du consentement des puissances avec lesquelles on les a conclus.

Beaucoup de ces arguments se retrouvent dans les réponses que les ministres d'Angleterre et des États-Unis ont faites à la circulaire du Tsungliyamen, et qui ont été communiquées au Parlement anglais. La note du chargé d'affaires de France, inspirée par son gouvernement, n'avait pas été officiellement publiée, mais on en connaît le texte :

« Si la pensée qui a dicté le mémorandum prévalait, écrit M. le comte de Rochechouart au Tsungli-yamen % nos rapports avec le Céleste-Empire seraient profondément troublés, sinon rompus. » Les huit articles sont ensuite réfutés dans un langage fort énergique. « Aucun d'eux, dit la note en terminant, n'est acceptable, aucun ne paraît sérieusement proposé. Le gouvernement français croit que les

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