LETTRE CIL
B^Aga|;iia (Ue de Guham).
Voila Rotta ^ Tiniàn y Guham et les mœurs de leurs habitans ^ voilà les Mariannes, car toutes les autres îles de cet archipel sont inhabitées. J'aurais pu sans doute y joindre, par exemple, quelques observations sur les privilèges que les anciens nobles de ce pays voulaient s'arroger, sur la défense qu'ils avaient faite aux roturiers de recevoir le baptême ^ prétendant jouir seuls dés biens étemels que leur promettaient nos prêtres ; mais j'aime mieux passer quelques ridicules sous silence^ car, en me lisant, tu ne te croirais plus a près de cinq mille lieues de ta patrie, d'où je prétends t'éloigner pendant quelque temps.
Guham a quarante lieues de tour. La partie Sud de File est toute volcanique^ composée de montagnes de terrain brûlé, rougeâtre , ou bien de laves basaltiques. Le côté Nord, presque désert, est fbrmé de calcaire madréporique , dont les falaises qui bordent la mer sont abruptes et élevées. Au milieu Je ce massif calcaire , dans un lieu nommé Sainte^
AUTOUR DU MONDE. 8r
Rose y a pointe un petit piton volcanique- Des massifs madrëporiques entourent presque toute l'île, qui e^t plutôt défendue par son inutilité que par la nature et les forts que les Espagnols y ont bâtis.
Les bois et les montagnes de Guham offrent au naturaliste des objets dignes de sa curiosité et dé ses réflexions. Une grande quantité d'oiseaux, riches de mille couleurs, voltigent de branche en branche, et ne cherchent que rarement a éviter l'atteinte des chasseurs. Le plus joli, sans contredit, est la tour-^ terelle à calotte purpurine y dont les couleurs sont d'une douceur étonnante et la forme infiniment . gracieuse. Les martins-pêcheurs viennent après : il y en a de magnifiques^ mais en général , les oiseaux de cette vaste partie du globe , brillans de plumage , ont un chant monotone ou un cri désagréable.
La mer est plus riche encore que la terre. On y trouve des poissons de toute espèce, et bariolés de mille couleurs. La collection de nos docteurs est précieuse 5 et je suis persuadé qu'ils apporteront bien des espèces inconnues en Europe*. Si j'en crois le major don Louis, dont la véracité ne peut être contestée, on fait ici, auxhabitàns de la mer, une guerre opiniâtre, à l'aide d'un petit poisson dont j'ai oublié le nom , et qu'on garde dans un
^ La plus grande partie de cette collection, qui leur avait coûté tant de soins et de peines , est restée sous Peau aux Ues Maloulnes.