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LETTRE CXLII

De Sidtiéy.

ÇjN croirait d^obord qu^âvec des armes qui pa*raissent aussi peu redotttables que celles des Sauvages de cette partie de la Nouvelle-Hollande, les combats doivent être peu meurtriers et les querelles bientôt épuissées; on se tromperait étrangement, et ici une affaire particulière n'est jamais terminée que par la mort d'un des combattans; les bataiUes générales ne le sont aussi que par l'extinction totale d'un parti.

Les motifs des bostilitës sont ordinairement le vol d'une bête fauve ou de tout autre objet de peu de valeur, ou plus souvent encore elles ont pour cause la coupable imprévoyance des Européens, qui donnent aux Sauvages, en échange de peaux de serpens ou d'autres bêtes, quelques bouteilles de liqueurs fortes, qui produisent sur ces malheureux un effet surprenant.

A-peine les vapeurs enivrantes montentrcUes à leur cerveau , qu'ils ne respirent que les combats et qu'ils {K)us$ent des cris de guerre. Les voilà impar

tiens de meurtres^ cherchant des adversaires^ les provoquant par des chansons féroces y et demandant la mort^ avec Tespoir de la donner. Ils ne trouvent que trop aisément les occasions qu'ils provoquent, et à leurs hurlemens belliqueux repondent d'autres hurlemens non moins terribles. Dès-lors les combattans, ranges sur deux lignes éloignées Tune de l'autre d'une vingtaine de pas, se menacent déjà de leurs sagaies longues et pointues; ils les lancent bientôt avec une adresse et une force mer* veilleuses, et enfin ils s'attaquent avec de lourds et redoutables casse-tétes. Les membres sont fra*cassés, les os moulus, les crânes ouverts; aucun cri de doideur ne s'échappe du sein de ces bétes féroces; l'air ne retentit que de vociférations épou*yantables* Celui qui tombe sans avoir trouvé une victime, meurt plutôt de désespoir que des au leintes qu'il a reçues, et le guerrier qui vient de renverser quelques ennemis, expire bientôt sans regretter la vie.

Oh! que les Anglais sont coupables de ne pas ar-* réter ces désordres, et de ne pas soumettre ces Sauvages à des mœurs plus douces , à des usages plus humains! Puisque leurs chasses multipliées ont détruit la plus grande partie du gibier qui servait de nourriture à ces hordes errantes, et que par suite des famines horribles qu'elles éprouvent ,

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elles se trouvent forcées de s'approcher des établissemens européens, la raison presqii'autant que rhumanite disent assez qu'il serait glorieux; de veiller à la sûreté de tant d'individus coûdamnés souvent à une misère d'autant plus ajSreuse , que leurs relations les pius intimes ne sont reinpHesque de détails hideux de querelles et de combats^ et que les sentimens généreux que nous devons aui précieux bienfaits de la^ civilisation letir sont totalement étrangers.

On conçoit aisément que dans ces régions, que la nature a traitées avec tant de.rigueur , les réunions d'hommes doivent être plutôt multipliées que nombreuses. Un espace de terrain capable de nourrir pendant quelque temps une vingtaine d'individus, aura été disputé avec acharnement par ceux qui s^y seront établis; mais bientôt, après avoir vainement demandé a la terre une nourriture presque toujours très-peu bienfaisante, ces malheureux, incertains sur l'avenir, et effrayés déjà par le souvenir des temps passés, errent comme des spectres redoutables :au railieu des forêts profondes, et interrogent, haletaiis,lc sol ingrat qui leur reftise la vie. Le règne végétal ne leur offre pas la moindre ressource; les arbres, fes arbustes ne leur r sont d'aucune utilité. Le seul graminée qu^ou rencontre par hasard au miUeu des broussailles ou des fougères, est une espèce de petit

fruit sec et amer ^ de la grosseur d'un grain de raisin^ et les seules racines nutritives, quelques bulbes d'orchidées.

Maintenant, reunissons sur un seul point les bandes errantes qui parcourent ces solitudes, et bientôt là famine ya leur servir d'escorte. Pour les hommes heureux , la société est un besoin^ pour ces infortunés, la misère l'a rendue impossible ; chaque individu qui parvenait à tuer une béte fauve, devait voir avec lé plus grand regret le produit de son adresse partagé par des hommes à qui il ne devait rien. Et d'ailleurs, quels aniniraux pouvaientils atteindre? Des kanguroos, dont la course rapide ou les bonds inégaux rendaient la chasse si difficile; des casoards, lourds à-la-vérité, mais si rares, que dans l'espace d'une année a-peine quatre ou cinq de ces oiseaux tombaient sous leurs coups. La pêche pouvait-eUe venir a leur secours? quels résultats espéraient-ils avec leurs sagaies et leurs casse-tétes, contre les habitans des fleuves ou de la mer? Quels étaient leurs autres moyens d'attaque?. Et la désertion périodique des poissons , et les orages^

et les tempêtes.! Quelle région sur le globe la

nature a-t-elle traitée plus en marâtre que celle dont nous parlons? Quel peuple traîna- t-il jamais ime existence plus déplorable?

Il est résulté de cet état de choses, des scènes

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de désolation auxquelles nous refuserions de croire si elles ne nous étaient attestées par les voyageursles plus dignes de foi, témoins eux-xnémes de ces spectacles rëToltans. On a tu, dit M. CoUins, les malheureux Naturels de la Nouyelle-Galles du Sud, dans les temps d'une disette afïreuse , réduits à un tel excès de maigreur ,' qu'mir les prenait pour autant de squelettes, et que des hordes entières péris* saient fhute de nourriture.

Croira»-tu, mon ami, qu après avoir fait une guerre outrée aux grenouilles, aux erapeaux, aux serpens, aux lézards, à diverses espèces de lai'ves, et surtout à d'énormes chenilles, qui se réunissent en pelotons autour des plus hautes branches des eucalyptus, ces êtres malheureux ont souvent, dans leur épouvantable délire, poursuivi les araignées les plus hideuses, les ont dévorées avec avidité, se sont attachés ensuite a la terre, ont attaqué dans leur demeure ces fourmis redoutohles qui oreusent leiu' sol et le dévastent, les ont pétries avec le jus acre de certaines racines, et en ont fiiit ainsi une boule fétide qui leur a long-temps servi de nourriture!

AUTOUR DU MOïiDE. Î287

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