‹ Promenade autour du mondeChapitre 56 sur 102 · LETTRE CXL · texte numérisé non relu

LETTRE CXL

De Sidnéy.

J'ai dit qiirfque part : Céder une colonie aux Anglais, cest signer sa ruine. J'ai dit vrai. J'ajoute ïnaintenant : Eux seuls savent coloniser ; et je suis conséquent.

La nation britannique est aujourd'hui trop colossale^ surtout dans l'Inde, pour ne pas avoir de nombreux ennemie ^ car on n'est pas disposé a aim^ celui qui a tant de puissance.

Mais remarquons ici que ce n'est ni a sa grandeur^ ni à sa richesse qu'elle est redevable de tant d'adversaires ; c'est à sa manière de les conquérir. Qui ne sait en Europe le secret de son odieuse poKtique?

Le cap de Bonne-Espérance était, sous les Hollandais, une colonie riche et florissante; maintenant elle n'est qu'un lieu de relâche pour les navires qui vont dans l'Inde ou qui en reviennent. Quelques maisons se sont emparées du commerce de la place , et les autres ne sont , à proprement parler, que leurs tributaires.

cygnes no'

allées , j'

kangurf

pottes

et le^

arbî

cb

r^^y/e nous appartenait,

y. *J^ dans son magnifique

llk^^^f^^is les peuples de l'Europe;

riches des trésors de

nr

P^ ,* v^^j'e de leur métropole, expë-

^ ^^^\re les productions de leur territoire.

^'^y'^ard^hni un citoyen de Maurice , et

/^*^, /jjaxime que vous puiserez dans ses

y'^^ celle-ci : Haine! haine aux Anglais!!!

i^'^iir a de la mémoire, et les pieds ici

^^ /^iîcore des ruines.

^* yoisiney au contraire (et remarque bien ce ^tscle) y tant qu'elle fut soumise au sceptre Af/tannique , périssait , inutile , au milieu de sa fiche végétation; et depuis i8i4j bienfaisante et Jorieuse, elle semble insulter à celle dont jusqua ce jour elle avait été l'humble sujette. , Puisque je dois être vrai, quoique voyageur, je dois convenir que ce que. ces colonies perdent en richesses sous la domination anglaise, elles le gagnent en embellissemens. Leurs édifices sont plus majestueux, leurs places publiques plus vastes, leurs routes surtout plus larges et plus sûres. Ces Messieurs ne dédaignent pas les agrémens de la vie ; et , quoique beaucoup plus actifs que les Portugais ou les Brésiliens , ils n'aiment pas un mouvement difficile.

lemarque bien encore avec moi, que les nations ^ai traitent le plus souvent avec les Anglais sont celles qui les haïssent davantage , et que les peuples qui les connaissent le mieux sont ceux aussi dont ils se font le plus abhorrer.

Les connaissons-nous en France?

En cherchant a nous expliquer cette inimitié que presque tous les peuples ont pour l'Angleterre en général , nous ne devons pas nous dissimuler qu'il y aurait une injustice révoltante à reverser cette haine sur les individus en particuher. Pour ma part, je t'avoue que le mot Anglais ne résonne jamais douloureusement a mon oreille, tandis que Nation anglaise la déchire.

Si je haïssais les citoyens de l'Angleterre, je résisterais aujourd'hui aux séductions dont ils se plaisent à nous entourer, je rejetterais les offres amicales dont ils nous accablent ; et en conservant dans mon cœur la reconnaissance qu'y auraient fait naître leurs généreux procédés, je leur dirais : Je ne veux pas de vos plaisirs^ jene veux pas de votre ^ affection, et je préfère la solitude à votre société.

Il n'en est pas ainsi, mon cher Battle, et je réponds comme je le dois aux offres pleines de cordialité qui nous sont faites a chaque instant de la journée. Quelque longue que soit notre relâche, tout nous fait présager des amusemens utiles, tout

KIle-de-France , quand elle nous appartenait, voyait avec orgueil arriver dans son magnifique port les pavillons de tous les peuples de l'Europe; et ses généreux habitans ^ riches des trésors de l'Inde et de l'industrie de leur métropole, expe'diûient en échange les productions de leur territoire. Interrogez aujourd'hui un citoyen de Maurice, et la première maxime que vous puiserez dans ses réponses sera celle-ci : Haine! haîne aux Anglais!!! Le malheur a de la mémoire, et les pieds ici foulent encore des ruines.

Sa voisine, au contraire (et remarque bien ce spectacle) , tant qu'elle fut soumise au sceptre britannique , périssait , inutile , au milieu de sa riche végétation^ et depuis i8i4^ bienfaisante et glorieuse , elle semble insulter à celle dont jusqu'à ce jour elle avait été l'humble sujette. . Puisque je dois être vrai, quoique voyageur, je dois convenir que ce que ces colonies perdent en richesses sous la domination anglaise, elles le gagnent en embellissemens. Leurs édifices sont plus majestueux, leurs places publiques plus vastes, leurs routes surtout plus larges et plus sûres. Ces Messieurs ne dédaignent pas les agrémens de la vie ; et , quoique beaucoup plus actifs que les Portugais ou les Brésiliens, ils n'aiment pas un mouvement difficile.

Remarque bien encore avec moi, que les nations qui traitent le plus souvent avec les Anglais sont celles qui les haïssent davantage , et que les peuples qui les connaissent le mieux sont ceux aussi dont ils se font le plus abhorrer.

Les connaissons-nous en France?

En cherchant à nous expliquer cette inimitié que presque tous les peuples ont pour l'Angleterre en général , nous ne devons pas nous dissimuler qu'il y aurait une injustice révoltante à reverser cette haine sur les. individus en particuUer. Pour ma part, je t'avoue que le mot jonglais ne résonne jan:iais douloureusement a mon oreille, tandis que Nation anglaise la déchire.

Si je haïssais les citoyens de l'Angleterre, je résisterais aujourd'hui aux séductions dont ils se plaisent à nous entourer , je rejetterais les offres amiicales dont ils nous accablent^ et en conservant dans mon cœur la reconnaissance qu'y auraient fait naître leurs généreux procédés, je leur dirais : Je ne veux pas de vos plaisirs; jene veux pas de votre affection, et je préfère la solitude a votre société.

Il n'en est pas ainsi, mon cher Battle, et je réponds comme je le dois aux offres pleines de cordialité qui nous sont faites a chaque instant de la journée. Quelque longue que soit notre relâche, tout nous fait présager des amusemens utiles, tout

nous dit que nous laisserons des regrets a Sidney. M. Woolstonecpoft, Fun des négocians les plus recommandables d'ici, et dont le nom a acquis une certaine cëlébrité en Angleterre * , nous donne sur cette colonie , qu'un de ses associés explore dans des courses scientifiques et trè»-périlleuses, des détails qui piquent vivement notre curiosité. M. Scott, secrétaire particulier de M. le Commissaire-général, et dont rérudition estimmense, trouve le moyen de captiver notre attention, même sur des objets de peu d'importance, par sa manière aimable et originale de raconter. M. Oxley , ingénieur du Gouvernement , dont le savoir et le courage oïft dirigé dans l'intérieur de la Nouvelle -Hollande des caravanes qui ont partagé avec lui des dangers honorables, nous domie aussi sur ses courses aventureuses des documens précieux , et nous fait déjà pressentir que c'est a son zèle et à sçn courage que nous devrons un jour la connaissance d'une vaste portion de cette cinquième partie du Monde ,• M. de Mestre, et un de ses amis dont je me reproche d'avoir oublié le nom , s'offrent pour guides dans les diverses courses que nous voudrons entreprendre ; Messieurs les Officiers de la garnison nous proposent des parties de chasse où nous trouverons

* M.lï* Woolstonecroft est auteur d'un excellent ouvrage intitulé : les Droits de la Femme.

AUTOUR DU MONDE. n'Jl

«D délâssena^nt utile et instructif. Nous sommes engagés pour une quinzaine de jours , et tous les citoyens du port Jackson rivalisent d'empressement et se disputent le plaisir de nous obliger.

La ville de Sidney-Gow , capitale du comté da Cumberland , est assise en partie dans une plaine , et en partie sur une petite colline qui domine le côté Sud de la rivière ^ de manière qu'elle se présente en anapbilhéâtre et offre un eoup-d'œil ravissant. Les principaux édifices se dessinent d'une manière fort originale sur les anciennes maisons en bois qui disparaissent petit à petit , remplacées, par des maisons en belles pierres de taille ornées de jolies sculptures et embellies par des balcons d'un goût vraiment remarquable. On dirait <|ue nos meilleurs architectes ont déserté l'Europe et sont venus à la Nouvelle - Hollande reproduire leurs châteaux les plus élég«MK.

D'abord s'élève à gauche le vaste palais du Gour vemçur , entouré d'un jardin anglais magnifique* Les appartemens y sont remarquables par teur distribution , leur richesse et par des tableaux représentant des combats de Sauvages de la Nouvelle- Hollande. M. le Gouverneur, qui habite une partie de l'année son palais de Parramatta, n'a pas eu le mauvais goût de surcharger cette belle demeure de trop de sculptures , ou d'autres omemens , qui

ays PROMENADE

nuisent presque toujours au coup-d'œil etdégradent l'enseTOble.

A droite du palais^ mais dans un plus grand éloignement, se présente la façade régulière d'une superbe caserne en pierres et en briques^ plus loin encore se dessine d'une manière admirable un hôpital^ orné d'une belle galerie de colonnes, sous laquelle les malades peuvent, à toute heure du jour, respirer. un air pur et bienfaisant. En se rapprochant, on distingue un vaste édifice , qui est le temple des prières; et plus près encore, on voit sur le port même d'immenses magasins, où sont déposées les marchandises qu'on garde en entrepôt. En face de ce magasin , et de l'autre côté de l'anse, est un quai non achevé, où les navires peuvent être aisémient abattus en carène , sans courir le moindre danger. Un grand nombre d'autres édifices ou de maisons particulières embellissent encore ce paysage vraiment magnifique, et rien n'annonce que cette ville , déjà si belle, soit l'ouvrage d'un petit nombre d'années.

Dans le quartier neuf, les rues sont larges, alignées, mais non pavées avec soin ; ce qui , dans le temps des pluies, les rend d'un abord difficile et désagréable. Quant au vieux quartier, bâti sur le penchant rapide d'un coteau , le piéton seul peut se promener dans les sentiers qui régnent auprès

AUTOUR DU MONDE. H'jS

des maisons ; et il est aisé de prévoir qu'avant peu de temps il sera détruit j si l'on ne cherche a niveler le terrain, ce qui, en certains endroits , nécessite* rait un travail et des soins infinis. '

Les environs de la ville ne sont pas très-rians , quoicjue assez bien cultivés. Quelques maisons de campagne cependant , bâties avec élégance , et embellies de jardins^qu'enrichissent les arbres fruitiers d'Europe fixent l'attention.* Partoi les végétaux transplantés de nos climats, le pêcher et le chêne sont ceux qui ont donné les résultats les plus saiisfaisans. Le premier f^rodiiit des fruits' exteel-' lens, et y pousse sans effort j le second y devient aussi beau que dans nos plus belfes coiitrêes', et, ' si j'en crois notre botaniste, il y acquiert même dès qualités plus précieuses pour les constructions. Les autres arbres qui ombragent le sol, sont le figuier^ le poirier, le pommier et l'oranger, tous utiles, tous offrant des garanties dans les temps de disette.

Lorsque le soleil se couche, et q^e l'observateur , placé sur un édifice élevé , tourne ses regards vers la campagne, il jouit d'un spectacle vraiment intéressant. Du milieu de ces forêts profondes, qui naguère n'avaient été foulées que par les pieds des Sauvages, s'élancent, poussées par les vents, des colonnes immenses de fumée , au milieu des^ quelles brille une flamme vive qui éclaire au loin

Page 1