‹ Promenade autour du mondeChapitre 30 sur 102 · Tome II. l O · texte numérisé non relu

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on eût dit que notre docteur avait pris des leçonst de quelques-uns de nos modernes Hypocrates d'Europe. Mais hélas! l'infortuné ne savait absolu*ment rien^ et armé de la boîte avec laquelle il faisait ses sacrifices, il donnait l'ipécacuanha et de la scillc à ceux qui avaient du rhume, et prodiguait le séné, la manne et la casse aux infortunés qui auraient dû vomir.

Cependant il nous avait promis de nous présenter au Roi; mais comme il voidait sans doute un pré^ texte, il me demanda si je ne serais pas bien«-aise d'avoir son portrait; je lui répondis que j'en serais enchanté; là-dessus il nous dit qu'il allait nous annoncer, et nous laissa dans l'appartement des princesses, où nous pûmes, pendant ime demir heure , faire nos observations.

La Reine-mère , favorite de Tamahamali , étendue sur des nattes très^fines, était enveloppée dans une pièce d'étoffe couleur M,*^ de Lavallière , d'une grande beauté. Sa figure est intéressante, sa grosseur extrême. Ses, yeux étaient abattus par une légère indisposition, ses manières très-engageantes, et en la considérant davantage, on n'est pas surpris du vif attachement que Tamahamah avait pour elle. Ses jambes, la paume de sa main gauche ainsi que sa langue sont tatouées avec art, et l'on voit sur son corps un grand nombre de traces de

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l^rulures et d'incisions qu'jslle s'est faites à la mort de son mari. Elle nous offrit de la bière avec beaucoup d'obligeance ^ elle trinqu;]i avec npus^ et à son exemple^ nous portâmes la santé de Tama^ hamah. Un jeune homme ^ fort p^pre et tr^ bien fait^ agitait devant elle un éventail élégant, de plumes de divers oiseaux y tandis qu'une jeune fille ^ par intervalles^ lui présentait un petit vase de calebasse à moitié rempli de fleurs, et recouvert d'un mouchoir noué, dans lequel elle crachait. Ce vase était aussi offert aux autres princesses ; mais on voyait clairement que tous les soins et les plus grands égards étaient pour la favorite appelée Tamahdntaroo.

Les Reines étaient au nombre de cinq, et celle dont je te parle, qui pesait au-moins quatre quintaux, était la moins massive. Les. autres étaient plutôt des masses informes de chair que des figures humaines. Deux d'entr'elles ressemblaient passablement à ces éléphans de mer qui se traînent, dit-on, si péniblement sur le rivage. Toutes étaient couchées sur le ventre, et j'avoue que je n'ai pas vu une seule fenmie des îles Sandwich, seule sur ses nattes, étendue sur le dos.

L'appartement qu'elles occupaient était p^tit e( encombré de calebasses, de nattes, de petits coffrets de Chine, d'étoffes anglaises et du pays , jetés

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comme par hasard dans tous les coins. La porte était obstruée par ime foule nombreuse de peuple; et im corps-de*garde établi auprès^ veillait à la sûreté des princesses. Lorsque nous avons demandé quels étaient leurs divertissemens^ et conmient elles passaient leur vie, on nous a fait entendre qu'elles s'occupaient de ne pas mourir, ce qui est assez difficile avec un médecin de la force de celui dont je t'ai parlé. Heureux ceux qui peuvent se passer de lui! heureux ceux qui n'ont pas besoin des autres!

Cependant notre interprète officieux étant de retour, nous allâmes avec lui chez le. Roi, qui nous reçut dans le costume brillant dont Je t'ai parlé , mais d'un air si empesé, que nous jugeâmes bien que son corps était habitué k plus de liberté.

Je le dessinai avec sa femme, et je joignis an tableau ses principaux officiers , qui étaient Couchés à ses pieds, ainsi que les deux gardes à manteaux de plumes qui, le sabre nu, semblaient prêts à le défendre. Nous fîmes cadeau aux souverains d'unschall de Madras et de belles boucles d'oreilles j mais nous eûmes le regret de voir qu'ils recevaient nos présens sans affection, et sans paraître y attacher le moindre prix.

Avant de nous retirer, notre introducteur me pria de donner, en présence de la cour, une séance

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ifescMnotage, et le Roi aie présenta' iin jeu de ciirtes françaises; je me prêtai volontiers à leur invitation, et tout novice que je suis dans cette partie , je m'amusai beaucoup de la surprise des officiers, et surtout de Fair hébété du Roi, Son épousé, avec des manières tout aimables, me supplia de lui enseigner plusieurs tours; j'y con^tis, et j'eus le plaisir de la voir en saisir quelques-uns avec une adresse étonnante.

Cette jeune personne est sœiu* de son mari. Elle a dans les manières quelque chose d'enfantin , de •doux, peutrétre même de niais, qui ne lui sied pas mal. La présence du Roi ne met aucun obstacle a ses témoignages d'affection , à ses tendres caresses. Tous les étrangers qui lui plaisent sont ballottés par ses jolies mains, et ont la permission de juger par eux-mêmes de l'élasticité de son sein, et de la finesse de sa peau. Elle n'attache aucune conséquence aux baisers qu'on lui prodigue aussi sans conséquence; elle les rend par enfantillage. Offrez-lui la main, elle la prendra avec empre^ seipent, et vous la serrera avec affection; amusez-la de quelque curiosité, sa bouche qui est fort bien 'ornée , vous en remerciera par un baiser. A chaque tour d'escamotage que je faisais, j'avais pour récompense quelque nouvelle preuve de sa joie et de sa reconnaissance , et; j'avoue que je fus

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très-fâchë de ne pas en savoir davantage , et que je me répétai quelquefois. Nous l'avons vue un jour se baigiiànt au bord du rivage : elle s'avança pour nous appeler, et sans la foule qui nous entourait, je crois qu'elle eût tout permis aux plus indiscrets d'entre nous.

Je conseille fortement aux étrangers de faire avec empressement la connaissimce de cette intéressante personne , s'ils veulent passer quelques momens agréables à Ow^hyhéé : elle s'appelle Kdou- Onoé.

Sa taille est de. cinq pieds six jk)uccs français ; ises épaules sont larges^ son sein petit, ses yeul amoureux ^ ses bras , ses cuisses et ses jambes potelés, fet ^es mains et ses pieds excessivement délicats; sa ptx)preté remarquable. Elle a sur le corps quelques traces rondes des brûlures qu'elle s'est faites à la mort de son père, el j'ai remarqué avec plaisir qu'elle ne s'était enlevé aucune dent.

Le roi RiourioU a quatre autres épouses ; mais on voit aisénicnt que c'est KaoUrOnoé qu'il affec-tionne le plus. Les choses les plus siiigulières atix yeux des Européens sont ici très-naturelles; et nous sohimes souvent frappés ou scandalisés de certains usages auxquels les Sandwichiens n'attachent àucime conséqtience. Par exempJe , le Rùi actuel a épousé une déè Veuves de '^u |)ère, Aous

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a-l-dn dit * par amour pour le' défunt. Au surplus, si Kaou-Onoé a jamais une rivaJe, je ne croîs pas qu'elle se trouve parmi les princesses d'aujourd'hui, dont l'une cependant est assez jolie et obligeante

La reine KaourOnoé était seule dans l'appartement de sbn mari, lors de notre première visite. Les autres princesses se tenaient dans une cabane voisine, où elles nous prièrent d'entrer. Là, nous fûmes témoins d'une scène tout-a-fait intéressante. Le frère de la favorite qui revenait diTVahoo , entra avec une visible émotion dans cet appartement. Kaoïir-Onoé j qui nous y avait accompagnés, l'embrassa avec la plus grande affection ^ et tandis que nous remarqtiions la différence de ses tendres caresses ayec celles des autres souveraines, nos oreilles furent frappées des pleurs et des gémisse" mens que poussaient au fond de Tappartement une foule d'autres femmes accroupies sur leurs talons. On garda tin silence religieux pendant quelques instans; et le souvenir des vertus du grand Tamor hamah était sans doute l'objet de leurs méditations. .... 11 n'^est pas méchant le peuple à qui le souvenir d'un bon Prince fait verser tant de larmes.

On s'embrasse ici , en appuyant les nez l'un contre l'autre, et en aspirant fortement. Si nous en croyons certains rapports, on commence cependant à apprécier nos baisers d'Europe.

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