LETTRE CXLIII
i^EsçffU^-^u pas. ^tonné^ moii cher BatUe^ d'apprendre que dwB le coeur de ces hcxames sauvages dont je t'eatretiena depuis quelque temps^ régnent au3si des sientijineiis presque semblables à ceux que nous i:etrQuvoii3 ches nous, dons certai^is individus ^ toujours prêts à. loeUre en avant la délicatesse^ le poiiut d'jbofoneur^ pour en^ f^ire le sujet ou plutôt le prétçxtQ d'une querelle? ÀuraÎ9*tu pu te persuader jamais que des duels, de v^tables duels avaient lieu parpii e\k%y et que^ dans ces sortes d'affaires, des lois ëtsâenten vigueur, des rëglenaens ëta^nt sévè^ rement e\écmés'L.^ Le Êtitest vrai cependant; et si, dans lews affaires générales ou leurs combats parti* Quliers, ils ne suivent toujours que leur férocité et leur instinct, dans ces duels en] usage, ils se soumettent avec la plus ëtoimante fidëlitë à toutes les règles qu'ils oot établies.
Dès que detix aidversaines se sont porté un défi, armés de leurs casse<-têtes, ils s'acheminent vers la campagne avec un ou plusieurs ténioins, et le sort
OU plutôt l'adresse décide quel sera le combattant qui commencera Fattaque.
Ils tracent sur le terrain une ligne qu'on ne peut pas dépasser, sous peine d'être assomme par tous les spectateurs; les deux adversaires, avec un calme imperturbable, avec une justice qu'on ne peut se lasser d'admirer, s'avancent chacun a leur tour jusqu'au bord de la barrière indiquée, lancent en l'air et en tournoyant un cassette courbe qui vole à une grande distance^, et revient en tournant jusqu'aux pieds de celui qui l'a fait partir. Tu as vu des effets à-peu-près semblables sur un billard, lorsqu'un joueur adroit fait avancer une bille qui rétrograde bientôt sans avoir trouvé d'obstacle. Ce que nous faisons sur le tapis , ces Messieurs le font dans les airs, et leur adresse est bien plus merveilleuse que celle de nos Mingo , de nos Spolart ou de nos Charrier. Celui, des deux combattans qui fait revenir le casse -tête plus près de la ligne, a le droit de frapper le premier son ennemi, dont la défense se réduit a presque rien. Ecoute. ,
Le vainqueur prend son arme a deux mains et la lève 3 le vaincu s'approche, courbe la tête k-peuprès jusqu'à la ceinture de son adversaire, attend que le bois poueux tombe, et ne peut l'éviter que par de légers mouvemens , et sans opposer la main
OU le bras. Juge combien le premier cherche a assurer son coup, puisque s'il le manque, il doit, à son tour , se soumettre à une pareille épreuve.
Cependant l'état horrible d'ivresse où ces malheureux ont l'habitude de se trouver, les force quelquefois à renouveler cette lutte, qui, du reste, se répète jusqu'à ce que l'un des deux adversaires ^ le crâne fracassé, roule dans la poussière.
Il arrive souvent qu'une bande de douze ou quinze de ces malheureux s'arme contre un égal nombre d'adversaires, et que, à quelques pas de la ville même, ils s'attaquent avec fureur, jusqu'à ce que l'un des partis ne trouve plus d'ennemis à combattre.
Je le répète, il serait temps, ce me semble, que ^ le Gouvernement de Sidney mît fin a ces scènes déplorables , qui doivent affliger les cœurs bien placés. On aurait peut-être à craindre que ces misérables, effrayés de quelque punition qu'on leur infligerait, ne se répandissent autour des habitations lointaines, et ne se livrassent a des désordres plus graves encore; mais la même, a l'aide de nos armes et de deux ou trois valets, leurs phalanges seraient bientôt renversées , et • je ne doute pas qu'on ne parvînt, avec une juste sévérité, à obtenir les résultats les plus satisfaisans.