‹ Promenade autour du mondeChapitre 55 sur 102 · LETTRE CXXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXIX

De Sidney.

Ju'ÉTAT-MAjOR cst dcsccndu aujourd'hui, et a été présenté aux principales autorités par M. Peeper, dont Tobligeance ne s'est pas démentie un seul instant. M. Macquarie, Gouverneur de toutes les possessions anglaises de la Nouvelle - Hollande , nous a reçus avec une extrême bonté , et nous a assuré que tout ce que produit le pays était à notre disposition. Le grand -juge, M. Wail, homme d'un mérite rare , et M. Field, ont à Fenvi rivalisé de zèle pour nous prouver que nous étions avec des amis *. M. le Commissaire-général de la colonie nous a témoigné, par Içs expressions les plus flatteuses, combien il s'estimerait heureux de faire quelque chose qui nous fût agréable^ partout , en un mot, nous avons été comblés de politesses ^ et lorsque ces courses ont été terminées, Messieurs les Officiers de la garnison, et le Colonel en particulier, se sont joints à nous, ont voulu éire

* Je ne suis pas sàr de Porthographe de ces noms^ mais je lesëcri» comme Us ont résonné à mon oreille.

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nos guides dans nos diverses promenades , et nous ont prouvé qu'ils attachaient aussi quelque prix à notre amitié.

Je ne veux pas te faire une description de la ville que je viens de parcourir 5 je suis dans l'enchantement, et j'aime mieux laisser reposer mon admiration. Des hôtels magnifiques, des châteaux majestueux , des maisons d'un goût et d'une élégance extraordinaires , des fontaine^ ornées de sculptures dignes du ciseau de nos meilleurs artistes , des appartemens vastes et bien aérés , des meubles somptueux , des chevaux , des équipages et des cabriolets de l'élégance la plus recherchée , des magasins immenses. : croirait-on trouver tout cela à quatre mille lieues de l'Europe? Je t'assure , mon ami , que je me suis cru transporté dans une de nos plus belles cités.

Le jardin anglais qui embellit le Gouvernement a surtout fixé mon attention. J'y ai passé deux heures dans la même soirée ; et sous un pin de Norfolk, dont les branches horizontales et gi^acieuses me garantissaient des ardeurs du soleil, je me suis mis a rêver a ma patrie. Les cris aigus du cacatoès blanc , à huppe jaune, frappaient de temps en temps mon oreille; et tandis que je suivais de l'œil et pouvais caresser de ma main le» plumes soyeuses et les formes arrondies de divers

cygnes noirs qui se promenaient gravemertt dans les allées^ j'étais distrait par le bruit inégal du rapide kanguroo , qui , appuyé sur sa queue et ses longues pattes de derrière ^ franchissait sans but les haies et les buissons. Tout était nouveau pour moi, les arbres et les animaux^ et je ne saurais te dire le charme magique qu'on éprouve a reposer sa mémoire sur les objets les plus chers de sa patrie, lorsqxie tout , dans la nature , vous dit que vous en êtes éloigné.

Un seul instant avait produit cette métamorfdiofie, un seul pas avait causé ces nouvelles ^notions. Dans la ville , je voyais TEuix^pe y patce (fie des bras ^iropéens l'avaient élevée ; ici la natoré n'était pas changée y et pas une fomiie ^ presque pas une feuille ne ressemblaient aux productions de nos contrées ; j'étais seul avec moi , j'étais étrang<^ à to«t.

La nuit qui s'avançait mit rxn temve à mes té^ flexions , et je revins a bord , emportant le dérir biai vif de redesccsndre à terre et de jouir «ncore do même spectacle.

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