LETTRE CXXX
D'Whakoo (Ues Sandwich).
di tu connais quelque jeune Européenne enùchëe de voyages et de maari étranger, et que tu ayes pour elle la moindre amitié, prémunis-la surtout contre le désir de venir s'établir aux îles Sandir ich* La condition des femmes y est des plus malheureuses ; et si elles n'y sont pas regardées comme des bêtes de somme, on les traite comme des êtres inutiles, ou propres seulement à la propagation de l'espèce.
Presque jamais la moindre affection entre deux époux. Un homme va dans une cabane ; il propose dix brasses d'étoffe en échange d'xine jeune fiDe; il prouve qu'il peut la nourrir^ on accepte; il emmène son esclave ; et quelques jours après, il a le droit de la quitter, et d'en prendre une autre. Si cependant la femme donne des preuves de grossesse, le mari est coatraint de la garder, et presque toujours, dans ce cas, il la garde avec plaisir.
On nous a beaucoup vanté l'attachement que Tamahamah avait pour la reine favorite. Com-
ment cet enemjJe ne lui a-t-il donné aucun imitateur?
Après le taro * , la nourriture que préfèrent les- Sandwickiens^ sont les bananes^ les cochons et les cocos. Ëhbien! une femme^ convaincue d'en avoir mangé ime seule fois^ est à l'instant mise à mort.
Elle est punie du même supplice^ si elle fait cuire ses alimens a un feu allumé par des hommes^ on encore si elle fume dans leurs pipes.
Leurs appartemens sont distincts. Les honunes peuvent entrer partout quand bon leur semble ^ tandis qu'il est défendu aux femmes^ sous peine de la vie^ d'entrer jamais dans ceux des hommes*
A Kajrakakooa et a Toïaîy j'ai vu presque toutes les femnies occupées de la fabrication des étoffes; ici, je ne leur ai vu faire que des nattes : il est vrai aussi que le mûrier-papier y est moins commun qu'à Owhyhée, et que les étrangers, qui viennent plus fréquemment à Whahoo, y laissent une grande quantité, de chemises, dont la ma-, jeure partie des jeunes filles aime beaucoup à se couvrir.
Dis-moi , je te prie, pourquoi on ne voit guère de chemises qu'aux plus jolies d'entr'elles; ct^par par quelle raison les vieilles femmes n'en ont pas ?
* C'est la raciue de VArutn eteuténtum.
Toutes les femmes^ même les Reines, sont exclues du tabou; et persomie n'aurait le pouvoir de les sauver de la mort, si elles s'y présentaient : on redoute leur indiscrétion.
Dois^je craindre maintenant que quelque Pari* sienne ait envie de venir s'établir aux Sandwich?
Les étrangers, arrivant dans cet archipel, ont peu de peine a satisfaire leurs déârs. Ils entrent dans une cabane^ offrent un mouchoir, un ooUier de verre , deux boutons brillans , ou toute autre bagatelle, et ils choisissent parmi toutes les femmas qui les entourent.
Ne craignez aucun refus , même ea vous it^ss^sr sant aux maris ou aux frères». Ils vont sortir dfi la maison , et n'y rentreront que lorsque vous le leur permettrez.
Ici, pas de rivalité, pas de jalousie entre les femmes. CellcK^i n'est pas de votre goût, eUe-mèaie va vous en chercher une autre, qui vous plaira davantage j elle vous prêtera sa natte j elle vous offriru sa cabane.
Ici, le mot libertinage n'a aucun sens. On court après le plaisir; persomie n'y trouve à redire.
Dois«je craindre encore que qudlcpie Pariat^asoe vienne s'établir aux Sandwich ?