‹ Promenade autour du mondeChapitre 28 sur 102 · LETTRE CXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXI

Baie de Kayâkakooa (Owbjhéc).

Vji'est* par des actions traiin^t ëtonnantés que ce Roi SI regretté à mëritë Famour de des sujets. Force par l'audace coupable de qûe^uès chefs rebelles^ de porter la guerre dairis lès^ île^ c(h'on tewait de feire soulever^ il a toujours mdntré le courage le plus grand dûns les përiû^ le talent fe plus rare dans seS; expéditions. Apirès avoir vaincu lès Gou-^ vemeurs àe Mùwhée et d^Wahoo, (}ui avaient levé Fëtendard dé la révbke, et s'ëtdient fait déclarer Rois indépendati^^ il leur Et le pctutèséàh^ léi forinies^ et les conâaitUGia à être fusillés.

Le lïombre do ses troupes augmentait à propor^ tvm de ées besoins. Gértsiins dé la victoire^ et glo-* rieut de servir la bonne cause^ ses ^i^ts se fàisàiéÎDit enrôler avec joie^, oonïbiattaieMâVec intrépidité^ et moumii^tït sans regret. Ori a VU des feiiinies suivre les camps ; dotiner dans les conlbats les marqués du plus grand' coui^g'é , et rivalijèi^ de zèle et <f amour pour leur Roi avec les clie& les plus auda-* cieux. Quant k Tamahàmah^il défendit, à divér#s

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reprises, à ses troupes, de porter avant lui les premiers coups à Fennemi, et de quitter leurs rangs pour venir le défendre. On n'obéissait qu'a moitié a cet ordre , dicté plutôt par une imprudente témérité que par la sagesse qui doit toujours présider aux actions d'un général d'armée.

Si Tamahamah ne s'était illustré que par ses conquêtes,. sa gloire serait courte , et peut«etre que déjà il serait moit tout entier, tandis que les bienfaits dont il a enrichi ses peuples lui assurent^ pour ainsi dire, une nouvelle, vie dans le cœur de .ses sujets. Occupé toutefois des soins de maintenir. sa puissance, et presque toujours en face de rennemi^ il lui eut été bien difiicile de purger son pays de toutes ces superstitions ridicules et de ces usages barbares qu'avaient adoptés ses ancêtres^ mais ne pas les pratiquer, et leur donner par cette conduite une espèce de nullité ou plutôt de ridi<^iie , c'était déjà ouvrir à. ses sujets une nouvelle route, leur faire entrevoir de meilleurs principes, et les dégarger, par son exemple, des liens honteux et hérédir taires qiû les avilissaient. Car ici> comme dans tous les pays civilisés, le peuple esti presque toujours ce que le chef veut qu'il soit, ,et l'on trouvé peu de pané* gyristes du vice, là où le. Souvçrain^prot^ge la vertu..

Tous, les peuples ont eu une religion; ic'est un ppint i|icome$tahle. Ici elle a été douce et

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hiénfaisante^ la cruelle et tyrannique. TeDe nation s'est crée des dieux bons et géhëreux; telle autre a adoré les tigres et les serpens. D'un côté Ton a vu des offrandes présentées par l'amour et la reconnaissance ; d'un autre des victimes sacrifiées par la crainte et la terreur. Chaque pays donnait a sa divinité le caractère qui le distinguait^ et il ne serait peut-être pas imprudent de juger des mœurs de tant de peuples éteints ou à demi ignorés^ par les images de leurs dieux et de leurs idoles y que les siècles ont respectées.

On faisait encore^ il y a huit a neuf ans^ des sacrifices humains aux îles Sandwich ; Tamahamah a détruit en partie cet usage sacrilège, que les nations de l'Europe auraient dû avoir aboli depuis long-temps. Dès qu'il s'agissait d'une affaire importante, comme du conamencement d'une guerre, ou des résultats d'une bataille décisive, on cherchait a se rendre la divinité protectrice en lui sacrifiant un ou plusieurs hommes. A cet effet, une troupe dé gens armés se mettait en embuscade sur un chemin ou auprès d'une place publique, et se précipitait avec de grands cris sur le malheureux qui passait. Son cadavre était offert aux dieux, et porté en offrande dans un temple , d'où le prêtre lançait ses oracles et encourageait les soldats ou les glaçait de frayeur.

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Si le $o)eil ou la lune s'éclipsait , malheur en^ core au premier individu sflins considéràtûm qui ^ trouvait auprès d'un lieu taboue-^ il était sacrifie sans pitié j et c'était à sa mort que les Naturels attribuaient le retour de la lumière.

Tamahamah est encore le premier qui ait osé abolir ce préjugé sanguinaire, sans craindre que le soleil lui refusât ses rayons.

Mais comme, même dans les eiîtreprisiBs les plus sensées et les mieux réfléchies, il importe toujours de ne pas heurter de front les opinions du vulgaire et les préjugés de la multitude, Tamahamah craignit, par trop de violence, de forcer le peuple k résister k sçs volontés, et à pratiquer secrètement les usages qu'il cherchait à détruire. Il mit donc sagement des modifications aux ordres sévères qu'il avait fait publier. Dès qu'un coupable était condanmé à mort, au-lieu de l'inunoler sur-le-cfaamp , comme on l'avait toujours fait, Qii le r^rvait pour les occasions où leur religion et leur intérêt prescrivaient do^ sacrifices, qui se faisaient toujours avec beaucoup d'appareil. U satisfaisait ainsi a l'hu^rqanité et aux principes religieux que ses peuples avaient contractés, et qu'il n'était pas encore en mesure de détruire entièrement.

Le cœur de Tamahamah était bon, sans doute; son penchant le portait au bien; mais on déplore.

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même après tant cTe bienfaits, le malheur d'un peuple qui n'a pour se guider que les exemples et les leçons d'un homme qui ne connaît de la civilisation que les premiers degrés y et qui n'est pas encore assez éloigné de l'état de sauvage pour ne laisser en vigueur que des lois équitables, et pour abolir des usages dont la seule idée fait frémir l'humanité. Je t'en ferai connaître quelques-uns dans une autre lettre, où il sera question des fautes et des crimes , pimis dans ce pays, et des divers supplices destinés aux coupables^

Tamahanmh soldait ses troupes; mais la meilleure paye de ses soldats était le pillage , qui, après la victoire^ était non-senl^^ent permis, mais même ordonné. Il était rare aussi que dans ces cspédi* tîons si meurtrisses', le massacre ne suivît pas toujocHTS le tnomfhe; les vaincus eux-n^mes donnment souvent l'exemjpte de cette cruauté inouïe : malheur au soldait qui tombait en vie aitre les mains des ennemis.

Lorsque Tamahamah avait à punir la révohe de quelqu'un de ses sujets, les courriers qu'il expédiait aux îles soumises pour lever des troupes étaient reçus avec la plus grande distinction. Le Gouverneur ou le chef le plus marquant lui faisait trois questions : I/où venez^ous? pour quel motif? qui %>ou$ envoie? Dès que le courrier avait prononcé

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le nom de Tamahamah y le peuple se prosternait ^ et peu de jours après, une puissante armée était sur pied*

Le nombre des fusils du Roi était inrunensë, et son artillerie très-redoutable ; mais on prétend , et j'ai peine a le croire, qu'il s'est refusé ce secours pour' soumettre les îles révoltées. Une pareille conduite ne s'accorderait pas avec la prudence qui parfois semblait le caractériser.

U permettait a un soldat de prendre un taro, un coco, un melons dans le champ de l'étranger; le soldat était puni s'il en prenait deux. Dans le premier cas, disait-il, le dommage était bien moin' dre que le bienfait; dans le second, il châtiait une injustice, puisque le premier besoin devait être satisfait.

Il serait injuste de disculper Tamahamah de cet esprit de domination et de conquêtes qui faisait le principal fond de son caractère. Il demandait à tous les étrangers s'ils pensaient que ses doubles pirogues fussent assez grandes pour entreprendre des traversées de mille ou douze cents lieues, son intention étant de soumettre toutes les Iles des Amis et de la Société. U eut été difficile que taint de victoires n'eussent pas enflé son cœur

et servi d'aliment a son ambition.

Il paraît, par ce que dit Vancouver dans son voyage, que Tamahamah^ dans les premières années

de son règne ^ n'avait pas encore assez de pouvoir pour maintenir ses sujets dans une entière obéissance. Des principaux chefs au Roi, la distance était trèspetite ; et souvent le crédit d'un officier balançait celiii du souverain. Pour sauver' la vie aux infortunés Y^ounc et Dauis, son autorité seule n'a pas suffi; il a eu besoin de nombreuses escortes; mais dès qu'il s'est vu plus ferme sur le trône, il a su conmiander l'obéissance sans cesser de se faire aimer, ou plutôt c'est ce même amour de ses peuples qui faisait sa sauve -garde et sa sûreté. Sa taille était moyenne , son front couvert, ses yeux trè^petits, ses muscles très -prononcés, sa force extraordinaire, son adresse merveilleuse. Il arrêtait en combattant les sagaies de l'ennemi, et ses coups étaient presque toujours mortels. Il avait dans sa jeunesse les manières brusques et sauvages, le regard cruel, le ton d'un despote; mais Fâge avait beaucoup adouci ses traits; et ses portraits les plus ressemblans le représentent sous la figure d'un bonhomme.

Son costume, dans les derniers temps, était celui d^un capitaine de vaisseau anglais; et, aux combats, il était coiffé d'un casque de plumes, armé d'un sabre, d'un fusil et d'une sagaie, dont il se défaisait en commençant l'attaque. Son manteau était comme celui des autres chefs. A son exemple, tous ses soldais

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ixiarçli9ieQt pieds nus; Us volaient à l'ennemi avec de grwda cris^ et leur signal de ralliement était le nom de Tamahamah *.

* n parlait TangUis, mais ne savait ni lire ni écrire. Marini et tous les Américains établis aux Sandwich nous ont assuré «pi^on Fappelait le NapMon de la Mer du Sud,

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