‹ Promenade autour du mondeChapitre 39 sur 102 · LETTRE CXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIV

D'Wliahoô (UdB Sandwich).

J'ai fait hier une course vraiment intéressante. J'ai été visiter les vignes de l'Espagnol Maritti, dont je t'ai dëjk parlé, situées sur le penchant d'une colline délicieuse^ dont le pied est arrosé par iine petite rivière ombragée de palma-christi, de bananiers et de superbes cocotiers. J'ai mangé des raisins cueillis sur le cep , et je les ai trouvés excellens. Rien n'empêche désormais qu'on s'occupe ici de la culture de la vigne. Le préjugé qui lui avait été funeste jusqu'à ce jour n'existe plus ; on a la certitude Au succès pourvu qu'on choisisse bien le terrain; et les îles Sandwich devront peut-être à un Espagnol un bienfait inappréciable.

En partant de là , je me suis dirigé vers Liahi, petite baie où l'on fait la pêche des perles. J'étais escorté par une vingtaine d'Insulaires, qui m'indiquaient, avec une bienveillance étonnante, les sentiers les plus commodes, et qui s'amusaient des tours de passe-passe que je faisais avec de petits galets. Qu'pn est dans l'erreur, en Europe, sur les mœurs

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et 1<B caractère de» Naturels de cet archipel tant visité ! Commetit , ce$ hommes qui se jettent à la nage pour rester avec moi plus long-temps ont un caractère méchant ! Ces robustes Insulaires qui me portent sur leurs ëpdi;iles y pour m'é^iter Fênnui de me mouiller les pieds dans une mare bourbeuse , sont cruels et intraitables ! Tous ces Sauvages k qui f offre une bagatelle en r^cômpefisê tfutf grand service, et qui rdOCêp'ïènt avec la reconôai^sance la plus Vive, Sont iuseiidiblcf^ aux bien&its, et ne

Gonb£iis«eîit que la hafliie ! Pauvre peuple, que

tu es càlohmië !

Hier je gravis, avec mon ami Gaudiôhaud et deui autres piirsôiiines du bord, le sommet du volcan éteint qui domine AtioUtbttWu. A moitié chemin , je me seutis épuisé de fatigue , et lés SàndWithietis qui me suivaient se placèrent derrière riioi, rfi'aidèt*eiit dé leurs mains et de leurs épaules à gravir le c^é, et tfacceptèinent qu'avec Uhé sorte de faoute les deu* ou trois petits h&meçotis avec lesquels je voulus payer leurs services. Aujourd'hui, je viens d'être témoiti d'une scène plus curieuse , et qui â failli être fUneste a l'uti de ces malheureux.

J'étais parti pour Idahi, avec la certitude que je ne reviendrais pas coucher à bord, et je m'étais sagement muni de quelques provisions dé bôucho

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et d'une bouteille de vin. J'avais, outre cela, un fusil de chasse, et, conune tu le penses, mon bagage n'était pas fort léger. Dès le commencement de ma promenade , prévenu contre la fidélité des Sandwichiens qui m'accompagnaient , je m'étais refusé à leur confier mes provisions, quoiqu'ils m'y eussent plusieurs fois invité, parce que je voyais dans leur empressement la coupable pensée de me dérober ce qui leur aurait convenu. La lassitude me fit enfin consentir à leur demande : je donnai mes provisions , et ne gardai que mon fusil et ma poire à poudre. A chaque halte , il fallait que je les amusjisse par des tours d'escamotage ^ et quand je leur montrais le secret de ces tours , ils se trouvaient amplement payés de Ifsurs fatiguer, et les essayaient eh se moquant de leur maladresse.

Cependant la nuit nous surprit auprès de quel-^ ques petites cabanes isolées sur la plage ^ où \e témoL gnai le désir de me reposer. Plusieurs d'entr'eux accoururent, annoncèrent mon arrivée^ et k-peine entré, une jeune fille d'une figure charmante, quoiqu'un peu guerrière ^ vint se placer à côté de moi, et se couvrit de la natte qu'on m'avait préparée. J'étais au milieu de gens dont on m'avait fait, en Europe, un portrait effrayant, et néanmoins, je m'endormis en toute confiance.

Le lendenKain je me réveillai , disposé a continuer

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ma route ^ mais ayant je voulus prendre des forces, ^ et attaquer mes provisions. Elles me furent présentées,* mais je m'aperçus que mon vin avait ëte entamé, et qu'on l'avait remplacé, la nuit, par une grande quantité d'eau. Désirant ne pas voir se renouveler une action semblable , je fis observer ce vol aux Sandw^ichiens, et leur témoignai combien j'en étais fâché. A un signal , tous sortirent delà cabane^ et je ne tardai pas a les suivre. Je les trouvai" réunis ^ en cercle, tandis que le plus grand d'entr'eux les passait en revue , présentait son nez à la bouche de chacun, et lui ordonnait de respirer fortement. Il s'arrêta enfin au dixième , lui fit répéter l'épreuve à diverses reprises, en appela au témoignage de. deux de ses camarades, qui présentèrent aussi leur nez , et certifièrent que le coupable était connu- Aussitôt toute la troupe se mit a sauter en poussant des cris de joie, tandis que le voleur paraissait confondu , et restait immobile , en butte aux quolibets qu'on lui lançait en passant près de lui. Persuadé que c'était là toute la vengeance qu'on voulait tirer 'du voleur, je rentrai pour déjeûner; mais k-peine m'étais-je assis, que des cris violens poussés par celui qu'on avait découvert, m'attirèrent en dehors de la cabane. Armés d'arêtes de la feuille du cocotier, les Sandwichiens frappaient a coups redoublés le voleur, qui, dès qu'il

m'apierçut^ se jeta à terre ^ et doi^ia ai^i à ses cama* rades le moyen de le frapper avec plus de facilité. J'acoaurus, je parlai y je oherchai à parer les coups; je demandai grâce ^ et j'eus toutes le& peines du moiide à arracher jce malheureux aii supplice doià il était men^ucé. Je posai enfia les mains $ur aa tête; et après avoir pnonoo^le mot tabou y les Insulaires jetèrent leurs armes , m'entourèrent amicalement ^ et parurent ne plus s'apercevoir du coupable.

Quelques instans après ^ nou^ nous remîmes eu route pour Liahi, oix j'arrivai de bonne heuns y et épujisé de fatigue.

Ija pèche des perles se fait par dm plongeurs, qui. voiit quelquefois à une grande profondeur chercher les coqtùUages qui les renfenjient. Elle n'est jamais très-productive; et il &ut souvent tout un bateau d'huUres pour trouver deux ou trois perles propres au commerce. Du reste ^ elles ne soni pas d'ime très-belle eau ; et les Sandy^idiieos feront bien^ pour quelque temps «u^moins^ de renoncer a cette brçga^che d'ii;Mluatrie.

Je revins le soir mème^ peu satisfait de cette .<;our^^ et convaincu plus que jamais delà bonté de la plupart de oes Xwuloires. Arrivé a Anourour POU 9 je leur fis Acqe^er a tous des bagatelles, et donnai ^n c^K^ette un mouchoir à celui qu^on avait si sévèrement fustigé ; mais il le remit peu de temps

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après a cehii qui l'avait découvert , et je ne pus le décider à en accepter ttn autre. J'ignore si ses «aiBdrades lui avaient ordonné de ne rien prendre, et s'ils lui firent des menaces pr(^res a l'en empocher.

P. S* Je YJ^o» de revoir cet homme , et il m'a fait entendre aujourdliui que sa punition avait cessée et que fe pouvais être génâ^ux à sou égard- Aussi .a-^tHil pris avec plaisir deui^ hamaçons et un petit couteau.

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