‹ Promenade autour du mondeChapitre 47 sur 102 · LETTRE CXXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXI

D'Whahoo (ttes Sandwich).

Xje costnme des hommes est presque nul. Celui des femmes se compose parfois d'un morceau de linge noué à la ceinture, et descendant jusqu'aux genoux^ et quelquefois aussi elles s'entourent de cinq ou six pièces d'étoffes clu pays^ qui les couvrent des pieds jusqu'à la tête.

J'ai remarqué que les pieds des Brésiliens ^ des Hotlentots que j'ai vus au Gap^ des Mosambiques , des Timoriens, des Naturels de Rawak et de Waigiou étaient longs ^ et surtout très-plats. Ici ils sont d'une petitesse admirable^ et rappellent ceux des Carolins.

La distance des deux archipels est de huit à neuf cents lieues^ et cependant une foule d'observations me portent a croire que ces deux peuples ont la même origine.

On ne peut pas dire que leur caractère de physionomie soit le même; mais la couleur de la peau est semblable^ et à bien les considérer^ ils ont des mouvemens parfaitement analogues.

J'ai vu quelques frondes a Whahoo ; elles sont tressées comme celles des Carolines, et le réseau du milieu est tout-à-fait pareil. Leur langage diffère il est vrai; mais leurs chansons font à-peuprès le même bourdonnement. Quant à leurs danses, si celles d'ici sont en général plus guerrières, cela peut tenir au goût des conquêtes que leurs Rois leur ont communiqué, et à cette hiuneur belliqueuse qu'ils ont puisée dans les campemens et' les campagnes militaires.. Adoucissez le langage et les élans ^ la danse est la même. Ces gestes des bras, ces mouvemens des cuisses, ces instans de repos, ces petits pas, ces roulemens d'yeux, ces soupirs, j'ai vu tout cela chez les Garolins. J'ai seulement remarqué qu'ici la gaité était parfois effrayante, et que là-bas elle était presque toujours douce et timide.

. Du reste, le même goût pour la navigation, la même adresse sur les flots : les uns il est vrai ne manœuvrent leurs pros volans qu'avec la voile, les autres ne se servent guères que de la po.g(y^G; cela tient a la construction dilSerente des embarcations. Les deux peuples sont les meilleurs nageurs du globe.

Tous les deux encore ont une égale fureur pour les dessins dont ils se couvrent le corps; avec la différence que les Naturels d'ici les ont insignifians.

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bizarres^ places sans goût^ et en gênerai mal exécutés; tandis que ceux des Garolines sont de la plus grande beauté et d^une régularité parfaite.

A Owbybée, l'instrument 'avec- lequel ils sq tatouent est une patte de petit oiseau dont ils rapprochent les pointes, à une ou deux lignes de distance les unes des autres; à l'aide d'un fil de bananier , cette patte est fixée à l'extrémité d'une petite baguette^ mais à angle droit, de manière qu'en donnant de petits coups sur cette baguette , les ongles de la patte de l'oiseau puissent pénétrer dans la peau petit-à- petit '. Aux GarolineS, la manière de tatouer est la même, l'instrument seul ' est différent : c'est la patte d'une espèce de crabe , dont les pointes ^ toujours à égale distance, guident le dessinateur et lui font exécuter ces tatouages magnifiques qui les embellissent et semblent les vêtir *.

- * Le dessin de mon Atlas en donnera mieux l'idée.

* Dans un ouyrage digne de fixer l'attention de tous les tayaos, et âe jpiquer la curiosité de ceux qui cherchent à s'instruire, M. Maltebrun , dont le nom s'asspcie à tant de noms ilhutres , pense <{ue les dessins dont les SauTages ornent leurs corps, iM>nt l'histoire de leurs lunilles et de leurs ancêtres. C'est ayec regret que je combats cette opinioi) d'ailleurs si ingénieuse. Une preuye, parmi cent autres, que ces dessins sont pris et placés au hasard, c'est qu'à Dwhyhée ^t â Whahoo , j'ai été occupé maintes Îwè à tracer des figures Sur les épaules ou sur les cuisses des SauTages, et que je prenais toujours les sujets dans- mon imagination. J'ajouterai cependant, en fareur du syatâme

Je trouverais bien d'autres rapprochemons a faire entre ces deux peuples^ mais je craindrais qne le plaisir que j'éprouve à parler encore des Carolines- ne m'entraînât plus loin que je ne le voudrais.

Je reviens aux Sandwich.

Les peuples de cet archipel ont les pieds mis; mais lorsqu'une déchirure les force a quelcpies précautions^ ils font ^ avec la feuille du bananier^ des sandales fort conunodes; et ils prétendent quQ la fraîcheur et le suc de la feuille est un excellem remède contre toute espèce de blessures. Je crois plus à ce remède qu'à l'efficacité des kancrelas^ du Gouverneur des Mariannes.

Lorsqu'une Sandwichienne , surprise par les chaleurs au milieu de la campagne, veut garantir ses épaules et son sein de la rigueur du soleil , elle fait un trou a une large feuille de bananier , y passe la tête, et se crée ainsi une espèce de vête* ment assez commode. J'ai vu plusieurs jeimes filles vêtues ainsi, jouant sur le rivage, me rappeler Bsaet grbtesquement ces naïades fabuleuses que

de M. Makebnm, que depnis k inortd« Tanuihftmah, tcNU ks thek^ «t nate ^nde partie de la ]»opttUtioii des Sandwich , ont fait graver •on nom mat leuri bras, a^ec Fépoque où ik l'ont perdu. Aux C«rolines, toui léê diefs du mette ^rade ont des dessins exiictemeiit semblables) et tout, certes, n'appartieÉment pas à k même famille.

* Boute écrh hakeriaetfue ^ mais j'ai écrit partout kahçrdàs^ psrc« ^e tous let msarina ne coimeiasent cet animal <fHe sous ce nom.

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rimàgination des poètes nous peint folâtt*ant avec ks Tritons et les autres dieux de l'Océan.

Elles ont toutes un grand amour pour les colliers, les bracelets et les couronnes. Toutes les fleurs des Sandwich sont mises k contribution pour orner les femmes; et presque toujours elles sont placées avec goût et élégance. A défaut de perles et de petits grains de verre, elles se dessinent sur la peau des bracelets et des jarretières d'un travail vraiment merveilleux ; leurs autres dessins sont des cors de chasse, des casques, des fusils, des ronds, et surtout des éventails et des chèvres.

Ceux des hommes sont des fusils, des canons, des chèvres, des damiers, et le nom de Tamahor^ mah avec l'indication de l'époque où ils ont perdu ce prince.

La chevelure des fenmies est courte , celle des hommes est longue, et, en général, disposée comme la crinière de nos casques de dragons.

Les honmies peuvent manger toute espèce de nourriture, excepté les jours de tabou ou de consécration; les femmes ne se nourrissent que de melons d'eau, de poe, du fruit de l'arbre a. pain et de poissons.

La boisson enivrante des uns et des autres est Xas^a : on dit qu'elle fait .tomber la peau en écailles, qu'elle rougit les yeux et qu'elle maigrit.

Il est certain qiie plusieurs chefs d'ici en boiveni avec profusion pour diminuer les progrès de leur embonpoint.

Les objets d'échange les plus estimés sont les fusils et la poudre pour les chefs ; les haches^ les lierminettes et les couteaux , pour les autres hommes^ et les mouchoirs et les verroteries pour les femmes; Du rcste^ avec des piastres^ on peut aisément se procurer tout ce que fournisseiit ces îles.

U n'y a point d'animaux venimeux aux Sandwich^ il n'y a non plus aucune bête féroce. Marini y entretient une vingtaine de chevaux et une volière assez riche.

Je ne crois pas que Riouriou consente jamais à ce qu'un étranger §oit le bienfaiteur de ses États; il veut que son peuple reste, stupide comme lui.

Ah! que les Anglais doivent se féliciter dé la mort de Tamahamah! Mais combien le peuple de cet archipel doit en gémir!

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