‹ Promenade autour du mondeChapitre 36 sur 102 · Tome IL I a · texte numérisé non relu

Tome IL I a

et fastidieuses, je te ferai connaître quelques-uns des usages étabKs dans tout cet archipel , sans m'iuc[uiéter de la cause qui les a mis en vigueur. Une nation qui n'a d'archives que la tradition, doit souvent voler d'erreurs en erreurs , changer peut-être de systèmes à chaque siècle, et perdre son caractère primitif sans même s'en apercevoir. Nous savons, nous, ce qu'étaient nos ancêtres^ et l'époque où la vérité de notre histoire est cachée dans la nuit des temps est fort reculée ; peut-être que deux générations ont suifi pour donner à ces îles un caractère nouveau et des mœurs étrangères.

Je crois t'avoir déjà dit que les sacrifices humains étaient encore en usage il y a dix ans. C'est a Tamahamah /."' qu'on doit l'abolition de cette coutume barbare^ et, n'eût-il rendu a l'humanité que ce service important, il aurait des droits sacrés d la vénération des peuples et à l'adoration de ses sujets.

Les sacrifices humains ont été en vigueur chez beaucoup de peuples; et, les Egyptiens, dont les mœurs étaient si douces, les Scythes, qui étaient si indépendans, les Mêdes si dévots, les Carthaginois si féroces et si indomptés, samfiaient à leurs idoles de bois ou de pierre des centaines d'infortunés destinés à acheter le succès d'tme ]3ataille ou la cessation d'un fléau. C'était par de

semblables sacrifices qu'on cherchait ici a se rendre les divinités favoral3les dans toutes les entreprises. Encore à Carthage et dans d'autres pays, c'étaient les enfans des personnes les plus considérées qui étaient immolés, tandis qu'ici ce n'était jamais que des individus pris au hasard, ou des coupables condamnés pour quelques crimes.

Il y a à Owhjhée des prêtres, des demi-prêtres, des grands^prétres. Les droits de ces derniers s'étendent sur tous les citoyens, et même sur le Roi. C'est le grand-prêtre qui lui défend telle ou telle chose, qui lui en prescrit d'autres, et dont les ordres sont strictement exécutés. Sa sévérité ne pèse pas seulement sur les divers membres de la famille royale; il se condamne lui-même à des privations, à des souffrances, et ce qui est particulier , c'est qu'il ne se croira pas en droit d'user pour lui de plus de ménagemens qu'il n'en montre a ceux qui lui sont soumis. On dirait que, par sa conduite, il cherche à persuader au peuple que ses ordres ont un but, que ses arrêts sont dictés par une sagesse supérieure, et que ce serait un sacrilège de les violer.

Cet faonmie si puissant et ai révéré serait- il lui-même, le premier, victime des préjugés qu'il fait respecter? Il croit quelquefois ayoir le pouvoir de commander aux animaux et même aux

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clëmens. Il taboue la mer deux ou trois fois par mois , selon son caprice , c'est-à-dire qu'il lui ordonne de punir ceux qui oseront, malgré ses défenses , se baigner dans ses eaux ou dans les rivières qui lui apportent leur tribut. Le coupable c[ui braverait Fordonnance du grand-prêtre serait à l'instant puni d'une manière bien cruelle, que je te ferai conn«iître l^ientôt. Deux fois par mois , M défend encore aux coqs de chanter, et celui qui brave sa défense est enfermé, le reste du jour, sans nourriture , dans un souterrain profond et tortueux, d'où ses cris ne peuvent être entendus. C'est lui qui consulte les entrailles des victimes, qui préside à la consécration des moraïs et des temples, qui a soin des cadavres, ou qui les expose à la voracité des oiseaux. Les autres prêtres, ainsi que les demi-prêtres, ont des fonctions moindres , mais leurs ordres sont également respectés.

La religion de ces peuples est un mélange d'idolâtrie et de Mahométisme. Le Roi a sept Dieux , ses premiers officiers six, et ainsi de suite jusqu'au peuple qui n'en a qu'un^ .mais je crois que les uns et les autres ne les révèrent que par leur soumis^ sion aux usages établis de temps immémorial dans ces îles. Je ne crois pas qu'il y ait un cidte public; je n'ai jamais vu un Sandwichien en prières , et aucun de mes compagnons de voyage n'a été

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plus heureux que moi. Du reste, non-seulement ils interrogent leurs^èV/cAe^, mais encore ils consultent les entrailles des victimes , et volent ainsi d'erreurs en erreurs.

J'ai dît qu'il y a dans leur religion quelque chose du Mahométisme , et la conduite des hommes envers les femmes autant que l'existence de certains usages y le prouvent assez. Il est défendu à ce sexe si faible de manger de la chair de porc, de celle de tortue, des bananes, etc. ; et les hommes ne croyent pas qu'après sa mort il jouisse des mêmes récompenses qu'eux, ou plutôt ils sont persuadés qu'il n'en doit espérer aucune. Il est certain que le rôle que les femmes jouent ici est très-secondaire, et qu'elles seront accoutumées d'avance aux humiliations dont on les menace.

Ils croyent a un déluge qui a englouti presque toute la terre. Il ne s'est sauvé, disent-ils, que quelques individus sur les sommets de Mowna Kaah et de Mowna^Roa. Ainsi donc voila que nous descendons des Sandwichiens : tous les peuples^ ont leur amour-propre.

Les maisons particulières des prêtres ne sont pas 'tabouées; et, dans celle de Tojalp appartenant au grand-prêtre, je n'ai pas trouvé plus de luxe que dans les cases du bas peuple. Celle de ses femmes est à deux pas de là, et j'y ai vu deux fon .jolies personnes.

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Quant aux petits temples enfermés dans les moraîSy ils sont tabou pour tout le monde, et celui qui oserait en violer la sainteté serait puni d'une manière cruelle: et cela devait être. Plus une chose est absurde ou ridicule, plus il se trouve de gens prêts k la tourner en dérision et a tenter de la renverser. Mais, une religion étant nécessaire an peuple, il a fallu chercher a la maintenir par des voies rigoureuses, alors même qu'elle était contraire à la raison. En heurter un seul article , c'est saper Fédifice entier. Tout acte contre elle est, dans tous les pays, regardé comme un sacrilège, et l'ennemi des dieux est toujours poursuivi comme un assassin. Les prêtres de tous les siècles ont bien senti la conséquence des antiques lois qu'ils ont créées; le premier usage qu'ils ont fait de leur pouvoir , a été de Fassurer sur des bases sacrées, en persuadant au peuple qu'une sagesse surnaturelle présidait a leurs décrets et guidait leurs moindres actions.

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