Tome IL
ig4 PROMENADE
LETTRE CXXÏi:
D'Wbi^oo (Uei Smdwidk).
iVLAL6iiÉ les ddi^^rs d'une itavigatioii trop voisiiie des terres , il y a un grand agrément à changer de pays, pour ainsi dire ^laque joiir^ à reposer sa vue sur des objets nouveaux. Bien ne réjouit le navigateur comme la vue de la terre. Un jour de repos, un seul instant de promenade, efiPace de la mémoire du matelot le souvenir de ses heures de tristesse, et jette un voile officieux sur les dangers et les souffrances qui l'aiAendent.
Nous sommes partis de Mowhée le a5 , très>satisfeits de notre relâdbe, quoique nous n'y^ ayons pas trouvé les vivnes cpii nous étaient nécessaires. A présent que j'ai pu apprécier tous les bienfaits de oette ile; à présent que j'ai été témoin du bon-» heur de ses habitans, il me semble qu'il m'aurait manqué quelque <^ose, si nous n'y avions pas relâché. Si œ n'est pas le peuijj^le |dus curieux du globe, c^issl du-mokis un de ceux qui se font le j^us regretter, et qu'on serait le plus aise de revoir *
Tout ce qui plait aux hommes^ nous Favon»
AUTOUR DU MÔIÏDE. Igâf
irouYé à Mowhée; tout ce qui les amuse et les attacl]^ , nous l'avons rencontré à ff^hahoo : là on \sst beureux^ ici on est joyeux; là on n'a pas besoin de distraction ^ icji où provoque des aiiiiu^meas et Ton s^y livre. JLfi vie est pajUibl^e et uniforme dans la première de ces îles ^ dans la secpiide , elle est ysif)4e et tumi^tueuse j à Mowhée, on est satisfait quand on vit en repiQs^ à Whahoo, quand on est agite. Ce îi'est pa$ qu/e d^ns Funç et l'autre île le» Hommes ne scient j^s marnes f niais cette diâférepce que j'ai cru remarquer dan^leurs XQimîières ^ çjans leurs goûts, d^uas le^r existence, je l'attribue 9 ^^le^lent complet d,90S lequel vivent les uns, et à la prc^sfçnc^ ifrë<|iA^Dte d^s eu*$ngers ejbe^ les autres. Peu^-ôtr,e y tifpuver^-je d'autres çm^e& dans 1^ âuÂte.
Le mouillage ^Whahoo se nomme Pah ; il est à quatre encablures à-pcu-près de la ville qu'on appelle Anourourou, et à deux d'uoe cbaine de brissgis A^^z ^onte, maiç c^pija un^ passe >sûre, par laquelle on peut se rendre dails \m port comHiode et ^pacieu?^ , ^u'il serait u^ès-^isé et peut-iéire très-' utUe d'c^^hellir. Les poîntles avaucées de Liahi et de Lajloa ne garanti$sei:jit que jlàîblegtnent la rade des vents qui powrraieppit être fuiieailes ,aux navires; mais
^ J'aimeraÎB mieux «epeodapt reVoirles Cari^ioiï.
comme, à l'approche des mauvais temps, îl lent serait aisé d'entrer dans lé port , le mouillage difVhahoo sera toujours, dans les Sand-wich. le plus commode pour les navigateurs , en-mtèmetemps que les agrémens de File en feront la relâche la plus attrayante.
Par suite de cette aritipatliie qu'une grande partie des habitans de ces îles a pour le travail , il faut s'attendre a trouver partout des terres incultes , des champs peu soignés, des plantations rares. Peu de terrain suffisant a leurs besoins, ils sont satisfaits dès qu'il est cultivé, et ils en jouissent dès qu'il produit. Tous les- environs àHAnourourou sont tellement négligés, qu'on croirait d'abord que la superstition en a défendu la culture ; et la terre y est si riche , qu'on ne peut s'empêcher de déplorer la sottise d'un peuple à qui il serait si facile d'augmenter ses* jouissances.
La colline qui domine la ville enfermée dans deux coteaux élevés et riches de végétation , est la seule partie qu'on ait utilisée ^ on y voit quelques plantations de sucre et de beaux carrés de chouxcaraïbes. Un Espagnol industrieux , appelé Francisco Mariniy y a planté la vigne, q^i lui donne de bons raisins et un vin assez agréable. Lui seul , dans le pays, entretient des troupeaux de bœufs; et il est à craindre qu'au-lîeu d'encourager ses efforts >
le Gouvernement ne soit blessé de ses richesses : il paraît avoir beaucoup de crédit aupi^ès du Roi ; mais un seul mot peut le lui faire perdre , et sur un soupçon frivole, on se croira en droit de lui ravir ses biens et sa liberté.
Deux rivières larges et profondes arrosent et fécondent les environs diAnourourou, C'est la qu'on trouve un peuple toujours bon, toujours complaisant, craintif, bienfaisant, docile. Dans nos diverses courses , nous avons souvent été à même d'apprécier ces hommes dont, en Europe, on a une si fausse idée. Nos provisions, nos sacs, nos armes, nos objets d'échange, tout leur était confié : jamais nous n'avons eu a leur reprocher le plus petit acte de mauvaise foi , et nous nous sommes convaincus que- quelque légères que fussent les récom-f penses dont nous payions Içurs peines, ils les recevaient, si-non avec gaîté^du-moinssans murmures, et toujours avec une sorte de reconnaissance.
Le Gouverneur diJVhuhoo est frère du ministre Pitt ; et , à son exemple, dès qu'on lui eut appris en quoi consistait la cérémonie du baptême^ il s'est fait chrétien, et est redescendu a terre, sans se douter du bienfait dont il venait de jouir. Les occupations de ce gouverneur sont étonnantes; à-peine lui reste-t-il un moment à donner aux étrangers qui oi>t a traiter avec lui. Le matin il s'enivre avep
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(de Fava , lé soit* il s'enivre avec de l'àva , et la nuit il s'enivre avec de l'ava. Dans Fintervalle de ces libations^ il court çn zig-zag Sur la place à^AnoU" rourou, avec une ample provirfon dé couteaux et dliameçons; et la, au milieu dé tant d'hortlities qui lui sont soumis^ il assiste aux Jeux, etfdit dés paris avec celui de ses oflficiers qui veut bien les accepter. Il ne ^ souvient de son rang qtie lorsque les chances lui Sont défavorables j et alors^ sotis <|t(èlque prétexte que ce soit , il trouvé moyen dé se faire restituer uilé partie àë^ objets qile lé jeu lui a fait perdre. Avec les grands, il est, dit-on^ st>uvent plus sage d'dVdir tort.
LETTRE CXXIIL
D^WkAhoo (tipt Sandwich).
Ju E coxEimerce a ^tiré à JVJuihoo quelques Américains ^ qui y dans l'espoir d'agrandir promptement )eur fortune^ s'y sont établis depuis un assez ^and nombre d'années. Je ne dirai pas qu'ils y font quely que n^ooe^ niais la contrebande. Il leur est si aisé de se procurer k peu de frais ce qu'ils désirent ! Ils apportent^ le matin, au Gouverneur^ une àev^v^ douzaine de boqteilles de vin y et le pauvre homme tombe suir le carreau^ ils£wt présent aux principaux officiels de quelques haches , ou de deux ou trois ftisils, et tout le re^ de la population est à la disposition de ces Messieurs. Des hommes a*obustes^ agiles^ sont envoyés sur les montagnes; les forêts S0DX visitées, 1^ bois de sandal est abattu , et en échange d'une brasse d'étoflfe européenne, vingt fanmesle charrient ou le portent la nuit jusque sur le rivage, d'où il est embarqué sur un navire loijjours en sUftion dans le port. Lorsque la belle saison arrive, leurs correspondans de la oôte N.-O. d'Amérique viennent ici, chargés de pelleteries,
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renouveler les vivres, augmenter leur riche pacotille de toutes les acquisitions de leurs -associés ; et, sûrs d'un bénéfice immense, ils volent a Makao ou à Kanton , donner aux paresseux Chinois leur cargaison pour des piastres, du sucre ou des soieries, qu'ils savent bientôt faire passer en Europe. Cette espèce de commerce, quelque lucratif qu'il paraisse, ne laisse pas que d'avoir ses désagrémens, et je ne sais pas jusqu'à quel point est attrayante la périlleuse activité des uns, et la longue solitude des autres.
Nous nous plaisons, nous, aux îles Sandwich^ tous les jours nous voyons des objets nouveaux, nous étudions les mœurs, les usages de ce peuple si curieux ; et les heures de relâche que nous permettent nos occupations ne sont pas assez longues pour que l'ennui se mêle à nos courses. Mais que cette vie si uniforme nous paraîtrait bientôt fastidieuse! Que ces Iiabitudes sauvages nous causeraient de dégoût ! Que lés jours seraient sombres ! Que les nuits seraient longues et tristes! Quoi ! pas un homme à qui l'on ferait partager ses plaisirs ! pas un ami dont on allégerait les peines ! et une patrie qui nous attend ! Ah ! combien une fortune médiocre dans mon pays a plus ' d'attraits pour mon cœur, que d'immenses trésors sur une terre étrari orère !
AUTOUR DU MONDE. aOI
Loin 'du sol paternel , l'air est glacial , la nature décolorée, les fruits sans saveur, les eaux roulent avec elles un poison qui tue lentement. Le ciel, la terne, les arbres, les nuages, totit présage des malheurs, tout attaque les sources de. la vie. Le plus petit événement est regardé comme une circonstance extraordinaire : le fruit qui se sèche , la feuille qui tombe , froissent votre âme ; la voile qui s'éloigne semble emporter votre dernière espérance, et vous mourez en appelant vainement une patrie que vous ne devez plus revoir. Ah ! qu'un exilé doit souffrir !