LETTRE CXXVI
B^WIiahoo (lies Sandwich).
Jj E S autres jeux auxquels se livrent journellement les Sand*wichiens SPf^ahoo\ peignent encore leur caractère.
Le volcan ëteint qui domine la ville peut avoir six cents pieds de hauteur j la pente en est fort rapide en certains endroits, et des paris sont faits entre une douzaine de concurrens. Celui qui, le premier, atteint le sommet du cône, est déclaré vainqueur.
Un des exercices qu'ils paraissent le plus affectionner, et qui les occupe une partie de la journée, c(Hisiste à jeter fort loin, dans un sentier très-peu profond, une pierre de trois pouces et demi de diamètre sur un d'épaisseur. Celui qui lance le palet hors du chemin indiqué ne peut gagner le prix , quelque loin qu'il ait été d'ailleurs. Il est difficile de se faire une idée de l'adresse qu'ils déploient a cet amusement, et de la distance qu'ils font parcourir a ce palet, lancé presque terre-à-terre.
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Le jeu que j^aimais le plus à considérer, et qui est cependant négligé depuis quelque temps par les habitans ^Anourourou, m'a rappelé celui que nous dépeint Homère, lorsqu'Ulysse , encore inconnu, de retour dans son palais , fait pressentir aux amans de Pénélope, que c'est Ulysse lui-même qui vient de tendre son arc. Ce qu'Homère fait exécuter en l'air, ici on le fait sur le terrain. De petits demicerceaux , d'un pied de hauteur , sont placés à pçu de distance les un^ des autres et en ligne droite. Le joueur, armé d'un morceau de bâton parfaitement semblable à un fuseau, mais long de trois pieds, le fait glisser sur le sable, à travers ces demi-cerceaux, en le lançant par le gros bout; et celui qui va le plus loin sans toucher de cerceaux, l'emporte sur les autres. J'en ai vu qui faisaient parcourir au bâton un espace de plus de deux cents pas.
Les Sandwichîens les plus actifs ne s'exercent jamais qu'aux jeux que je viens de te faire connaître; les plus paresseux, et je veux parler de la presque totalité des habitans d!Owhjhée et de Mowhéey passent leur journée à des jeux plus assoupissans. L'un de ces amusemeils consiste à placer trois tas d'étoffes les uns a côté des autres; à cacher une pierre sous l'un d'eux , et à donner a deviner sous quel tas elle se trouve. U paraît que la baguette dont
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ils se servent pour désigner le tas , est sacrée pour les étrangers, puisque jamais ils n'ont voulu me la confier, et qu'à diverses reprises ils m'ont fait entendre le mot tabou. Le dernier de leurs amusemens est une espèce de jeu de dames, dont les pions sont des -pierres noires et blanches, posées a côté les unes des autres sur une grande pièce de bois.
Une chose assez digne de remarque , c'est que ces jeux monotones n'ont pas lieu a JVhahoo , ou ne sont usités que par les épouses du Gouverneur, qui, presque aussi volumineuses que les veuves de Tamahamah, se traînent à-peine une fois par jour jusqu'au rivage, distant d'une centaine de pas de leur demeure;
L'autre soir, en revenant d'une course, j'entrai chez elles , où ma réputation d'escamoteur m'avait déjà précédé. Elles me prièrent de les amuser par quelques tours; je m'y prêtai de bonne grâce, persuadé que je leur ferais du-moins oublier la longueur du temps. Après cinq minutes d'exercice , je les vis toutes fermer les paupières petit-à-petit , et bientôt après livrées au sommeil le plus profond. Accablé de lassitude, je ne tardai pas à les imiter, et ne me réveillai qu'au bout de deux heures, au milieu du mouvement qu'occasionna dans la cabane
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le Gouyomenr, soutenu par deux des siens ^ qui Tempéchaient de tomber et de se fracasser les membres. Jamais je n'ai vu personne plus complè* tement ivre.