Pékin, 14 novembre
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chrétiens causent des soucis au gouvernement chinois, il croit bien plus encore qu'on se sert d'eux comme d'un prétexte. » Il serait superflu de reproduire ici les notes des envoyés d'Angleterre et des États-Unis. J'en relève cependant quelques passages.
M. Wade saisit cette occasion pour recommander de nouveau la création d'un code international applicable aux cas mixtes, et pour exhorter le gouvernement chinois à admettre loyalement le principe des relations officielles avec les puissances, en d'autres termes, à établir des légations permanentes auprès des cours étrangères. « Ce n'est pas une panacée contre tous les maux, dit-il, mais ce serait le moyen de rendre les guerres moins fréquentes ; ce serait la seule garantie efficace contre le retour de différends internationaux. De cette manière on mettrait fin, entre le Yamen et les Légations étrangères, à ces récrimininations incessantes qui, à Pékin, rendent la vie si dure aux agents diplomatiques. La Chine doit pouvoir se faire entendre, et elle doit connaître ce qui se passe au delà de ses frontières. »
M. Low appuie sur ce fait que presque toutes les plaintes du gouvernement chinois ont pour sujet des prêtres et des chrétiens vivant dans les provinces de Sze-chuen et de Kwei-chow, c'est-à-dire fort loin des endroits habités par les consuls, les marchands et en général par les étrangers. De là l'impossibilité d'obtenir des témoignages impartiaux. Le moyen le plus sûr de prévenir les troubles dont on accuse les missionnaires, ce serait, selon le représentant américain, l'établissement de consulats dans ces
contrées et l'ouverture de ces mêmes provinces au commerce étranger.
Lord Granville, dans sa dépêche à M. Wade, servant de réponse au mémorandum chinois, recommande, comme M. Low, l'ouverture de l'intérieur de la Chine au commerce étranger.
Le véritable intérêt de cette correspondance diplomatique est dans les rapports que MM. Wade et Low adressent sur cette matière à leurs propres gouvernements.
ce Le mémorandum chinois, écrit M. Wade à lord Granville, est mal fait. Il contient, à côté de quelques affirmations faciles à réfuter, des accusations insoutenables. Mais, considérées dans leur ensemble et comparées à ce que j'ai appris par de longues conversations, durant ces huit dernières années, ces pièces confirment ma conviction que, pour protéger les missionnaires contre l'hostilité des classes lettrées, il faut de deux choses l'une : ou les puissances protectrices devront, l'épée à la main, appuyer les missionnaires dans toutes leurs prétentions (ont and oui), ou bien elles devront y apporter certaines restrictions. Ces restrictions devraient, d'un côté, laisser aux missionnaires toute la latitude d'action qu'ils peuvent désirer s'ils ne visent qu'à rendre la Chine chrétienne , et, de l'autre côté, elles devraient fournir au gouvernement le moyen de déclarer aux conservateurs indigènes, blesses par les prétentions actuelles des missionnaires, que ces prétentions ne sont pas autorisées par les puissances protectrices....
« Il n'est que trop juste d'ajouter que, selon le
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témoignage unanime des missionnaires romains, le gouvernement fait ce qu'il peut pour prévenir des collisions avec les chrétiens. Les trois quarts des missionnaires catholiques , en tout quatre à cinq cents, sont Français, et les Chinois non-chrétiens désignent la religion catholique romaine par les noms de religion de France ou religion du Seigneur des cieux.
« Très-souvent j'ai entendu énoncer ici des appréhensions au sujet de l'ascendant romanisteK Aussi la crainte de voir les romanistes se recruter parmi les ennemis du gouvernement et dépasser à la fin, en nombre, les sujets bien intentionnés, ou de voir les chrétientés se jeter complètement dans les bras de la France, cette crainte, quoiqu'on ne l'avoue pas, doit avoir réellement inspiré le mémorandum. >>
M. Low, ministre d^^s États-Unis, dit- dans son rapport à M. Fish :
» Je ne crois pas et, par conséquent, je ne saurais affirmer que toutes les plaintes contre les missionnaires catholiques soient vraies, raisonnables ou justes; mais je pense que quelques-unes de ces doléances ne sont pas dépourvues de fondement. Et, quoique je me rende parfaitement compte des difficultés et des dangers, ma loyauté m'oblige [candour compels me) de dire que le remède ne se trouve pas à la portée de la diplomatie, mais qu'il est en dehors de son action. Une saine politique autant que les sentiments religieux et moraux des nations chré-
1. M. Wade se sert constamment des mots romanismc et romaniste, employés surtout par les missionnaires anglais, mais qui ne sont pas d'usage dans les correspondances diplomatiques.
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tiennes, s'oppose à ce qu'on revienne sur ses pas, quels que soient les avantages qu'une semblable conduite puisse assurer à l'industrie et au commerce. Les considérations d'humanité aussi exigent que le droit d'être gouvernés et punis d'après les lois de leur pays soit maintenu pour tous les étrangers. D'un autre côté, les gouvernements doivent veiller à ce que leurs officiers, agents et sujets, n'empiètent pas sur les droits des Chinois, et que les stipulations des traités soient également observées.... Qu'une abstention rigoureuse de toute intervention entre les chrétiens indigènes et les autorités chinoises entraîne pour les premiers des persécutions, c'est une éventualité possible et même probable ; mais peut-être une pareille conduite finirait-elle par seconder plutôt la cause des missionnaires.... Le remède, si remède il y a, la France seule est appelée à l'employer. C'est à cette puissance, dans son propre intérêt comme dans celui de tous les résidents étrangers, d'enlever aux Chinois toute juste cause de plainte. »
En résumé , M. Wade et M. Low se rent^ontrent dans la conviction que la diplomatie est impuissante à résoudre ce qu'on appelle la question des missionnaires. Seulement ils arrivent à des conclusions opposées. Le ministre d'Angleterre insinue, indirectement, d'abandonner les missionnaires à leur sort. Ce conseil ne lui est pas nécessairement inspiré par un sentiment hostile, ou un manque de sympathie pour l'œuvre de l'apostolat. Je suis loin de le penser. Des catholiques fervents partagent l'opinion de M. Wade, et demandent la cessation de tout pro-
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tectorat. Tout à l'heure j'examinerai cette théorie. M. Low, avec une liberté d'esprit et une élévation de sentiments remarquables, revendique, au contraire, pour les prêtres le maintien des droits et privilèges que les traites assurent à tout étranger résidant en Chine.
En Europe, le mémorandum chinois donna lieu à un échange d'idées entre les grands gouvernements*. Le cabinet français avait énoncé le désir qu'on répondît au Tsungli-yamen par une note collective. Le gouvernement britannique déclina cette proposition, en se fondant sur la différence qui existe entre les traités français et les traités anglais, relativement aux missionnaires catholiques et protestants en Chine. Par conséquent, chaque envoyé présenta sa note séparément, mais tous répondirent par une fin de non-recevoir. Pour le moment, les choses en resteront là^
La tragédie de Tien-tsin et les revers récents de la France ont un moment compromis le protectorat qu'elle exerce sur les missionnaires et les chrétiens indigènes. Des voix se sont élevées pour suggérer une nouvelle combinaison qui, à première vue, se recommande par sa simphcité. Les missionnaires catholiques, a-t-on dit, sont de simples étrangers, absolument comme les marchands résidant dans les ports. Ces prêtres seront donc protégés par le mi-