Tome II
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pas conduits avec assez de désintéressement et de loyauté pour déterminer les habitans k adopter leurs mœurs et leurs usages.
Les beaux jours du règne de Tamahamah ont été ceux où il était dans la force de Fâge. Sa jeunesse fut cruelle^ et dans sa vieillesse^ il eut à rougir de la campagne malheureuse qu'il fit à Atoaî.
Encore jeune, il effraya ses sujets par son carao tère violent et emporté. La moindre résistance à ses vc^ontés était punie du dernier supplice; et malheureusement les chefs qui avaient servi son prédéces>- «eur, ne le secondaient que trop dans ses actes de cruauté. Un jour, dans un accès de jalousie (car lui seul ici éprouvait les passions européennes), il condamna $Gs deux fils à être étranglés; et irrité de k lenteur de celui qui devait exécuter la sentence, il se précipita sur eux , et les étrangla de se» propres mains, au milieu d'une grande partie de la population de Kajrakahooa, qui était par hasard réunie sur la place publique.
Cependant l'âge avait calmé ses sens, le peuple l'adorait^ et ses officiers lui témoignaient sour vent le désir d'être immolés sur sa tombe. J'avoue que j'ai oublié de demander si en effet quelqu'un de ces sacrifices, ^vait eu lieu ; mai$ M. Chori^ ) que je me plais encore à citer, assiare que plusieurs
dé5es favoris avaient sollicité cette étrange feveur»
On n'ôtera pas de l'idée des Sandwichiens que la mort de leur grand Roi n'ait été annoncée par des prodiges. Peu de temps avant la maladie qui l'a enlevé à l'amour de son peuple, les eaux de FOcéan niontèrent de îsix pieds au-dessus des plu», fortes livrées, et redescendirent ensuite en quel-^ ques minutes, si j'en crois Marini. On n'entendit aucun bruit souterrain, on n^avait éprouvé aucune seeousse, le ciel était serein, l'air calme, la merseule fut agitée^ les navires cependant n'éjMX)uvèrent point de doranaage.
Un sei J cri s'éleva de toutes les lies , le jour où parut ce phénon^ne ; chacun pressentit des malheurs; et comme dans l'attente de grandes catastrophes^ la ci:ainte suppose toujours les plus terribles, toute la population vit dans cet événement le pesage de la mort de Tamahamah. Huit jourS' après, il mourut en effet.
Pour apprécier avec justice les qualités de cet homme extnnordinaire , il faut se transporter au aûlieu du peuple qu'il fot appelé à commander ; il fimt le voir, soumis d'abord aus usages barbares de ae» ancêtres, luttant ensuite contre la volonté des chefs qui voulaient les maintenir, et les frapper enfin de sa courageuse réprobation.
U est certain qu'avec la puissance qu'on lui
attribue, nous sommes excusables de supposer qu'il n'a pas rendu ses possessions aussi florissantes qu'il Taurait pu , et qu'il n'a point assez fait pour avancer davantage son peuple dans la civilisation. Une foule de préjugés barbares y sont encore en vigueur, et à-moins que son fils ne les ait adoptés de nouveau , on doit blâmer Tamahamah de ne pas les avoir détruits.
Quoi qu'il en soit , c'est lui le premier qui , dans cet archipel, a aboli les sacrifices humains ; c'est lui qui a favorisé le commerce des étrangers, en établissant dans ses Etats de petits règlemens propres à concilier les intérêts de tous, par le moyen d'échanges^ c'est lui qui a donné l'exemple du premier jugement légal , lors de la condamnation des deux chefs qui avaient levé l'étendard de la révolte aWhahooet kMowhée; c'est encore lui qui a refusé des victimes au soleil et à là lune quand ces astres s'éclipsaient.
Il a augmenté sa marine d'une goélette et de deux beaux bricks achetés aux Américains; il a reçu les étrangers avec distinction; il ne s'est pas montré moins noble qu'eux dans les échangés de politesses; il a fait bâtir des forts assez importans . a Owhyhéeet a Whahoo; il à considérablement augmenté le nombre de ses canons et de ses fusils; il «ivait soumis les troupes a une discipline sévère ;
enfin il s'est montre divine des écrards et de l'amitié de quelques Souverains d'Europe. Ajoutons encore que son courage était à l'épreuve de tous les dangers, que son génie était supérieur à celui des Rois qui l'avaient précédé, et nous concevrons l'amour impérissable que tous les Sandwichiens lui ont voué, et le respect religieux avec lequel ils ipro-r noncent le nom de Tamahamah *.
^ On atrouTé 5oo,ooo piastres (»-pea-pris 3,600,000 f.) dans ton trésor.
,;^j^n.-i.%xr».-i.iniT~t— i-nT-f~—~~~- -'-*"""~^* ■■**'■"*'**'' ^*^^***^*^**^***^'***'*
LETTRE CXXXIIÏ.
Je commence à croire que j'ai eu tort de me tant
alarmer dès le commencement de ma course, et a m'apercevoir * que rien, en effet, n'est plus aisé que de faire le tour du monde. Quel est le marin de la Méditerranée qui ne regarde comme une promenade^ un voyage aux Canaries? Quel est le marin de nos côtes de l'Ouest qui compte pour quelque chose une campagne a la Martinique, à Cayenne ou au Brésil. Du Brésil au Cap-de- Bonne-Espérance, pas le, moindre obstacle, pas le plus petit rescif sur la route. Si vous voulez vous élever pour chercher les vents généraux, Tile de Tristan d'Acugna vous indique oii-vous devez vous arrêter et virer de bord. Voulez^vous au contraire vous rapprocher de la côte d'Afrique, vous saluez en passant Sainte-Hélène, liée maintenant à de si grands souvenirs , et la latitude est donnée. Du Cap à l'Ile-de-France il n'y a pas sept ou huit cents lieues, et le vent qui s'engouffre dans le canal Mosambique vous les fait franchir en peu
de temps. Bourbon touche FIle-de-France; et si, de là à la terre d'£ndracht le trajet est plus long, rien ne vous arrête dans la route, vous avez évite la zone des calmes. Timor, Amboine, Waigiou passent devant vous sans que vous ayez le temps de vous en apercevoir, et de simples canots font journellement ces pr(»nenades faciles.
Les calmes, et la chaleur se font bien mau-* dire parfois; mais quelle situation dans la vie n'offre pas des inconvéni^os et des vicissitudes? Soyez prudent, prévoyant surtout^ et vous aurez de Feau pour calmer votre soif; calculez vos ressources, et ces traversées ne seront pas plus pénibles que les autres» Dans les Mariannes, vous oublierez quelques légères contrariétés,^ et vous puiserez, des forces et de la gaité pour arriver aux Sandwich. Après avoir étudié les mœurs sauvages des habituais de cet archipel, vous vous rendrez au port Jackson en passant au milieu des iles Fitgi ou des Amis y qui ne le sont pas toujours des étrangers. Si les voyages par terre vous amusent, vous louerez des chevaux qui vousconduiront au-delà de ces montagnes bleues qu'en Europe on croit inapénetrables, et vous reviendrez à Sydney, et non pas k Botany-Bay comme on le pense encore chez nous, après avoir vu ces peuplades sauvages qui disparaissent petit-à-petit de cette cinquième
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partie du monde, et dont vous ne pouvez vous empêcher de déplorer la malheureuse existence. Pour revenir dans vos foyers, vous doublez le cap Hom , après avoir joui du coup-d'œil imposant de ces masses énormes de glaces que des vents impétueux ont détachées du pôle, et poussées Jusque sous un ciel moins rigoureux. Si vous êtes sage, vous passez au large de cette pointe peu connue du continent Américain, et vous êtes en mesure de recevoir tranquillement les atteintes des ouragans terribles qui dévastent ces régions hyperborées. Dé retour a cet océan Atlantiq[ue balajé, pour ainsi dire, par tant de vaisseaux et tant de nations, vous êtes chez vous : mais non^ quelquefois des roches aiguës se jouent de votre confiance, et vous punissent de trop de bonheur ou de présomption. Espérons que nous éviterons ce léger désagrément, et que notre prudence et notre sagesse nous garantiront de toute espèce de malheur.
Sais-tu, mon ami, que je commence déjà à calculer, et qu'il me semble que les deux tiers de notre course ont été parcourus; cette idée pénètre mon cœur d'uQe joie si vive, que je finis ma lettre avec empressement, comme si le courrier était là, prêt à la recevoir pour la remettre à son adresse.
ÀITTOITR DU MONDE. 2^g