‹ Promenade autour du mondeChapitre 24 sur 102 · LETTRE CVII · texte numérisé non relu

LETTRE CVII

De Kajerooa (Owliyliée).

JuA ville de Kayerooa^ t'al-je dit, tsx. dominée par une montagne assez haute ^ qui garantit la rade des vents de Nord et de Nord-Ouest. C'est de cette montagne^ surtout de la colline la moins éloignée^ que les habitans tirent la plus grande partie de leur subsistance. Il est vraiment douloureux de voir la plaine étendue qui la borde des deux côtes, inculte et pour ainsi dire méprisée. Ccnnment un peuple, dont le caractère distinctif est la paresse et la nonchalance, peut-il se résoudre à abandonner une terre si fertile , qui , en Fenrichissant, lui éviterait souvent des fatigues et de grandes souffrances? un soin de quelques jours lui donnerait une nourriture de plusieurs mois^ et deux années de persévérance le combleraient à jamais des dons précieux, que sur le sommet des montagnes, un vent impétueux ou toute autre catastrophe peut si facilement lui enlever. Je m'étonnais avec raison, à Guham , du peu de nourriture que prenaient les habitans , même après un travail long et assidu ; ici on serait

effrayé de la voracité des Naturels des M ariannes , et, si j'en excepte les chefs, dont Tappétit est plus grand , et paraît moins facilement satisfait, je ne conçois pas qu'une nourriture si faible puisse suffire aux besoins de Thomme.

Les arbres qui couronnent les montagnes sont , en général, utiles et vigoureux. Des bananiers, deS; rima, des palma-christi , des tamariniers les ombragent; les uns et les autres descendent aussi dans la plaine, mais n'y acquièrent pas la même vigueur. Les cocotiers surtout qui bordent le rivage, et les rima qui entourent les maisons , ne s'élèvent que tres-modestement. Leurs fruits sont petits et rares, leur feuillage flétri et peu étendu.

. Le Roi fait bien des concessions de terrains aux habitans qui viennent lui en demander; mais je voudrais que celte faveur ne fût accordée qu'a ceux qui s'engageraient a les cultiver; et si, après un temps prescrit, j'y trouvais la même stérilité , effet de la paresse ou de l'însouciaiice du j^ropriétaire , non-seulement je le priverais d'un don qui n'aundt été que conditionnel, mais encore je le punirais d'avoir abusé de la bonne-foi du bienfaiteur, et du tort qu'il se serait fait à lui-même.

Ne retirant pour ainsi dire aucun impôt de revenu des terres, il paraît d'abord qu'il doit importer fort peu au souverain qu'elles soient cultivées avec

soin, OU abandonnées a leur propre fécondité; mais en y donnant là plus légère attention, on sent de quelle importance il est pour un Etat de ne pas négliger des richesses si grandes et toujours cer-^ taines. On est déjà bien heureux , quand on peut 9e passer d'un secours étranger.

Je conçois que Tamahamak /.*' ait un peu négligé la cylture des terres; et la raison de son insouciance s'explique ici comme dans tous les États civilisés. Occupé du soin de se maintenir sur le trône chancelant que lui avait laissé son père , il ne dut penser qu'à la guerre, et à éloigner ou a vaincre par la force des armes les ennemis qui cherchaient à le renverser. Chez nous, où ime faible partie de la nation seulement est tenue de s'armer pour le souverain, il reste encore des bras a l'agriculture; et un zèle plus actif, et une récompense proportionnée, balancent, pour m'exprimer ainsi, les malheurs causés par les troubles et les dissentions. II n'en était pas de même à Owhyhée : le vieillard suivait son jeune fils à la guerre, pour lui donner l'exemple du courage; et les mères accompagnaient presque toujours les armées, où elles pouvaient encore rendre des services importans. Ajoutons à ces considérations, que Tamahamak, sans combattre, se regardait déjà coname vainqueur , et que c'était toujours sur les terres de ses ennemis qu'il étal^lissait son champ de bataille.

IIO PROMENADE

Notre botaniste, dont le zèle augmenté en proportion des difficultés et des fatigues, a parcouru une grande partie des hauteurs qui dominent la ville. Il nous a assuré que la végétation y était très-vigoureuse, et qu'il serait excessivement facile de diriger dans la plaine, par des canaux peu profonds, les eaux qui fécondent ces sonunets, et qui sont perdues pour les habîtans, dont les ressources n'existent qu wprès du rivage.

mi w».pi

Page 1