‹ Promenade autour du mondeChapitre 61 sur 102 · LETTRE CXLV · texte numérisé non relu

LETTRE CXLV

De Sidnej.

A ARMi les offres pleines de bienveillance dont le gouverneur Macquarie s'est plu à nous honorer, celle de nous faciliter les moyens de franchir les Montagncâ-Bleues par la route de Bathurst, a été acceptée avec empressement par le chef de notre expédition, persuadé d'avance que notre docteur, qui s'est occupé de la zoologie avec :1e plus grand succès ,* çt notre botaniste , dont aucune difficulté ne pouvait ralentir le 'zèle, trouveraient dans ces courses éloignées des objets dignes de fixer l'attention des savans*-

Je fus, avec eux, désigné par M. Freyciriet pour rapporter de cette promenade les points-dè-vue les plus pittoresques, et pour dessiner aussi les objets d'histoire naturelle dontlaconservatiôn eût été douteuse ou impossible. J'aurais accepté avec enthousiasme l'offre qu'on me fit, si plusieurs raisons trèspuissantes ne m'avaient engagé à d'autres courses au-moins aussi périUeuses, et surtout beaucoup plus instructives pour moi.

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D'ahord je n'ignorais pas que la route de Sidney à Bathurst était parfaitement connue ^ je savais encore que le dessinateur habile , major des troupes actuellement à Sidney, dont les cartons étaient enrichis de tout ce que ce pays produit de curieux, avait fait entr'autres courses , la pénible et glorieuse incursion de M. Oxley , et que son pinceau avait saisi avec talent tous les sites dignes du paysagiste , je connaissais déjà les intentions de M. Freycinet , qui ne' voulait pas que ce voyage se prolongeât audelà de dix jours, et j'avais lieu de craindre de ne pouvoir utiliser mon temps, puisqu'à-peine le terme fixé suffisait pour ce trajet • je n'hésitai donc pas à refuser la proposition qu'on m'avait faite , persuadé d'avance que je rapporterais des courses que je projett'iis, de quoi me féliciter de les avoir entreprises.

Toutefois ces puissantes considérations, auxquelles j'ajouterai l'offre bienveillante que m'a faite M. Oxley de me conduire jusqu'à sa campagne , située à une petite lieue de distance du torrent de Kinkhaniy n'auraient pas déterminé mon refus, si je n'avais eu la certitude que je serais parfaiteïnent remplacé par M. Pellion, un de nos élèves, dont l'activité , le zèle et le courage ne s'étaient jamais démentis dans les expéditions périlleuses, et dont le talent^ comme dessinateur, le rendait

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également propre a la mission qu'il allait remplir» U me semblait trè&-ulile encore de chercher des sites nouveaux et pittoresques; et M. Oxley m'avait prévenu que les montagnes voisines du torrent de Kinkham^ qui sont une des principales branches de celles qu'allaient franchir mes camarades^ m'offriraient fort souvent des occasions d'exercer mes ]>inceaux.

Quand on songe aux nombreux et inutiles essais qu'on a faits pour franchir cette longue barrière, on se demande si en effet, semblable aux Cordilières qui parcourent les deux Amériques, la chaîne des Montagnes-*Bleues présente aussi des sonomets couverts de neiges étemelles , ou des masses imposantes et perpendiculaires de granit , des cataractes comme le Niagara , ou enfin des fleuves comme le Saint-Jjaurcnt ou celui de la Plata. £n offrant au monde étonné les plus petites particularités de leurs courses aventureuses^ les hommes audacieux qui ont parcouni ces vastes déserts n'ont pas, ce me semble, franchement indiqué les obstacles qui les ont rebutés. Ils se sont plu à nous ejQTrayer de torrens impétueux, de murailles impénétrables , de précipices que Vœil ne pouvait mesurer. Nous savons aujourd'hui ce que ces torrens , ces précipices et ces murailles ont de redoutable , et persoime n'ignore que là

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crainte de manquer d^alimens a ëtë la principale ou plutôt Tunique cause du peu de succès des premières tentatives.

Comment se persuader en effet que des montagnes dont les plus'bauts sommets ne dépassent pas 5 ou 600 toises, et dont les flancs sont ombragés par une végétation active, soient inabordables? Coniment imaginer que ces rapides torrens dont les eaux y presque toujours très-&ibles , ne sont grossies que parles orages, soient si difficiles a franchir?... Quand je lis les diverses relations qu'on a publiées jusqu'à ce jour sur ces entreprises si malheureuses^ je frémis d'épouvante, et il me sem])Ie voir les Humboldt et les Bonplanii escaladant les cimes sourcilleuses des Andes, le sommet inconnu du Chimborazo, ou le cône effrayant du Cotopaxi.

Dès la naissance de l'établissement anglais dans ces contrées, quelques convicts, indignés de leur esclavage, s'échaj^rent dans l'intérieur des terres,, et tentèrent d'escalader les montagnes; mais chassés par des hordes de Naturels, et par un ennemi plus redoutable , la faim , ils redemandèrent leurs fers , et pid)lièrent le mauvais succès de leurs tentatives.

Enfin, en 1789, le Gouvernement commença à s'occuper sérieusement de cette entreprise, et le lieutenant Daw^es fut chargé de reconnaître les montagnes de l'Ouest, secondé par une vingtaine

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(le soldats, qui s'avancèrent avec lui seulement de quelques milles dans Tintërieur du pays.

Croyons-en son récit : il n'aura trouvé que des cataractes , des rochers escarpés et des précipices effrayans. Mais remarque bien, mon ami, que cette expédition , qui eût été la première capable de donner quelques résultats satisfaisans , fut entreprise sans aucune de ces précautions qui auraient pu en assurer le succès : on ne partit qu'avec des vivres pour dix jours, et l'on était presque certain qu'on ne trouverait aucune ressource dans l'intérieur.

Après Dawes, M. Zench partit aussi avec une escorte imposante ,• mais son excursion ne fut pas plus heureuse que la précédente .'Enfin M.Paterson, célèbre voyageur écossais, ordonna les préparatifs (l'une expédition (ju'il voulut lui-même diriger. Il partit avec un nombreux détachement compose d'Écossais intrépides, habitués comme lui à gravir les pics escarpés de leur pays^ et à-peine eurent-ils ^agné le pied des montagnes à l'aide de deux bar(jues légères, et en rémontant la rivière d'IIawkesburry, qu'ils revinrent sur leurs pas. Ecoutons un moment M. Pérou.

(( Après avoir découvert la Grose, qui vient se » jeterdansl'Hawkesburry au-dessus de Richmondyi Hill, le Colonel anglais continua de s'avancer

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» l'espace de dix milles^environ y dépassant plusieurs

» cataractes^ dont une avait une rapidité de plus

» de dix à douze milles à l'heure. Bientôt après

» la navigation devint impraticable ; l'un des deux

)i canots fut submergé , l'autre échoua sur des troncs

» d'arbres qui obstniaîent le cours de la rivière.

» Vainement la troupe voulut continuer sa route

» vers l'intérieur des montagnes, les cataractes se

N multipliaient ; Vnne d'elles n'avait pas moins de

» quatre cents pieds de hauteur perpendiculaire j

w d'effroyables précipices se présentaient de toute

» part; une crête de montagnes escaladée en laissait

» voir d'autres plus arides encore et plus inacces-

n sibles; il fallut enfin se résoudre à rebrousser che-

» min. Du point où ils étaient arrivés , les Anglais

» avaient en face un très-grand pic, que le colonel

» nomma pic Harrington, Ce fut aussi dans cette

» excursion qu'on eut, pour la première fois, occa-

» sion de communiquer avec les Bé-Dix^Gal,

» peuples singuliers, qui vivent dans les forêts voi-

» sines de la rivière d'Hawkesburry, et qui diffèrent

» des Naturels du port Jackson et de ceux de

» Botany-Bay, par les mœurs, le langage, la

» manière de vivre , et surtout par un caractère

j) extrêmement remarquable de leur constitu-

» tion physique : tous les individus de cette race

» ont les bras et les cuisses d'une longueur

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