‹ Promenade autour du mondeChapitre 45 sur 102 · LETTRE CXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIX

D'Whahoo (tles Sandwidi).

J'ai yainemcnt cherché une religion dans tout cet archipel.

J'y ai trouvé des prêtres, des lieux sacrés, des idoles; je n'y ai pas vu de culte.

Outre les cabanes dont je t'ai déjà parlé, et auxquelles on donne le nom de teniplçs^ il y a dans chaque moraî un petit réduit consacré, d'où les prêtres lancent leurs oracles. Il me semble les voir le lendemain d'une offrande faite par les Naturels, et après avoir taboue tous les lieux d'où ils peuvent être aperçus, réunis autour des bananes^ des cochons , des pièces d'étoffes destinées aux dieux, se les partager gaîment, et insulter, par leurs railleries, à la crédulité du peuple.

Le lendemain, la foule se rapproche; les fruits ont disparu , les étoffes ont changé de place , le prêtre s'avance; il publie que les idoles sont rassasiées; qu'elles sont satisfaites de la générosité des fidèles, et tout le monde est content.

On m'assure que le grand-prêtre, à YeT^emflo

du Roi , a sept dieux et une déesse appelée Karéch-Paï-Péah,^ Ce mot ne voudrait-il pas dire friponnerie ?

Dans les grandes solennités, c'est-à-dire, lors de la mort d'uii des principaux chefs, ou bien après une victoire, les preiliiers personnages se tabouent, et se font précéder par un homme du peuple, portant une bandelette blanclie ou rouge; il est défendu de leur parler, et surtout de les toucher, sous peine de mort. En actions de grâce du triomphe qu'on a obtenu, ou pour marquer le deuil de la perte qu'on a faite, on se cpndamne à une abstinence de vingt -quatre heures, et l'on remplit de vivres les moraîs et les temples où se renferment les prêtres. Crois-tu qu'ils jeûnent aussi?

L'Espagnol Mariai^ fixé ici depuis un grand nombre d'années, parle la langue Sandwichienne eonmie s'il était né dans cet archipel. U sait par cceur toutes les prières qu'on récite- dans les grandes cérémonies, et il m'a assuré qu'aucune n'avait le moindre sens. Ce sont , d'après lui , des mots pris 9X1 hasard, et placés à côté les uns des autres, qu'on prononce, assis, ^et avec un bourdonnement desagréable; et ce qu'il y a de particulier dans ces prières , c'est que les mots les plus dégoutans sont ceux qu'on y çi le plus prodigués.

Ne trouves- tu pas étonnant ce parfait rapport

a3o PROMENADE

qui existe entre les prières des Naturels des Caro* lines, et ceux des îles Sandwich? Personne ne les comprend; et ce mystérieux pouvoir que leurs prêtres ont attribué aux paroles insignifiantes qu'ils prononcent ^ ne semble-l-il pas indiquer qu'ils ont voulu se moquer de la confiance des peuples, et entourer leur puissance d'un certain prestige propre k persuader qu'eux seuls avaient le secret d'entendre le langage sumaturer qu'ils taraient k leurs dieux;

Leur grand dieu s'appelle Kouah-Noukih* Nouhih*. Les noms de quelques autres sont Kaléo' Kohouh, Okanou- Touh, Okihou^Okiai; mm j'ignore si ceè noms ont une signification. Du reste ^ M.'Marini , de qui je tiens une partie de ces détails, ne paraissait jamais très^mpressé de répondre a mes questions sur cette matière ; et il m'a dit que, quoique plein d'un souverain mépris pour le culte de ces Insulaires, il avait été souvent contraint d'assister k leurs cérémonies de tabou, et qu'il n'osait pas exposer, même chez lui, l'image du Christ, w quelque autre signe de notre religion.

Ses deux épouses sont soumises aux rites du pays; et Marini, en les initiant* a nos mystères, n'a pas voulu leur défendre l'obéissance a leur»

* Je mets souyent un h après une foule de mots sandwichiens, parce que les Naturels , en les prononçant, les terminent par une légère aspiration , ou une espèce de petit soupir étouffé.

AUTOUR Dtr IffONDE. a3f

prêtres, U m'a dit encore que dès qu'il savait une personne en danger de mourir, il y allait; et, comme pour lui administrer un remède , il lui donnait le baptême. « J'ai, ajouta-t-il, sauvé déjà plus de trois cents âmes des peines étemelles ».

Ce n'est pas le seul bien qu'il ait fait à ces îles.

j€ voudrais pouvoir te donner quelques détails positifs sur les cérémonies religieuses de ce peuple^ si toutefois il en existe; mais toutes les perscmnes auxquelles je m'adresse, repoussent mes questions^ ou les éludent avec opiniâtreté. Le mieux, je camsy est de supposer que, puisqu'on garde un silence si absolu sur cette natiàre, il faut qu'on n'ait que des ridicules à raconter, ou peutrétre des horreurs à dévoiler.

Page 1