‹ Promenade autour du mondeChapitre 13 sur 102 · LETTRE XCVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XCVIII

D^Agagna (Ile de Giibam).

iVl A G E li L A N donna aux îles M ariannes le nom de Ladrones fipairceqvL il y fut victime de. sa bonne-foi^ et il n'y aurait pas d'injustice à le leur conserver encore de nos jours ^ tant les habitans affectionnent cette douce habitude de s'approprier le bien d'autrui.

Si tôt que le pouvoir des Espagnols y fut établi , sur des bases il est vrai assez chancelantes^ leur premier soin dut être d'y maintenir leur esprit , et de faire sentir leur supériorité. QiUroga était de retour à Manille 3 le père SainUf^ictores avait péri victime de son courage apostolique; et celui qui avait succédé au chef de l'expédition, ne s'occupait que des recherches qui pouvaient donner a sa patrie une haute idée du pays qui lui était soumis , et des «oins moins généreux d'agrandir promptement sa fortune. Il avait expédié des demandes au Gouverneur général des Philippines : car il craignait que Qidroga n'eut fait voile pour l'Espagne; mais le hasard le servit plus promptement qu'il n'avait osé

Fespérer. Les Carolines attiraient les regards de la cour de Madrid, en même temps que celle-ci s'occupait de la conquête des Mariannes. Neuf petits navires, partis deLuçon, y transportaient plusieurs religieux, que leur zèle pour leur religion éloignait d'un séjour de tranquillité et d'aisance. Les vents leur furent d'abord contraires; et un orage épouvantable les ayant éloignés de leur route, huit de ces navires vinrent périr sur la côte de Guham, tandis que le neuvième fut assez heureux pour entrer dans une anse, où il se mit a l'abri de la tempête. Le seul moine qui se sauva, resta quelques années aux Mariannes, et y prêcha avec tout le zèle et le succès du père Saint-^Kictores , mais avec plus de bonheur. Une chose assez remarquable , c'est qu'on vit bientôt les plus considérés des anciens habitans protéger avec opiniâtreté la religion de leurs oppresseurs, et prétendre interdire au bas peuple le droit qu'ils voulaient avoir seuls, de jouir des biens à venir qu'on leur promettait.

Les détails des antiques usages de ce peuple étant consignfss dans un ouvrage publié à Manille en 1790, par le père Jean de la Conception, récollel déchaussé , je l'ai parcouru, et je me suis convaincu que cette compilation énorme avait été écrite par l'ignorance et la crédulité. Les récits des miracles qui ont eu lieu aux seules îles Mariannes occupent

cinq ou six volumes, et il serait absurde d'ajouter foi a une foule d'historiettes ridicules de sorciers et de saints^ qui se seraient mêlés de la coiiquétc de cet archipel.

Je traduis une page; écoute :

w Si tôt que Quiroga fut arrivé aux Mariànùes; >) et qu'il eût annoncé aux h^itans la nouvelle >> religion. qu'il venait leur apporter^* la mer se )) retira^ comme pour le prévenir qu'il ne devait » retourner dans son pays qu'après avoir faeureu-^ » sèment terminé son entreprise. Le lendemain >) de son dél>arquement^ la terre fut agitée avec >) un bruit épouvantable , et Quiroga y vit le » présage des peines et des soins que lui don- » nérait la conquête de Guhàm. Le troisième >) jour y le soleil le plus pur aninia la lïature , n et les Espagnols eurent la certitude du succès. » Le quatrième ,. un vent impétueux les prévint >) de la résistance de Matapang, et le dnquiètne ^ » des arbres ayant été déracinés par cet ouragan ^ » on n'eut aucun doute de la mort de Suint-- >) Flctores et des massacres affreux dont la >> colonie serait le théâtre. Tout arriva comme » la Nature l'avait prédit : Samt - Fïctores fut J) victime de la fureur dé Matapang; Quiroga, » dans sa Juste vengeance y extermina une grande M partie des Naturels^ et l'étendard de la croix ne

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